?

Log in

Chapitres précédents | Chapitres suivants

Chapitre 8 - Partie 1

Bon, un an pour ce nouveau chapitre… On va dire que c’est toujours mieux que quatre ?

C’est difficile de continuer à écrire quand on travaille, mais j’essaie petit à petit de me trouver un rythme.



Résumé des épisodes précédents :

Parce qu’ils sont forcés de collaborer dans le cadre d’une colonie de vacances, et pour ménager les nerfs de Remus, Sirius et Severus concluent un cessez-le-feu.

Au premier jour, cela semble fonctionner.

Au second jour, ça va encore, sauf que Sirius réalise que Remus a des sentiments troubles pour Severus, et ça ne lui plaît pas du tout.

Au troisième jour, Sirius tente de faire la tête à Remus pour le forcer à s’éloigner de Severus. Manque de bol, ça a l’effet inverse.

Au quatrième jour, Sirius séduit Remus, qui est son amant occasionnel, pour le détourner de Severus. Cela fonctionne nettement mieux. Au point qu’ils s’envoient en l’air dans la bibliothèque.

Au cinquième jour, Sirius est de vachement meilleure humeur et commence à se dire qu’il est peut-être amoureux de Remus.

Au sixième jour, Sirius tente de se déclarer à Remus, mais celui-ci lui répond qu’il confond amour et jalousie. Sirius réagit mal et accumule de la colère qu’il dirige vers Severus.

Au septième jour, Sirius en veut à tout le monde : à Severus d’en avoir compris trop sur son compte, et à Remus de le traiter comme un irresponsable fini. Après être passé pas si loin de décharger ses nerfs sur Severus à coups de poings, il semble trouver un autre exutoire à ses émotions en vrac lorsqu’il s’enferme avec Severus dans le lupanar qu’est la bibliothèque, à la nuit tombée.


Enfants mis en avant dans ce chapitre :

Cassiopeia Aubrey : jeune fille coquette de 12 ans, assez mortifiée de n’être qu’avec des plus jeunes à la colo, et qui n’a d’yeux que pour William.

William Greenwood : garçon rêveur de 11 ans, de nature placide mais un peu solitaire, ne traînant guère qu’avec Cassiopeia.

Achenar Lestrange : fils de Rabastan Lestrange (donc le neveu de Bellatrix). Déjà un petit dur du haut de ses 12 ans.

-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-.-





Jour 8
Bigmouth Strikes Again




La respiration est rapide, la peau frémit, le corps se tord. Dans la touffeur de la nuit, toute pièce de vêtement est en trop. Les mains fébriles serrent le tissu, le repoussent sans douceur. Les lèvres s’entrouvrent sur un gémissement sourd. Celui de Remus, juste avant qu’il se réveille en sursaut.

Un rêve. Ce n’était qu’un rêve.

Clignant des yeux dans l’obscurité, le loup-garou retrouva peu à peu ses esprits. Il avait rejeté ses draps et son pyjama était complètement débraillé. Et pas seulement débraillé.

C’est pas vrai, songea-t-il. À mon âge.

Il jeta un coup d’œil au lit voisin, aux rideaux tirés. Pas un bruit. Severus dormait toujours comme une tombe. Le premier matin où Remus s’était réveillé le premier, il s’était demandé presque sérieusement s’il était mort. Il espérait en tout cas qu’il avait le sommeil profond, sans quoi à l’heure qu’il était, son silence était probablement dû au choc.

À mon âge, se répéta-t-il, honteux. Tout de même.

Il se leva et fit le nécessaire avant de retourner à son lit, las et encore troublé. Il tourna la tête vers le lit de Sirius, toujours vide. Mon pauvre Sirius…

Remus se rendormit en pensant à la forme recroquevillée de son ami, seul près du feu de camp, perdu dans ses cauchemars sans fin.


°o°o°o°



La pluie battait sur les vitres, sur les toits des maisons, sur les restes fumants du feu de camp. L’eau, brûlante et délicieuse, inondait les cheveux de Sirius, dévalait les contours anguleux de son visage, enveloppait son corps comme un cocon de bien-être. Il ferma le robinet de la douche et s’ébroua.

Au-dehors, un orage tonnait dans le lointain. L’excès de chaleur avait fini par amonceler de gros nuages noirs au-dessus du campement et il était difficile de dire si le jour s’était vraiment levé. Voilà qui allait donner au déménagement une atmosphère des plus dramatiques.

Sortant tout fumant de la cabine de douche, il attrapa sa serviette et se frotta les cheveux. Du coin de l’œil, il remarqua le reflet de son corps nu dans le miroir au-dessus des lavabos et, étrangement, son reflet lui sembla avoir envie d’être regardé.

Cela faisait longtemps que Sirius n’avait pas eu à disposition l’un de ces miroirs enchantés si typiques des lieux où la magie était la plus dense, ni d’ailleurs qu’il s’était vraiment attardé à s’observer dans un miroir normal. Pourtant, il remarqua que ce matin, quelque chose était différent. Son double semblait détendu – non, détendu n’était pas le mot – il semblait sensuel. Les yeux brillants, les paupières lourdes, il se mordait un coin de sourire en promenant une main sur son torse agréablement proportionné, aux muscles secs et aux poils bien répartis. Ses doigts descendirent jusqu’à venir chatouiller les os saillants des hanches, griffer paresseusement son ventre dur et, plus bas…

Sirius eut un petit rire choqué, en jetant la serviette contre le miroir.

