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Chapitre 7 - Partie 2

« Première partie «


Étendu dans la bibliothèque au milieu d’enfants sages comme des images, Remus profitait du temps calme du début d’après-midi en se laissant bercer par les chansons du disque de William, yeux fermés et oreilles grand ouvertes. Il avait une affection particulière pour l’une d’elles, qui lui faisait penser à Severus.
Come on, come on
You think you drive me crazy…

Tout comme le sombre professeur, au premier abord, elle pouvait sembler terne et sans charme particulier, mais si l’on se donnait la peine de l’écouter jusqu’au bout, on lui découvrait alors une intensité bouleversante et inattendue. Sous ses paupières closes, Remus redessinait la courbe moqueuse des lèvres de Severus, s’arrêtait sur l’habileté précise de ses doigts maigres, s’abîmait dans l’encre noire de ses yeux, et sans même y prêter attention, imaginait ce que cela donnerait si ces lèvres et ces doigts et ces yeux voulaient bien lui faire confiance et se poser sur lui…

« Remus ? »

Ah, la voix de Severus avait elle aussi son pouvoir d’envoûtement, lorsqu’il disait son prénom il…

« Remus ! »

Les paupières de Remus se relevèrent et le Severus fantasmé fut remplacé par le Severus réel qui se tenait au-dessus de lui. À l’envers et en contre-plongée, il n’était pas tout à fait à son avantage, mais Remus sourit néanmoins.

« J’aime quand tu m’appelles par mon prénom. »

L’autre leva les yeux au ciel.

« Quand tu en auras fini avec ta musique d’eunuques neurasthéniques, il faudra peut-être qu’on décide de ce que nous allons faire.

– De ce que nous allons faire…? »

Severus fit un signe de tête impatient vers l’extérieur. Peu contrariant, Remus se remit sur ses pieds et le suivit jusqu’au perron de la maison commune.

« Il commence à être urgent que l’on remette la main sur Sirius. »

Remus dévisagea Severus avec étonnement.

« Tu veux qu’on aille le chercher ?

– Pourquoi cet air effaré ?

– Je n’aurais jamais cru voir le jour où tu ferais quelque chose pour Sirius. »

Le Serpentard parut franchement offensé par cette façon de présenter les choses.

« Ce n’est pas pour lui, sombre idiot. Nous avons besoin de lui ici. Pour des raisons de sécurité et…

Besoin de Sirius ? Qui êtes-vous et qu’avez-vous fait de Severus Snape ? s’amusa Remus.

– Mais enfin, j’essaie de faire appel à ta raison ! En es-tu donc totalement dénué ? »

Redevenant sérieux, Remus haussa les épaules.

« Il me semble qu’on s’en tire plutôt pas mal tous les deux et qu’abandonner les enfants ici pour aller chercher Sirius serait bien plus problématique. Cela te déplaît tant que cela d’être seul avec moi ? »

Avec un profond soupir, Severus détourna le regard vers la forêt qui les entourait.

« Là n’est pas vraiment la question. Je m’étonne que tu ne t’inquiètes pas plus que cela pour ton propre ami.

– Oh, tu sais, ce n’est pas comme si c’était la première fois que je le voyais dans cet état. À l’époque où il vivait à Grimmauld Place, il restait parfois plusieurs jours enfermé avec son maudit hippogriffe sans parler à personne.

– Plusieurs jours ? Voilà qui est rassurant.

– Disons qu’il a développé une tendance au repli sur lui-même. Ce n’est pas toi qui pourrait le lui reprocher, si ? »

Un reniflement de dédain se fit entendre.

« La différence, c’est que moi je suis capable de gérer mes problèmes sans emmerder tout le monde au passage.

– Je pense que c’est parce que tu t’es rendu assez inaccessible pour que rien ne t’atteigne, Severus. Sirius n’est pas aussi fermé…

– Précisément. C’est un manque de force morale de sa part.

– Ou peut-être qu’il a envie de rester ouvert aux bonne choses qui pourraient lui arriver ? »

Les yeux obstinément braqués dans la direction opposée de celle de son interlocuteur, Severus resta muet. Au bout de quelques longues minutes, Remus parla de nouveau.