« Il n’y a pas de contrôle parental sur ces trucs, ma parole ! »


°o°o°o°



Au petit matin, debout devant son placard alors que Remus dormait encore, Severus considérait la demi-douzaine de livres qu’il avait emportés dans ses bagages et qui n’étaient pas des traités sur les potions ni des glossaires de botanique.

Sans être un grand lecteur, Severus lisait avec régularité, et parfois même avec un certain plaisir, des œuvres qui élargissaient un peu les limites de son univers par ailleurs tellement clos. Plus qu’un divertissement, c’était un défi intellectuel qu’il recherchait dans la lecture, et il attaquait toujours un ouvrage l’esprit acéré, prêt à en découdre, en prenant tout son temps mais en ne laissant rien lui échapper. Il notait dans de petits carnets tout ce qu’il apprenait au cours de ses batailles de papier et édifiait ainsi les chroniques de sa grande guerre de l’esprit sur l’imprimé.

La lecture était ainsi un adversaire exigeant, qui requérait une grande partie de ses facultés mentales. Or, Severus n’aimait rien tant que de n’être plus qu’un intellect bouillonnant. S’il avait pu se débarrasser de tout le reste, il l’aurait fait sans y regarder à deux fois. Son corps et ses émotions ne lui inspiraient que du mépris, mais l’esprit ? L’esprit était une machine qui ne cessait de l’émerveiller. Face à un problème insoluble, l’esprit se créait un refuge pour lui-même. Comment aurait-il survécu à la mort de Lily sans cette mécanique subtile ? Au fil des années et des tourments, il était devenu assez fort pour élever des murs autour de chaque plaisanterie du destin. Il isolait soigneusement les éléments nauséabonds pétris d’émotions incontrôlables et destructrices. Son esprit restait propre, précis, imperturbable. Pur. Se laisser affecter par tout et n’importe quoi ne menait qu’à l’idiotie et la folie : Sirius Black en était la preuve vivante.

Aujourd’hui, Severus avait besoin de se purifier l’esprit. Grand besoin. Certaines choses s’étaient produites, qui ne méritaient pas qu’il pense à elles. Aujourd’hui serait une journée comme toutes les autres dans cet asile de fous. Et pour y veiller, Severus fit porter son choix sur son Waterloo littéraire personnel, une lecture particulièrement ambitieuse qui lui avait été recommandée par feu le professeur Burbage.

Du temps où ils étaient encore collègues, Charity Burbage, passionnée par sa matière, avait plus d’une fois tenté de transmettre à Severus son amour inconditionnel de la culture moldue. Elle éprouvait une tendresse particulière pour les récits souvent absurdes que les moldus inventaient sur les sorciers, et tout un pan de sa vaste bibliothèque spécialisée était dédié à ce seul sujet. C’est ainsi que Severus fit la rencontre d’un roman moldu du XIXe siècle en français dans le texte s’intéressant au satanisme, et devint le plus grand admirateur d’un auteur au charabia sublime et incompréhensible.

Il caressa la couverture de cuir patiné. L’édition que lui avait prêtée le professeur Burbage était d’origine et probablement de grande valeur, mais il n’avait jamais eu l’occasion de la lui rendre. Il eut une brève pensée pour sa collègue et sa triste fin dans l’estomac de Nagini. Finir digérée par un serpent géant, voilà bien une fin médiocre que Severus ne lui enviait guère.

Quoi qu’il en soit, là où elle se trouvait aujourd’hui, le livre ne pouvait plus lui manquer, songea-t-il en refermant son placard.


°o°o°o°



Après les désastres de la veille, une indescriptible appréhension s’était logée au creux du ventre de Remus. Il se sentait vieux, nul et seul, et surtout nul. Il n’avait pas su gérer les émotions de Sirius, s’était montré intrusif avec Severus, n’avait pas pu consoler un pauvre gosse brisé par la mort de son père. Il ne servait à rien et cette colo était un échec. Peut-être devaient-ils tout laisser tomber dès maintenant, peut-être que c’était ainsi qu’ils causeraient le moins de dégâts. Ils avaient tenu une semaine, c’était déjà bien.

Il trouva Severus assis sur le rebord de la baignoire où, déjà habillé de pied en cap, il était plongé dans un livre relié aux pages jaunies. Son expression était celle d’une concentration absolue.

« Bonjour, Severus », soupira le vieux loup en s’affalant près de lui.

Cette proximité soudaine tira le professeur de sa lecture avec un air perplexe et son buste maigre se mit à pencher inconsciemment dans la direction opposée.

« Lupin. Tu respires la joie de vivre, ce matin.

– Ne m’en parle pas… »

Remus prit sa tête entre ses mains et se frotta le visage, avant d’essayer de déchiffrer le titre du livre d’un regard fatigué.

« Qu’est-ce que tu lis ?

Là-bas, de Huysmans.

– C’est en quelle langue ?

– En français.

– Tu lis le français ? s’étonna Remus. Même Sirius ne lit pas le français.

– Cela n’a rien de sorcier, si je puis dire, mais je me suis toujours cassé les dents sur cet auteur. Son vocabulaire est trop riche. Je dois parfois relire certaines phrases plusieurs fois pour en déduire le sens. C’est idéal. »

Remus plissa les yeux en essayant de comprendre par quel raisonnement spécieux il en arrivait à cette conclusion.

« Oh, tu veux dire, pour t’occuper pendant le déménagement ?

– Mmh ? Euh. Oui. Bien sûr. Le… déménagement.

– Honnêtement Severus, je me demande si on ne devrait pas annuler.