« Je ne sais pas si tu le savais, mais Lily me parlait souvent de toi, à Poudlard. »

La silhouette sombre qui se découpait à contre-jour devant lui se raidit considérablement en entendant ce prénom. D’une voix douce, Remus continua :

« Nous étions amis longtemps avant qu’elle commence à tolérer James, et elle essayait toujours de me convaincre que tu étais quelqu’un de bien et que je ne devais pas écouter les autres, que je devais les empêcher de te nuire. Moi j’étais trop lâche pour prendre vraiment parti, bien sûr, mais je l’écoutais, fasciné par le portrait qu’elle me faisait de toi. Je ne connaissais pas le garçon doux et attentionné dont elle me parlait, c’était comme si elle était la seule à y avoir accès. Et je me rappelle m’être dit que j’aurais vraiment, vraiment voulu le connaître. »

Un nouveau silence suivit. Puis Severus parla d’une voix lointaine, désincarnée.

« Ce garçon est mort avec elle. »

Remus n’osait bouger de peur de briser ce moment, mais il ressentait une envie puissante de toucher cet homme étrange, qui chérissait tant sa propre blessure qu’il avait élevé des murailles tout autour d’elle pour que personne ne puisse la guérir.

« Je ne crois pas qu’il soit mort, Severus. Je crois qu’il a juste décidé de gâcher sa vie à pleurer une morte. »

Il n’eut aucune réponse. Sentant que ses paroles portaient, il insista un peu :

« Je ne pense pas que ce soit ce que Lily aurait v…

Ne prononce pas son prénom », siffla brusquement Severus en lui décochant un regard tranchant.

Surpris par la violence de sa réaction, Remus balbutia une excuse. C’est alors que la porte de la bibliothèque s’ouvrit en grand et que les enfants sortirent en toute hâte.

« Que se passe-t-il ? s’alarma Remus.

– Regardez, des squelettes volants ! s’écria Richard, pointant du doigt la forêt, plus loin sur la droite.

– Des chevaux fantômes ! hurla Louis, terrifié.

– Siriuuuuuuuuuus ! » exulta Minerva.


°o°o°o°


Tout le monde était déjà parti rejoindre Sirius avant que Severus, à qui il avait fallu un peu de temps pour se ressaisir, ne mette un pied au sol. L’exhibitionniste de service avait fait une nouvelle entrée fracassante, à dos de sombral et suivi de deux autres spécimens. À présent, avec l’aide de Remus, il finissait de refermer la brèche qu’il avait ouverte dans le dôme de protection magique. Les enfants restaient timidement à quelque distance, impressionnés par l’allure des monstres, à l’exception de ceux qui n’étaient pas capables de les voir et devaient se les faire décrire par les autres. Il était navrant de constater combien, malgré la moyenne d’âge, les innocents étaient en infériorité numérique.

« Il fait si chaud aujourd’hui, je me suis dit qu’il serait plus sage de rester ici, alors je vous ai apporté des sujets d’étude ! dit joyeusement Sirius.

– C’est Severus qui va être ravi de cette idée… répondit Remus un peu timidement, rassuré de voir que son ami semblait de meilleure humeur.

– Severus est tout sauf ravi, Lupin », rétorqua l’intéressé qui arrivait à leur hauteur.

Sirius se tendit comme un arc avant même de poser les yeux sur lui.

« Il a un problème, le cafard de service ?

– Sirius, il n’a rien dit à Minerva, s’empressa de l’avertir Remus, à mi-voix.

– Black, coupa le Serpentard. J’aimerais que nous ayons une discussion entre adultes, et surtout en privé.

– Va te faire…

– Les enfants ! s’exclame Remus avec un rire nerveux. Calmons-nous, je vous en prie !

Reste en dehors de ça », rétorquèrent les deux ennemis à l’unisson.

Surpris, ils échangèrent un regard mauvais.

« Très bien, allons discuter à la chambre, finit par décider Sirius. Donne-moi cinq minutes pour attacher les sombrals et je t’y retrouve. Entre adultes responsables. »


°o°o°o°


La confrontation eut lieu juste là, devant tout le monde, alors que les adultes étaient trop occupés par leurs histoires pour faire attention à eux. Il était nécessaire que Richard écrase son rival devant le plus de témoins possible afin de réaffirmer son autorité de façon indiscutable. Certains commençaient déjà faire remarquer de façon déplaisante que, contrairement à lui – qui s’en était pourtant vanté à tort et à travers – William possédait une preuve tangible qu’il avait des musiciens connus dans sa famille. Ce débile de Louis avait même été jusqu’à suggérer que, puisque William aussi avait un nom de souverain, il intègre tout naturellement leur Gang, qui deviendrait alors le Gang des Quatre Rois. Or, la principale raison qui faisait que Richard était le chef du Gang, c’était qu’il en était le plus âgé… Comment pourrait-il être encore crédible avec un grand de onze ans au sein du groupe ?

« Alors comme ça, tes cousins sont membres d’un groupe de rock ? » lança-t-il à William, haut et fort.

Les deux ennemis se toisèrent sous le soleil de plomb. Richard mâchouillait une brindille d’un air costaud. L’autre faisait deux têtes de plus que lui, mais il n’avait pas peur. Le duel était inévitable.

Toutefois William ne devait pas le savoir, puisqu’il se fendit d’un grand sourire.

« Oui. Ils m’ont envoyé un…

– C’est de la merde leur musique ! »

Un peu surpris par ce ton agressif, le garçon répondit néanmoins avec son aménité habituelle :

« Tout le monde n’aime pas, c’est sûr.

– MOI MON PÈRE, il est bassiste chez les Bizarr’ Sisters.

– Oui, je sais…

– Et les Bizarr’ Sisters, c’est vachement mieux.

– Tu sais, moi je préfère la musique douce alors…

– C’EST VACHEMENT MIEUX.

– Oui, oui, c’est vrai. »

La fille qui était un garçon manqué décida alors de se la ramener. Elle avait ses copines avec elle, la binoclarde et les jumelles flippantes.

« À propos, Richard…

– Qu’est-ce tu veux, la moche ?

– Derrière un des disques de Remus, on a lu que le membre des Bizarr’ Sisters qui porte le même nom que toi a seulement vingt-cinq ans.

– Et alors ?

– Ben c’est pas un peu jeune, pour avoir un fils de neuf ans ? »

Des murmures se firent entendre autour d’eux. Richard en perdit sa brindille et sa contenance.

« T’insinues quoi, là ?! C’est mon poing dans ta figure que tu cherches ? »

Les autres étaient déjà en train de compter sur leurs doigts.

« Ça voudrait dire qu’il t’aurait eu à seize ans ! » rigola Lee, remportant ainsi le concours de calcul mental.

Toujours serviable lorsqu’il s’agissait d’être violent, Philip le poussa brutalement, mais cela ne servit qu’à faire rappliquer Remus.

« Eh, doucement ! Pas de bagarre ! Philip, tu vas t’excuser tout de suite… »

Rouge de honte, Richard fixait sur Eleanor un regard haineux.

« Phil, glissa-t-il discrètement à son bras droit alors que tout le monde se réunissait autour des chevaux-squelettes. Demain. Les serpents. T’as mon feu vert.

Entendu, chef. »


°o°o°o°


Sirius claqua la porte derrière lui en entrant dans la maison où l’attendait Severus. Celui-ci était posément installé à la petite table adjacente à leurs lits et s’était préparé une tasse de darjeeling. Cela suffit à enrager Sirius.

« Tu te fous de moi ? Je croyais que tu voulais qu’on discute entre adultes, pas qu’on prenne le thé ! »

Il envoya valser la tasse de Severus d’un revers de main, se brûlant au passage avec le liquide bouillant. L’autre resta désespérément impassible tandis qu’il jurait comme un charretier, et attendit qu’il se fût à son tour assis sur une chaise pour parler.

« Sirius, est-ce que tu as passé une évaluation psychologique avant de venir travailler ici ?

– Va te faire foutre. »

Severus leva les yeux au plafond avec un petit soupir.

« Je suis sérieux. Ton attitude est de plus en plus préoccupante. Bon sang, tu as disparu pendant sept heures ! As-tu conscience de tes obligations ?

– Arrête de prendre ce ton de petit saint, Mangemort. Tu ne trompes personne. »

Avec une vivacité qui fit sursauter Sirius, ledit Mangemort frappa la table du plat de sa main.

« JE suis au poste à l’heure tous les jours, JE ne raconte pas des bobards sur mes collègues aux enfants dont j’ai la charge, JE ne pique pas des crises à tort et à travers et JE ne couche pas avec Remus au lieu de me comporter en adulte responsable !