– Plaît-il ?

– Je suis découragé. Je crois que nous fonçons droit dans un mur.

– Ah.

– Je ne sais pas comment nous allons pouvoir continuer après ce qui s’est passé hier.

– Hier ?

– Entre Sirius et toi. »

Severus haussa un sourcil.


°o°o°o°



Sirius se rendit dans la maison des petits et trouva Ulysses assis dans son lit avec de grands yeux inquiets. Pasiphae était éveillée également et, le nez dans son doudou, suçait son pouce anxieusement. Sirius parla à voix basse pour ne pas réveiller les deux autres, encore endormis.

« Comment ça va ici ? Pas trop peur de l’orage ? »

Du haut de son lit en hauteur, Pasiphae hocha la tête. Ulysses était livide. Sirius prit la fillette dans ses bras et vint s’asseoir près du petit garçon, qui se réfugia immédiatement contre son t-shirt humide.

« Ne vous en faites pas, ce n’est que de l’orage, c’est normal.

– Ça va durer longtemps ? demanda le garçonnet d’une toute petite voix.

– Sans doute un peu. C’est parce qu’il a fait très chaud et que pour compenser, il doit pleuvoir beaucoup. Mais le bruit qu’on entend, il vient de loin d’ici, donc tu n’as pas à avoir peur.

– Comment tu chais ? fit Pasiphae sans retirer son pouce de sa bouche.

– Parce que le bruit des éclairs arrive longtemps après leur lumière. Ça veut dire qu’ils sont tellement loin qu’on les voit avant de les entendre. »

Bien que ne saisissant pas vraiment le fond de cette logique, les enfants croyaient manifestement Sirius sur parole.

« Je réveille les autres et je vous emmène à la douche ? proposa Sirius.

– Ouiiii ! s’exclama alors Pasiphae, qui descendit de ses genoux et sauta sur le lit de Lilian. Debout ! Debout ! On va à la douche ! »

Au-dessus du lit d’Ulysses, Wendy s’éveilla en bâillant et se frotta les yeux.

« C’est aujourd’hui qu’on déménage Sirius ?

– Oui ma grande, c’est aujourd’hui. »


°o°o°o°



Remus était lancé et Severus ne savait pas comment l’arrêter. Il regardait son livre comme un objet contondant, vaguement tenté de s’en servir.

« Comprends-moi bien Severus. Je sais que ce n’est pas de ta faute. Je ne t’accuse de rien du tout. J’ai bien vu que cela venait de lui. Et je sais que s’il était capable de se contrôler un peu mieux, nous n’en serions pas là. Mais c’est Sirius… On ne peut pas le changer. Or, c’est à lui que nous devons cette colo et je pense sincèrement que cela le détruirait si nous l’éjections du projet… »

Severus dut toucher l’épaule de Remus pour réussir à en placer une.

« Je ne suis vraiment pas sûr de te suivre, Lupin. »

L’autre releva la tête d’un air surpris. Bon sang qu’il était proche.

« Eh bien, je… Je supposais que tu devais en avoir par-dessus la tête, après tout ce qui s’est passé ces derniers jours. Toutes vos disputes, toutes ses provocations…

– Oh. Ça.

– Moi, ça me donne l’impression qu’à tout moment une bombe pourrait exploser.

– C’est une bonne manière de décrire Sirius, oui.

– Je suis dans un état de nerfs impossible. Ça ne peut pas continuer. Tu n’es pas d’accord avec moi ? »

Severus fit un signe d’indifférence.

« En ce qui me concerne, cela ne m’atteint pas vraiment. On peut supposer qu’après la journée d’hier, il se sera un peu calmé.

– Tu crois vraiment ?

– Tu le connais mieux que moi, je n’ai pas la science infuse. Pourquoi ne pas aller lui parler pour évaluer la situation ?

– Oui… Oui, tu as raison. Merci. »

Visiblement songeur, Remus ne fit pourtant pas mine de se lever. Severus se sentait oppressé. Le faisait-il exprès ?

« Severus ?

– Mmh ?

– Je suis désolé pour hier. Pour… la discussion sur Lily. Je n’avais pas à me mêler de ce qui ne me regardait pas. »

Sur un soupir, Severus referma son livre et se mit debout. Alors qu’il allait sortir, il lança :

« Cesse donc de t’excuser constamment, Lupin. »


°o°o°o°



Les enfants piaillaient sous la douche. Sirius n’en croyait pas ses oreilles.

« Comment ça, est-ce qu’on ne devrait pas tout arrêter ?!

– C’est une vraie question, Sirius… Est-ce que ta relation avec Severus n’est pas en train de devenir trop problématique ?

– Pas plus qu’elle ne l’a toujours été, enfin !

– Mais pourtant, tu as bien vu ce qu’il s’est passé hier ! Est-ce que je suis le seul à voir qu’on a dépassé les limites de l’acceptable ?

– C’est Snape qui t’a fait une réflexion à ce sujet ?

– Non, non, pas du tout.

– Alors qu’est-ce qui te chiffonne ? »

L’air décontenancé, Remus se passa une main dans les cheveux, geste inhabituel qui lui laissa une drôle de crête sur le dessus du crâne. Sirius se retint de le recoiffer, chose qu’il aurait faite sans même y penser il y avait encore quelques jours. Cela suffit à l’attrister un peu.

« Je ne vous comprends vraiment pas, tous les deux, avoua son ami.