– Ah ! Nous arrivons au cœur de ce qui te tracasse réellement. Tu ne couches pas avec Remus !

– SUFFIT ! »

L’ancien Mangemort s’était dressé d’un bond et surplombait Sirius d’un air excédé.

« Est-ce que tu t’entends ? La moitié de ces sales gosses sont plus responsables que toi ! Plus matures que toi !

– Tu ne sais rien de moi, Snape. Rien.

– Je sais que tu as un problème, Black. Tu essaies de jouer à l’homme normal mais le vernis craque. Crac ! Crac ! Il serait temps que tu en parles à un professionnel, parce que je crois sincèrement que tu es un danger pour toi-même et pour les… »

Severus n’eut pas le temps de comprendre ce qui lui arrivait que Sirius avait déjà sauté sur lui pour le renverser sur la table, une main sur sa gorge, sa baguette pointée contre sa joue.

À cette seconde, Sirius se vit le tuer. Il s’en savait capable, il avait déjà tué des hommes par le passé, et l’autre le savait aussi, savait qu’il était pourri de l’intérieur. Severus Snape aurait pu mourir là, sur cette table, à cet instant précis. Mais il lut dans son regard, et son regard lui disait : « Vas-y. » Cet homme n’avait plus aucun attachement à la vie. Il était aussi vide que lui.

Tous deux s’observèrent en silence, immobiles. C’était un de ces instants où, ayant vu tomber la foudre, on en guette avec anxiété l’écho distant.

Sirius remarqua la respiration sifflante de Severus, ainsi que la sienne, car l’une et l’autre emplissaient maintenant tout l’espace sonore. Il remarqua aussi sa peau qui, vue de près, ne ressemblait plus à de la cire mais bien à une peau d’homme, vivante et piquetée de minuscules points noirs là où devait naître sa barbe. Il remarqua même son corps sous le sien, qui était bien un corps de chair et non de bois, et ses cuisses de part et d’autre de ses hanches, ouvertes d’une façon qui lui parut brusquement indécente.

Soudain, il le lâcha et recula d’un pas. Severus se redressa lentement, sans un mot, sans ciller. La tête basse, Sirius souffla, puis tourna les talons et quitta hâtivement le cabanon sur un « putain ! » désespéré.

Come on, come on
You think you drive me crazy
Come on, come on
You and whose army ?



°o°o°o°


Remus vit Sirius revenir avec anxiété. Il avait réussi à intéresser les enfants aux sombrals, mais les plus petits n’étaient tout de même pas très rassurés. Il n’avait jamais été prévu de leur montrer ce type de créatures mais, encore une fois, Sirius n’en avait fait qu’à sa tête.

« Est-ce que tout va bien ? glissa-t-il à son ami.

– Oui. Nous avons discuté, c’est tout. »

Son sourire de façade était assez peu convaincant, mais Remus n’insista pas.

« Je suis désolé de ce que je t’ai dit ce matin. Je ne le pensais pas.

– Ce n’est rien, Moony.

– Non, ce n’est pas rien. Je suis ton ami, je devrais être la dernière personne à te faire souffrir. »

Sirius secoua la tête avec un rire amer.

« Ce n’est malheureusement pas comme ça que ça fonctionne. »

De son côté, Severus ne se montra pas plus coopératif.

« Qu’est-ce que tu lui as dit ?

– Simplement que son comportement avait été inadmissible.

– Tu as bien fait…

– Je n’ai pas besoin de ton approbation. »

Les activités de l’après-midi continuèrent comme si de rien n’était. Pourtant, Remus ne put s’empêcher de remarquer que les deux hommes évitaient soigneusement de se regarder.


°o°o°o°


Sur son lit, Sirius retrouva le livre qu’il y avait abandonné la veille. Contes, de Sue Milprun. C’était le recueil de contes atypiques, où les princes épousaient d’autres princes, que la petite Judy l’avait aidé à retrouver. Il le feuilleta distraitement, mais ne se sentit pas le courage de lire pour le moment. Ce n’était pas ce qu’il était venu chercher.

« Harry ? »

Le miroir se brouilla. Le visage de son filleul apparut, apparemment heureux de le voir.

« Tu m’as manqué, sale cabot. Tu m’avais dit que tu me donnerais des nouvelles régulièrement.

– Je suis navré. C’est un peu la folie ici, je suis content quand j’ai dix minutes de pause.

– Et en plus, tu m’as caché des choses. Tu sais qu’ils ont annoncé hier que Kingsley était le nouveau Ministre de la Magie ? Tu aurais vu ma tête ! Je le croyais en train de passer ses vacances à s’occuper de gamins au fin fond de nulle part avec mon parrain et son meilleur ami ! »

Sirius a un sourire désolé.

« C’est que les plans ont changé un peu à la dernière minute. Que veux-tu, un homme qui passe ses vacances à travailler est bien trop précieux pour le gouvernement. Ils nous l’ont piqué !

– Et vous vous en sortez tous les deux, avec autant d’enfants ?

– C’est-à-dire que… McGonagall a trouvé un remplaçant à Kingsley.

– Ouh là. Je n’aime pas trop ta tête, Sirius. »

Celle de Harry lorsqu’il lui avoua l’identité du troisième moniteur, en revanche, valait son pesant de gallions. Sirius ne put s’empêcher de rire, et avec toute la tension accumulée dans la journée, cela lui fit un bien fou.

« Non mais c’est quand même un signe de sénilité avancée de la part de McGonagall, sauf son respect ! s’écriait Harry. Et toi, tu rigoles mais c’est impardonnable de m’avoir tenu dans l’ombre tout ce temps ! Je suis très fâché !

– Tu réalises que tu es mort de rire ?

– Je suis fâché et mort de rire, ce n’est pas incompatible ! »

Lorsqu’ils furent remis de toutes ces émotions, Harry montra tout de même un peu d’inquiétude.

« Ça n’a pas l’air d’aller fort, Sirius.

– C’est cette chaleur, il fait horriblement lourd. L’orage ne devrait plus tarder, mais…

– Ah non, tu ne vas pas commencer à me parler de la pluie et du beau temps, quand même. C’est de cohabiter avec Snape qui te met dans des états pareils ?

– C’est… compliqué. Sa présence ne simplifie pas les choses, c’est certain. »

Il s’efforça de rester léger.

« Toi par contre, tu as bonne mine. Ça fait plaisir à voir.

– L’ambiance s’est améliorée ici, dernièrement. On se répare peu à peu les uns les autres. Ginny… »

Un éclair de douleur passa brièvement sur le visage de Harry.

« Ginny me manque toujours terriblement. Mais… il faut continuer à vivre. Pour elle, pour ma mère… pour tous ceux qui ont donné leur vie pour la nôtre. C’est notre devoir de vivants. »

Sirius observa son filleul avec une visible admiration.

« Je suis si fier de toi. »

Le garçon lui répondit par un sourire embarrassé et touché à la fois. Leur conversation prit bientôt fin, mais Harry le rappela avant qu’il ne range le miroir.

« Sirius !

– Oui ?

– Cette colo, c’est ton projet. Je t’ai vu travailler dessus, j’ai vu toute l’énergie que tu y as mise. Tu as presque tout organisé à toi tout seul. Ne laisse pas ce sale type tout gâcher maintenant. »


°o°o°o°


Silencieuses comme des souris, Rose et Violet étaient en train d’espionner Richard lorsque celui-ci prit Remus à part.

« Remus, il faut que tu m’aides, l’entendirent-elles depuis leur cachette.

– Bien sûr, qu’est-ce que je peux faire pour toi ?

– Est-ce que tu pourrais dire aux autres que mon père c'est le bassiste des Bizarr’ Sisters ? »

Le moniteur sembla surpris.

« Pourquoi est-ce que je leur dirais une chose pareille ?

– T'as bien dit aux autres pour les cousins de William !

– Oui… Mais les cousins de William sont vraiment des membres de Radiohead.

– Mais moi aussi c’est vrai ! Je m'appelle Richard Tremlett ! Le bassiste des Bizarr’ Sisters il s'appelle Tremlett aussi !

– Richard… Ce n’est qu’une coïncidence. À ma connaissance, Donaghan Tremlett n’est même pas de ta famille.

– Bien sûr que si, puisque c’est mon père ! »

L’air très embêté, Remus regarda le garçon bien droit dans les yeux.

« Ton père est mort, Richard. »

Le visage du garçon se durcit.

« Tu comprends rien ! C’était pas mon vrai père qui est mort ! Mon VRAI père il est VIVANT et C’EST LE BASSISTE DES BIZARR’ SISTERS !