– Il n’y a rien à comprendre, Moony. Je le déteste, il me déteste. Nous avons finalement une relation très stable. »

Remus eut l’air de se demander si on n’était pas en train de se payer sa tête.

« Donc, en fait, je suis le seul à penser qu’il y a un problème ?

– Il faut croire.

– D’accord. Bien. Alors oublions cela. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles. »

Sirius allait ajouter quelque chose, quand il se retourna brusquement. Dehors, des enfants venaient de se mettre à hurler.


°o°o°o°



Cassiopeia était moins sentimentale qu’elle n’en avait l’air. Certes, ayant toujours été jolie, elle avait déjà eu de nombreux amoureux au cours de sa vie d’enfant. Oui, depuis ses onze ans, elle dévorait un à un les romans de la collection Sentiment magique. Et effectivement, ces derniers temps, elle passait souvent ce qui lui semblait des heures (mais n’était qu’une vingtaine de minutes) étendue sur son lit à se languir à la pensée de l’homme qui lui ravirait le cœur. Pour autant, elle ne croyait nullement en l’amour. Ce n’était qu’un divertissement, un jeu, qui appartenait à toute la série des « on dirait que ».

En ce début de matinée orageux, elle profitait de s’être réveillée avant les autres pour relire pour la énième fois son roman préféré, L’Envol de l’Abraxan, la magnifique histoire d’une jeune et belle éleveuse de chevaux ailés et d’un sombre mais séduisant sorcier hors-la-loi qui se cachait dans le troupeau de la demoiselle en empruntant la forme d’un cheval.

Edwina fit volte-face, ses longues boucles brunes tourbillonnant au gré du vent autour de son visage. Il lui avait semblé qu’un homme se tenait au milieu des chevaux, grand et beau dans le tumulte, les yeux vert sombre, comme deux océans en pleine tempête…

La jeune fille soupira rêveusement. Les grands yeux bleu lagon de William la hantaient à présent.

William était le premier garçon qu’elle rencontrait qui pouvait incarner le prince charmant avec une telle perfection : grand mais élancé, beau mais masculin, contemplatif mais plein d’humour, amical mais réservé, il était tout ce qu’une jeune fille pouvait espérer chez un prétendant. Elle l’avait très vite élu pour jouer à ses rêves d’amour pur et épique, et il ne manquait guère plus que quelques péripéties pour parfaire son fantasme…

Elle fut brusquement tirée de sa rêverie en entendant des hurlements de terreur provenant de l’extérieur, dans un coup de tonnerre théâtral.

Ses deux compagnes de chambrée, Judy et Eleanor, se réveillèrent en sursaut et sautèrent hors de leur lit pour s’élancer à l’extérieur. Cassiopeia alla à la fenêtre et cru voir à travers un rideau de pluie les filles de la maison d’à côté sortir avec précipitation : la mini-Barbie, la grosse moche et les jumelles flippantes. Les deux premières étaient dans tous leurs états et pleuraient à chaudes larmes, tandis que les sœurs tenaient dans leurs mains ce qui ressemblait à des morceaux de bois mous qui se tortillaient. La jeune fille n’eut que le temps de se demander ce dont il s’agissait, avant de sentir quelque chose de vivant lui caresser le pied, et de découvrir trois serpents qui ondulaient sur le sol de sa propre chambre.

Bondissant sur son lit, elle poussa un cri admirablement strident. Contrairement aux apparences, elle n’avait pas une peur irrationnelle des serpents, mais c’était ce que les demoiselles en détresse faisaient dans ce genre de situations. Malheureusement, ce ne fut pas son beau William, mais ce ballot d’Achenar qui vint à son secours.

Dégoulinant d’eau, le garçon entra en trombe dans la maison, se jeta sur les serpents, les attrapa par la queue avec une rapidité fulgurante et les frappa enfin de toutes ses forces contre le sol. Les reptiles retombèrent morts dans le poing d’Achenar, qui les brandit dans la direction de sa demoiselle en détresse en disant :

« Aie pas peur, Cassie. Y sont crevés, tu risques pus rien. »

Cette fois positivement dégoûtée, Cassiopeia cria de plus belle, poings et paupières serrés. Ce fut alors au tour de William de faire son entrée, beau et grand et merveilleux. Il avait eu la présence d’esprit de passer une cape par-dessus son pyjama avant de sortir sous la pluie et à cet instant, dans une bourrasque imaginaire, il était l’incarnation même de tous les héros de tous les livres de la collection Sentiment magique. La jeune fille fut sérieusement tentée de défaillir.

Après s’être assuré d’un coup d’œil que son amie n’était pas véritablement en train de mourir, William regarda les cadavres de serpents entre les doigts d’Achenar avec une compassion émouvante.

« Oh, quel dommage. Ce n’étaient que des couleuvres, elles ne t’auraient pas fait de mal, Cassie. »

Dans un élan, Cassiopeia se cacha derrière lui et laissa échapper un sanglot quelque peu déshydraté.

« J’les jette dehors ? fit piteusement Achenar.

– Va-t’en ! Je te hais !

– Mais…

Sors d’ici tout de suite !!! »

Décontenancé, Achenar tourna les talons à contrecœur, claquant la porte derrière lui. Enfin seule avec son amoureux, Cassiopeia se pendit à son cou.

« Tu m’as sauvée, déclara-t-elle avec adoration.

– Hein ? Mais non, c’est Achenar qui…

– Ce garçon est très mal élevé, dit-elle d’un air sévère. Il est entré sans frapper alors que j’étais en chemise de nuit et a jeté les pauvres couleuvres contre le mur. Il a un sérieux problème avec la violence !