– Richard, calme-toi…

– NON ! LÂCHE-MOI ! TU SERS VRAIMENT A RIEN ! »

Richard s’enfuit pour rejoindre ses camarades de chambrée qui étaient déjà partis se coucher. Le moniteur le laissa faire, mais son expression était triste. Pour la première fois, Rose et Violet s’en voulurent un peu d’avoir joué les espionnes.


°o°o°o°


C’était la nuit, et l’orage ne voulait toujours pas éclater. L’atmosphère était devenue irrespirable et, dans son lit, Severus avait l’impression d’étouffer. Après avoir passé une heure à se retourner dans tous les sens et à créer des courants d’air froid avec sa baguette, il finit par se décider à sortir de la maison.

L’air du dehors était électrique et ne semblait pas avoir fraîchi le moins du monde depuis la fin d’après-midi. Il s’arrêta un instant près du feu de camp, le temps de s’assurer que la température avait été baissée au maximum, et ne s’accorda qu’un bref regard vers la forme recroquevillée de Sirius endormi avant de se diriger vers la maison commune.

Une douche froide. Passé le premier frisson, son corps exprima sa reconnaissance en le délivrant d’un peu de lassitude, de tension, de douleur. Il resta longtemps sous le jet d’eau, à se frotter le visage, se sentant vieux, moulu et bon à rien. Ses pensées commencèrent à dériver toutes seules vers l’incident avec Sirius. Il ferma le robinet.

S’étant à peine séché afin de garder l’effet de fraîcheur encore un moment, il passait son pantalon lorsqu’il crut entendre un bruit. Avait-il laissé la porte des douches ouverte tout à l’heure ? Son haut de pyjama dans une main, sa baguette allumée dans l’autre, il s’avança dans la pénombre du couloir avec une vigilance extrême. Lorsqu’il arriva à la bibliothèque, il en fit lentement le tour, et ressortit sans avoir rien remarqué de suspect. Il souffla, rassuré. Un elfe qui se sera réveillé dans sa chambre derrière les cuisines, sans doute ?



Et soudain, sur le seuil de la bibliothèque, alors qu’il allait finir de se rhabiller, il perçut un mouvement d’air derrière lui. Les sens en alerte, il se figea, certain d’une présence juste dans son dos. Ses bras étaient à demi levés, gênés par son vêtement ; le temps qu’il attrape sa baguette, il serait trop tard. Une odeur parvint à ses narines, une odeur de pierre humide, de terre fraîche et de nuit, avec un je-ne-sais-quoi de bestial. Et il sut qui c’était, et resta parfaitement immobile.

L'autre était tout proche, s'il bougeait un tant soit peu, leurs corps entreraient en contact. En contraste avec son dos encore frais, l'autre irradiait une chaleur qui lui donnait la chair de poule. Ses cheveux mouillés laissaient courir des gouttes d’eau le long de sa colonne vertébrale, comme une sueur froide. En sentant un souffle sur sa nuque, il résista au besoin de tourner la tête pour voir ce qu'il y avait derrière lui. Il savait ce qu'il y avait derrière lui. Et tant qu’il ne se retournait pas, cette situation était totalement indépendante de sa volonté. Il laissa l’autre tendre la main – son épaule effleura la sienne – et faire tomber de son poing le haut de pyjama qu’il s’apprêtait à enfiler, et qui tomba au sol en lui rappelant sa pudeur. Severus sentit sa gorge se nouer.

Avec lenteur, un désir contrôlé, la paume de l’autre survola son torse, et se posa bien à plat sur son ventre. Severus exhala fébrilement. Jamais il n’avait ressenti une décharge pareille dans son corps. Les doigts forts, légèrement recourbés, affirmaient leur prise de possession avec une puissance insensée. Sa volonté n’avait rien à voir dans tout cela. L'autre était tout autour de lui à présent, il avait décidé qu'il le voulait et il le prenait. Sans un mot, il se laissa attirer en arrière, dans les ténèbres de la bibliothèque, et n’essaya même pas de s’échapper.

We ride tonight
Ghost horses
Ghost horses

Comments

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ys_melmoth
Jan. 15th, 2013 10:11 pm (UTC)
... Non mais c'est quoi, cette fin, là, ho ? Je te préviens que je ne vais pas l'attendre quatre ans, la suite, cette fois, hein. Ni même quatre mois. Au boulot, ma grande. Hop, hop, hop !