– Je… Je crois qu’il pensait bien faire, tu sais…

– Ça n’excuse pas les mauvaises manières, protesta Cassiopeia, puis avant qu’il ne puisse rétorquer quoi que ce soit, elle gémit : Oh, William ! J’ai eu si peur ! Serre-moi dans tes bras… »

William obéit gauchement, mais au bout de quelques secondes il la repoussa doucement en bredouillant :

« Je crois que tu as vraiment vexé Achenar. Je vais voir comment il va, d’accord ?

– Ne me laisse pas ! implora-t-elle en le retenant par la main.

– Bon, ben viens, alors.

– Mais il pleut dehors ! » répondit la jeune fille en désignant ses longs cheveux lisses d’un air catastrophé.

Avec une patience d’ange, le garçon décrocha sa cape et l’en recouvrit, comme seul un vrai gentleman aurait pu le faire. Ils sortirent de la maison main dans la main, sous la pluie tiède et enchanteresse. Le cœur de Cassiopeia battait très fort. Ils rejoignirent sous la maison un petit groupe de réfugiés.

« Oh les amoureux-euh ! » cria l’un des enfants en les voyant.

William lâcha aussitôt sa main, l’air gêné. Loin de s’en offusquer, Cassiopeia apprécia au contraire sa courtoisie : il ne voulait pas porter atteinte à sa réputation. À l’écart du groupe, l’infâme Achenar leur jeta un regard meurtrier et la jeune fille ressentit un frisson d’horreur délicieux. William s’avançait déjà vers lui, complètement inconscient du danger. Elle sut immédiatement ce qui allait se passer, mais elle ne dit pas un mot, ne fit pas un geste. Exaltée, elle regarda son héros entrer dans la caverne du dragon.

« Ça va Achenar ? » demanda-t-il à la bête.

La scène se déroula comme au ralenti. Le visage du monstre se contracta de rage et il banda ses muscles en rugissant.

« J’vais t’crever ! »

Rapide et puissant comme un fauve, l’adolescent se jeta avec férocité sur un William éberlué, le renversant au sol.

Cassiopeia aurait pu mourir de bonheur. Elle qui voulait des rebondissements scénaristiques, voilà qu’en l’espace de cinq minutes elle se faisait secourir de ce qui aurait pu être un grand danger, et deux hommes se battaient pour son amour !

Le combat fut extrêmement bref. En un clin d’œil, Achenar cloua son ennemi au sol et s’assit sur lui. Dans sa gracieuse non-violence, William leva les bras pour protéger son visage et cria : « Arrête ! Qu’est-ce qui te… » Avant qu’il n’ait pu dire « prend ? », son adversaire réussit à le frapper en plein sur le nez.

La jeune fille aurait juré avoir entendu un craquement. Le sang se mit à couler abondamment du nez de William, qui, interloqué, porta la main à ses lèvres et observa ses doigts entachés de rouge sans comprendre. Quelques larmes roulèrent le long de ses joues, qu’il ne sembla pouvoir expliquer davantage. Touchée, Cassiopeia poussa brutalement l’affreux loin de son amoureux et aida William à se relever.

« Tu es une brute », lança-t-elle froidement à Achenar.

Pouvant difficilement la contredire dans ces circonstances, le garçon se contenta de regarder la jeune fille sans un mot.

« Écartez-vous », ordonna Sirius qui venait de transplaner sur la scène du drame.

Remus n’était pas loin derrière et Severus ressortait d’une maison de garçons un peu plus loin. Les trois moniteurs s’étaient empressés de faire le tour des maisons afin de s’assurer qu’aucun autre serpent n’était rentré et avaient ainsi manqué la bagarre.

« Achenar a cogné William, crut bon d’expliquer Cassiopeia.

– J’avais deviné », dit Sirius.

Il était en colère comme aucun enfant du campement ne l’avait vu auparavant.

« Remus, conduis William à l’infirmerie, tu veux ?

– Tu ne veux pas plutôt que je m’occupe d’Achenar ?

– Non. »

Remus ne sembla pas enchanté par cet arrangement, mais s’exécuta néanmoins. Sirius ordonna à Severus d’emmener tous les enfants à la bibliothèque, qu’ils y restent jusqu’à nouvel ordre tant qu’ils n’avaient pas inspecté les autres pièces, et Cassiopeia ne sut donc rien de ce qui se passa ensuite. Mais justice allait être rendue, et c’était l’essentiel. Le comportement d’Achenar était inadmissible. Il était tout à fait inconvenant de la part d’un homme de se battre pour une demoiselle sans l’avoir préalablement courtisée.


°o°o°o°



Remus n’était pas très rassuré de savoir Achenar Lestrange seul avec Sirius, mais il savait que c’était ridicule. Jamais Sirius ne ferait de mal à un enfant. N’est-ce pas ?

La Porte qui reliait l’infirmerie du camp à celle de Poudlard existait, entre autres, pour permettre à Mme Pomfrey de prendre le relais en cas de problème grave. Néanmoins, un nez cassé rentrait encore largement dans les compétences médicomagiques de Remus.

« Eh bien mon grand, il ne t’a pas arrangé. Laisse-moi nettoyer tout ce sang et je m’occupe de réparer ton nez. »

William ne dit pas un mot. Il ne pleurait plus. Cela ne lui ressemblait pas d’être aussi renfermé.

« Tu veux me dire pourquoi Achenar s’en est pris à toi comme ça ? »

Le jeune garçon releva la tête à la mention de son agresseur.

« Est-ce que Sirius va lui faire du mal ?

– J’espère que non, répondit Remus avant de se reprendre : Je veux dire, non. Punir la violence par la violence n’est pas exactement notre credo, et puis il n’en a pas le droit.

– Parce que c’est pas la faute d’Achenar.

– Comment ça ?

– C’était un accident.

– Tu veux dire qu’il est tombé le poing en avant sur ton visage ? demande Remus, dubitatif.

– Non ! C’était de ma faute. Je lui ai fait mal sans le faire exprès.

– Oui, eh bien, c’est toute la différence entre lui et toi : il t’a fait mal en le faisant exprès. »

William prit l’air buté.

« Mais il est pas méchant.

– Je n’ai pas dit cela, mais il a eu tort de te frapper… Bon, j’ai arrêté le saignement, mais il va falloir que tu restes bien immobile le temps que je te répare le nez. »

Remus leva sa baguette, mais William fit non de la tête et posa une main sur son poignet.

« Je veux le garder comme ça.

– Pardon ?

– Laisse. C’est bon. »

Remus fronça les sourcils.

« Non, William, ton nez est cassé. Ça va te faire très mal et ça risque de se voir après que ce sera guéri.

– C’est bien. C’est très bien. Je veux que ça se voie.

– Qu’est-ce que tu racontes ? Tu trouves ça cool d’avoir une blessure de guerre ? Parce que laisse-moi te dire…

– S’il te plaît, Remus, s’il te plaît, supplia le garçon. Si tu fais tout disparaître d’un coup de baguette magique, ce sera comme si rien ne s’était passé. »

Remus n’était pas sûr de comprendre, et encore moins sûr de devoir écouter l’avis d’un enfant de onze ans quand il s’agissait de sa santé physique.

« Mais ça va te faire mal, protesta-t-il faiblement.

– C’est pas grave. C’est la vie. »

Il se leva et quitta l’infirmerie sous le regard d’un Remus légèrement désemparé.


°o°o°o°



Quand tout le monde fut parti, Sirius se tourna vers Achenar et le regarda dans les yeux, peut-être pour la première fois depuis le début de la colo. Le garçon soutint ce regard avec autant de stupidité que de cran.

« Une semaine, quand même, dit finalement Sirius.

– Hein ?

– Il aura fallu une semaine au rejeton Lestrange pour tabasser quelqu’un. Tout le monde s’y attendait, naturellement, mais tu as mis le temps.

– Y m’a cherché, répondit le garçon farouchement.

– Ben voyons. »

À son ton sarcastique, Achenar se rembrunit, avec une expression que Sirius connaissait par cœur. L’expression de celui à qui on n’a jamais laissé le bénéfice du doute.

« Tu sais que je hais ta famille, n’est-ce pas, lâcha Sirius.

– J’sais qu’ma tante est pas passée loin d’vous zigouiller pour de bon », répliqua le garçon d’un ton provocateur.

Sirius ressentit, malgré lui, la douleur des souvenirs accompagnée d’un fond de colère et dut faire l’effort, pour lui tout sauf naturel, de les refouler au fond de son esprit pour répondre d’une voix qu’il espérait encore ferme.

« C’est vrai. Mais ça aurait tout aussi bien pu être l’inverse, pour être honnête. Le problème venait davantage du fait que ton père et ta tante comptaient parmi les sorciers les plus dangereux du pays.

– Pasque c’était les hommes de main de Vous-Savez-Qui, compléta Achenar d’un air fat.

– Et tu trouves ça marrant ? » rétorqua Sirius sèchement.

Le rictus du garçon vacilla.

« Ils ont effectivement combattu pour Voldemort. Ils se sont tenus aux côtés de l’homme qui a renoncé à son humanité pour devenir le plus puissant. L’homme qui a causé deux guerres terribles. L’homme qui a fait de tous les enfants de ce campement des orphelins. Toi y compris. »

Le regard d’Achenar commençait à partir sur les côtés, mais il restait silencieux. Sirius en rajouta une couche.

« Tu sais que je connais un garçon, pas beaucoup plus vieux que toi, dont les parents sont devenus fous parce qu’ils ont été torturés par des membres de ta famille ? Tu as entendu parler des Londubat, dis-moi ?

– C’pas ma faute, marmonna Achenar.

– Ah non ? Tu n’es pas un Lestrange, peut-être ?

– Si, mais…

– Mais quoi ?

– J’tais même pas né quand mon père il a fait tout ça.

– Peut-être, mais ça n’efface pas les horreurs qu’il a commises, observa durement Sirius.

– Mais c’est pas ma faute !

– Tu crois vraiment pouvoir t’en sortir dans la vie en n’assumant aucune faute ?

– Mais merde ! s’exclama Achenar avec fureur. J’suis pas mon père ! Tout le monde y pense que j’vais d’venir comme lui, mais en vrai j’l’ai pas connu et j’m’en fous de lui, il a abandonné ma mère et c’est qu’un sale con et j’le déteste ! »

Sirius se détendit visiblement. Il sentit un grand soulagement l’envahir. Il y avait encore de l’espoir pour ce gamin.

« Est-ce que ça te met en colère que ce que les gens pensent de toi à cause de ton père ? »

Fronçant les sourcils, Achenar se rétracta un peu.

« Vous essayez d’me piéger ou quoi ?

– Bien sûr que non. Je suis là pour t’aider.