Il est très beau, ce nouveau chapitre. Plus sombre, plus rude - plus mûr ? - que les précédents, et du coup pour moi beaucoup plus touchant. Pas que les précédents ne m'aient pas touchée mais ils l'ont fait plus superficiellement, peut-être par leur humour qui, en me faisant souvent rire aux dépens des personnages me rendait moins sensible à leurs sentiments. L'évolution, cela dit, a commencé avant ce septième chapitre, mais... il y a un truc, ici, qui lui donne beaucoup plus de force. Et me donne très envie de voir comment tu vas continuer dans cette voie.

Ah, je suis aussi très flattée de voir que Severus a de Radiohead la même opinion que moi ^^
arca_en_ciel
Jan. 15th, 2013 10:26 pm (UTC)
Ouiiiiii mais je promets rien car à chaque fois que j'ai dit que pour sûr un chapitre de cette fic arriverait avant telle date, j'ai dépassé la deadline. Du coup je finis par être superstitieuse. No deadline !

Je suis très contente qu'il te plaise, pour le coup je ne peux pas prétendre l'avoir écrit rapidement XD mais ilé tait délicat de faire coïncideer tout ce que je voulais y mettre.
J'aurais bien aimé reprendre ce que j'ai fiat jusqu'au chapitre 6, à savoir collaborer avec quelqu'un sur le prochain chapitre (il s'agit avant tout d'un échange d'idées) et j'ai à moitié envie de te le demander, même si ça m'intimide un peu parce que… je ne sais pas, je ne suis pas sûre de ce que ça peut donner. Cela étant, la semaine "Sirius" est terminée, c'est au tour de Severus d'être davantage sur le devant de la scène. Pouin pouin pouin.

Je me doutais que tu ne louperais pas le clin d'œil ! ^^
ys_melmoth
Jan. 16th, 2013 05:22 pm (UTC)
No deadline - juste des coups de fouet si je constate que ça n'avance pas assez vite à mon goût.

Quant à cette collaboration, je dois dire que je suis assez tentée ^^ Je ne sais pas trop ce que ça peut donner non plus, et quelque part l'exercice promet d'être un peu étrange vu que j'ai du mal, désormais, à considérer Severus autrement que comme "mon" personnage. Mais ça promet d'être intéressant, d'autant plus que ce vide intérieur qui caractérise ici le personnage est quelque chose qui me plait beaucoup - quelque chose que je n'ai pas vraiment eu l'occasion de jouer, que je n'écrirai sans doute plus moi-même, mais sur lequel j'aimerais pouvoir me pencher à nouveau.
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[Extrait]

« Qu'est-ce que tu fais ? » s'enquit Wendy avec son manque d'articulation caractéristique.

D'où venait-elle, celle-là ? Severus décida de ne pas lui accorder un seul regard, espérant que cela suffirait à la faire déguerpir.

« Hein, dis ? » insita-t-elle.

Severus n'aimait pas les enfants, c'était un fait établi. Mais il était en plus complètement désemparé devant un enfant qui n'avait pas peur de lui. Peut-être parce qu'elle était trop petite pour remarquer sa ressemblance avec les monstres hantaient ses cauchemars, elle eut l'audace de lui attraper la manche de ses petits doigts potelés.

« T'aimes ça, l'herbe, toi ? »

Les yeux de Severus s'attardèrent sur son bras ainsi harcelé, puis remontèrent vers le visage de Wendy avec une expression de pure consternation. Wendy dut prendre cela pour une grimace car elle se mit à glousser comme le font les petits enfants, en découvrant ses dents minuscules et en mettant ses doigts n'importe comment devant sa bouche.

« T'es rigolo !

– On me le dit souvent, ironisa-t-il.

– Pffffffait chaud, dit-elle en agitant ses mains de façon très inefficace.

– En effet. »

Elle prit soudain l'air très sérieux.

« Qu'est-ce que tu fais ?

– Je prends un bain de soleil. »

Wendy resta interdite quelques secondes. Elle ne devait pas connaître cette expression, mais on la sentait surtout perturbée par l'association du mot “soleil” et du fait manifeste que Severus était assis à l'ombre.
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