– Mais vous dites que vous détestez ma famille…

– Et j’essaie de te démontrer que tu n’es pas défini par ton nom ! », répliqua Sirius en se penchant vers lui pour l’attraper par les épaules avec un regard intense.

Le garçon sembla légèrement effrayé par cette réaction passionnée, mais Sirius n’en tint pas compte.

« Les Lestrange ont mauvaise réputation ? Fais en sorte que ça change, bon sang ! Je sais très bien ce que c’est quand tout le monde s’attend à te voir mal tourner parce que tu es le fils de tes parents. Mais tu ne voudrais quand même pas leur faire ce plaisir ? Tu prétends ne pas être ton père, alors prouve-le, au lieu d’aller cogner un garçon inoffensif comme William ! »

Sirius dévisagea Achenar pour tenter de voir s’il comprenait l’importance de ce qu’il était en train de lui dire. Rien n’était moins sûr, mais au moins, il lui avait fait une certaine impression. Il soupira et relâcha le garçon.

« Pour ta punition, tu présenteras publiquement tes excuses à William au petit-déjeuner, et tu régleras calmement ton problème avec lui pendant le déménagement du campement tout à l’heure. Je ne veux plus jamais voir de violence entre vous. Je ne serai pas aussi clément la prochaine fois. »


°o°o°o°



« J’ai faim !

– Je veux faire pipi !

– Moi caca !

– Hihihi, pipicaca ! »

Se demandant comment il avait pu se faire arnaquer à ce point sur la répartition des gamins, Severus prit une pile de livres au hasard et les distribua aux enfants assis un peu partout dans la bibliothèque.

« Lisez », ordonna-t-il.

Impressionné (ou terrifié) par sa fermeté, tout le monde obéit sans discuter, sauf Wendy et Pasiphae. Cette dernière leva la main.

« Quoi ? fit Severus d’un ton coupant.

– On sait pas lire nous, dit Pasiphae.

– Comment ça, vous ne savez pas lire ? Vous êtes donc idiotes ?

– On a que cinq ans ! protesta Pasiphae.

– Quatr’ ! dit Wendy en montrant tous ses doigts.

– Je ne vois pas en quoi c’est une excuse. Je savais lire à trois ans et demi. Et regardez, Ulysses… »

Severus s’interrompit, remarquant que le garçonnet tenait son livre à l’envers.

« Mh. Bon. »

Il poussa un soupir résigné et chercha des yeux quelqu’un portant des lunettes.

« Toi, dit-il à Judy. Lis-leur quelque chose.

– On peut mettre une muzik ? gazouilla Wendy.

– Non.

– Pourquoi non ?

– … Je ne sais pas comment on fait, maugréa Severus.

– Moi je sais ! intervint Minerva.

– Tant mieux pour toi, Hermione Granger. Ne vous ai-je pas dit de vous taire ? Lisez en silence. »

Outrée, Minerva se jura de tout raconter à Sirius au petit-déjeuner. Et de lui demander ce que voulait dire “Hermione Granger”. Judy leva la main.

« Quoi encore ?

– Comment est-ce que je peux faire la lecture en silence ?

– Trouve une solution », rétorqua Severus avec une certaine mauvaise foi.

Tandis que l’enfant lisait à voix basse, il s’appuya contre le bord de la fenêtre et regarda Sirius parler à Achenar au-dehors. Il n’avait pas l’air d’être parti pour l’écorcher vivant. Tant pis, songea Severus. Puis il arrêta de regarder Sirius car son esprit partait dangereusement à la dérive. Il tira son livre de sa poche et tourna le dos à la fenêtre.


°o°o°o°



Les excuses qu’Achenar présenta debout à la table du petit-déjeuner furent rudimentaires, mais étant donné son talent pour l’expression orale, personne ne lui en tint rigueur, et surtout pas William qui souriait sous le tubercule rougeâtre qui était désormais son nez.

« Moony, tu fais la pire infirmière que j’aie jamais vue ! glissa Sirius à son ami au milieu des discussions animées des enfants.

– Il n’a pas voulu que je le soigne !

– Il fallait le forcer !

– On ne peut pas aider les gens malgré eux.

– On peut quand ils ont onze ans, Moony.

– Je me dis que quand il aura trop mal, il changera d’avis de lui-même.

– En attendant, ce pauvre garçon est défiguré !

– Eh bien, peut-être que ça sera l’occasion pour Achenar de réfléchir aux conséquences de ses actes. Tu ne lui as vraiment donné aucune autre punition ?

– Je préfère lui laisser une chance de faire la paix avec William. »

Peu enthousiaste, Remus fit une moue.

« William est beaucoup trop gentil pour son bien, je ne suis pas sûr que les pousser l’un vers l’autre soit la meilleure des idées.

– Ça ne m’étonne pas vraiment de toi…

– Et pourquoi ? s’offusqua Remus.

– Oh, rien. Tu te rappelles ce que ta mère a pu dire en apprenant que tu étais ami avec un Black ?

– C’est complètement différent ! Tu ne m’avais jamais cassé le nez ! »

Sirius roula les yeux.

« Je t’ai torturé pendant des semaines quand tu as commencé à copiner avec James. Je répandais des rumeurs sur ton compte, je cachais des mots de menaces tes affaires, je faisais exploser toutes tes potions… »

Remus fut soudain bouche bée.

« Quoi ? C’est de ta faute si j’ai été traumatisé des potions pour le restant de mes jours ?

– Hein ? Mmh ? fit Sirius en reposant d’un air très naturel la cuillère de marmelade dans son verre de jus d’orange. Ah. Haha ! J’étais persuadé que tu le savais… »

Le loup-garou fronça les sourcils avec perplexité.

« Mais enfin, pourquoi faisais-tu tout cela ?

– Parce que j’avais peur de perdre James ! C’était mon seul ami à Gryffondor et tout le monde m’évitait comme la peste dans la Maison à cause de ma famille ! »

Une incrédulité amusée se peignit alors sur le visage du loup-garou.

« Tu craignais qu’il me préfère à toi ?

– Oui, je sais, aujourd’hui ça semble idiot… Mais notre amitié démarrait tout juste, je ne pouvais pas savoir l’époque ce qu’elle deviendrait. »

Songeur, Remus finit par hocher la tête dans un soupir.

« D’accord… Laissons-leur une chance. Après tout, William semble apprécier Achenar, et c’est bien le seul. »

Satisfait qu’ils en arrivent à la même conclusion, Sirius revint à son petit-déjeuner avec plus d’entrain. En portant sa tasse de café à ses lèvres, Remus commenta avec un petit sourire :

« Tu étais tellement serpentard à onze ans…

– Oh, tais-toi. »


°o°o°o°



Pendant ce temps, Severus observait les enfants d’un regard attentif. On n’avait trouvé aucun autre serpent dans le campement que ceux découverts dans les deux maisons des filles. Si aucun indice n’avait permis d’identifier les coupables, le choix des victimes laissait à penser qu’il s’agissait sans doute de garçons pas très futés, et Severus avait sa petite idée quant à leur identité. Malheureusement, ses collègues avaient décrété unilatéralement qu’on ne pouvait pas condamner sans preuve tangible et il était strictement impossible de remporter ce débat là contre Sirius Black. Après un petit sermon général, le programme de la journée était donc revenu sur ses rails sans autre perturbation.

C’était le jour du déménagement. Les maisons à pattes de poule allaient se mettre en marche pour les emmener jusqu’au lieu du nouveau campement, qui se trouvait hors de la forêt, à proximité d’un lac. Le voyage allait prendre une bonne partie de la journée, et les enfants étaient tenus de se répartir dans les maisons et de ne pas en bouger jusqu’à nouvel ordre, devant s’occuper avec le stock de livres et de jeux de société disponible.

Ainsi, tout le monde put choisir ses compagnons de voyage, à l’exception de William et Achenar que Sirius comptait forcer à se lier d’amitié en les isolant pendant plusieurs heures dans une seule pièce (Severus prévoyait au moins un mort), et de Cassiopeia, qui voulait être avec William mais fut envoyée avec Minerva et Bettina. Seuls, les tout-petits, en raison de leur âge, allaient rester dans la bibliothèque sous la surveillance permanente d’au moins un moniteur.

« Je peux m’occuper d’eux, puisqu’ils me connaissent bien, proposa Remus. Vous pouvez vous charger de la surveillance des autres maisons pendant le trajet ?

– Nous n’avons pas vraiment besoin d’être deux pour ça, fit remarquer Sirius. Il suffit que l’un de nous fasse une ronde de temps en temps. Autant conjuguer nos forces avec les petits, ils sont vite un peu fatigants. »

Sur le moment, Severus ressentit un certain soulagement, mais Remus enchaîna :

« Tu as raison. Alors je surveille les maisons et vous deux, vous vous occupez des petits. »

Jamais contrariant quand on en avait besoin, Sirius donna son accord en haussant les épaules. Severus n’eut plus qu’à hocher la tête sans un mot.


°o°o°o°



» Seconde partie »


Comments

( 1 môme — Review? )
littlegothsin
Feb. 16th, 2014 06:56 pm (UTC)
YEAH! Je veux dire, je suis en train de relire le chapitre, genre, deux, là, mais un jour je reviendrai. En attendant: YEAH.
( 1 môme — Review? )

Latest Month

February 2014
S M T W T F S
      1
2345678
9101112131415
16171819202122
232425262728 

[Extrait]

« Qu'est-ce que tu fais ? » s'enquit Wendy avec son manque d'articulation caractéristique.

D'où venait-elle, celle-là ? Severus décida de ne pas lui accorder un seul regard, espérant que cela suffirait à la faire déguerpir.

« Hein, dis ? » insita-t-elle.

Severus n'aimait pas les enfants, c'était un fait établi. Mais il était en plus complètement désemparé devant un enfant qui n'avait pas peur de lui. Peut-être parce qu'elle était trop petite pour remarquer sa ressemblance avec les monstres hantaient ses cauchemars, elle eut l'audace de lui attraper la manche de ses petits doigts potelés.

« T'aimes ça, l'herbe, toi ? »

Les yeux de Severus s'attardèrent sur son bras ainsi harcelé, puis remontèrent vers le visage de Wendy avec une expression de pure consternation. Wendy dut prendre cela pour une grimace car elle se mit à glousser comme le font les petits enfants, en découvrant ses dents minuscules et en mettant ses doigts n'importe comment devant sa bouche.

« T'es rigolo !

– On me le dit souvent, ironisa-t-il.

– Pffffffait chaud, dit-elle en agitant ses mains de façon très inefficace.

– En effet. »

Elle prit soudain l'air très sérieux.

« Qu'est-ce que tu fais ?

– Je prends un bain de soleil. »

Wendy resta interdite quelques secondes. Elle ne devait pas connaître cette expression, mais on la sentait surtout perturbée par l'association du mot “soleil” et du fait manifeste que Severus était assis à l'ombre.
Powered by LiveJournal.com
Designed by Tiffany Chow