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Chapitre 7 - Partie 1

Avant-propos :

Eh non, vous ne rêvez pas. Quatre ans se sont écoulés depuis le dernier chapitre de La Colo, mais je n’ai pas abandonné cette fanfiction. Seulement, écrire ça demande du temps et de l’implication, qu’on a parfois besoin de dédier à autre chose, comme par exemple à finir un jour ses études.

Je pense que beaucoup de mes anciens lecteurs auront changé de centres d’intérêt entre-temps et ne reprendront donc pas cette fic. Je ne leur en veux pas, vu que c’est un peu mon propre cas. Mais bon quand même, j’aime cette histoire et j’ai envie de la finir.

Ce chapitre est peut-être un peu dense, émotionnellement parlant. Peut-être un peu trop. Mais si cela peut vous rassurer, c’est fait exprès : fin de la première semaine, tout part en cacahuète ! Normalement, au huitième jour, ça devrait se calmer un peu et l’humour devrait pointer davantage le bout de son nez.

J’espère que le chapitre vous plaira et que vous aurez envie d’avoir la suite.




Je vous encourage à relire cette fic depuis le début si vous attendez ce chapitre depuis vraiment longtemps, car c’est une histoire construite dans la continuité et on perd pas mal de choses si on a oublié ce qui s’est passé avant. Une relecture au minimum du chapitre précédent est fortement recommandée.

Néanmoins, si vous avez vraiment trop la flemme, ou vraiment trop hâte de lire le nouveau chapitre, voici le…

Résumé des épisodes précédents :

Parce qu’ils sont forcés de collaborer dans le cadre d’une colonie de vacances, et pour ménager les nerfs de Remus, Sirius et Severus concluent un cessez-le-feu.
Au premier jour, cela semble fonctionner.
Au second jour, ça va encore, sauf que Sirius réalise que Remus a des sentiments troubles pour Severus, et ça ne lui plaît pas du tout.
Au troisième jour, Sirius tente de faire la tête à Remus pour le forcer à s’éloigner de Severus. Manque de bol, ça a l’effet inverse.
Au quatrième jour, Sirius séduit Remus, qui est son amant occasionnel, pour le détourner de Severus. Cela fonctionne nettement mieux. Au point qu’ils s’envoient en l’air dans la bibliothèque.
Au cinquième jour, Sirius est de vachement meilleure humeur et commence à se dire qu’il est peut-être amoureux de Remus.
Au sixième jour, Sirius tente de se déclarer à Remus, mais celui-ci lui répond qu’il confond amour et jalousie. Assez contrarié, Sirius se venge puérilement lors d’un jeu d’action ou vérité où il va tenter de faire comprendre à Remus qu’il perd son temps avec Severus. Cela ne fait rien d’autre que blesser tout le monde et même Remus commence à en avoir marre de lui. Le soir, Severus et Sirius discutent au coin du feu. La conversation prend un tournant assez personnel pour Sirius, qui en livre plus sur lui qu’il ne l’aurait souhaité.

Enfants mis en avant dans ce chapitre :

Minerva Cuffe : Fillette blonde de 7 ans, très éveillée, amoureuse de Sirius. Petite-fille de McGonagall.

Lee Headlock : Jeune garçon de 8 ans, qui prend soin de sa petite-sœur muette, Lilian.

Richard Tremlett : petit dur de 9 ans et demi, dont le père serait bassiste chez les Bizarr’ Sisters. Chef du Gang des Trois Rois.

Rose et Violet Nettles : jumelles noires de 9 ans, indissociables. Amies avec Eleanor (10 ans) et Judy, elles jouent les justicières contre le Gang des Trois Rois.

William Greenwood : garçon rêveur de 11 ans, de nature placide mais qui ne s’est pas tellement fait d’amis depuis le début de la colo.






Jour 7
You and Whose Army?



C’était un matin comme tous les autres matins. Severus se réveilla dans son lit. Pas de rêve douteux cette nuit. Il repoussa les couvertures et posa les pieds sur le plancher de la cabane. Il pouvait entendre la respiration profonde de Remus. Remus avait souvent les bras au-dessus de la tête au petit matin, comme un enfant, mais son visage était rarement serein. À eux trois, ils formaient une belle bande d’handicapés du sommeil.

Severus sortit à l’air libre, inspira profondément, et descendit les marches de la cabane. L’humidité de l’herbe sous ses pieds nus lui tira un frisson. Près du feu de camp, Sirius dormait encore, toujours aussi peu vêtu, et Severus ne perdit pas de temps à essayer de le trouver laid : il y parvenait de moins en moins avec le temps. Alors que son regard s’attardait sur les détails de son élégant visage, les paupières du Maraudeur s’ouvrirent en grand sur deux prunelles rouges. Sans comprendre pourquoi, Severus se sentit glacé de l’intérieur. Lentement, la bouche de Sirius s’ouvrit, encore et encore, un trou béant et noir au milieu de son visage, dans lequel il se sentit comme happé, comme s’il allait dévorer son âme. Terrorisé, Severus voulut sortir sa baguette pour se défendre, mais cela ne servait plus à rien – il s’était déjà réveillé.


°o°o°o°


C’était un matin comme tous les autres matins. Remus émergea, comme à l’accoutumée, d’une nuit de mauvais sommeil, peuplée de rêves monstrueux qu’il arrivait à peine à s’avouer à lui-même. En ouvrant les yeux, il ressentait ce dégoût de lui-même qui ne le quittait jamais tout à fait, mais qu’il arrivait parfois à oublier pendant quelques instants. Lorsqu’il enseignait devant une classe, par exemple. Ou entre les bras de Sirius… ou même en dessinant Severus.

Il s’aperçut qu’il avait bloqué sa respiration, et la relâcha dans ce qui ressemblait à un terrible soupir.

Je ne comprends plus rien à ce qui se passe dans la tête de Sirius, se dit Remus en fixant le plafond au-dessus de son lit. Et le pire… c’est que je ne sais même pas depuis combien de temps cela dure.


°o°o°o°


C’était un matin comme tous les autres matins. Dans cette forêt aux arbres anciens, hauts et touffus, on voyait le ciel s’illuminer bien avant d’être touché par les rayons du soleil. En l’espace de quelques heures, la nuit d’été épaisse et moite semblait se vider lentement de sa substance opaque, et se recroqueviller hors de vue, moribonde, le temps d’une journée de répit. Lorsque les toits des maisons à pattes de poule commençaient à projeter les premières ombres dans la clairière irrégulière, le jour était déjà bien levé et les moniteurs commençaient à se dire qu’ils devraient en faire autant.

Ce matin, néanmoins, était aussi celui du septième jour de la colo, et en sept jours, paraît-il, on peut construire un monde. Depuis la veille, il s’était élevé dans l’esprit de Sirius un mur de colère si haut et si sombre qu’il masquait à sa vue toute forme de discernement. Dès le réveil, sa colère alla au monde entier, à la terre trop dure et aux pierres trop pointues et aux oiseaux trop bruyants, à la chaleur trop chaude, à la lumière trop lumineuse, et à ce connard trop con qu’était Severus Snape. Rapidement, cette dernière cible sembla être la bonne, la juste, la vraie, et il se focalisa sur elle de toute sa haine.

La raison la plus évidente de cette colère tenait sans doute au double fiasco de la veille : Remus l’avait blessé plus cruellement qu’il n’aurait voulu l’admettre. En le rejetant, d’abord, alors qu’il venait de lui offrir son cœur sur un plateau ; en le disputant, ensuite, pour avoir fait comprendre un peu trop lourdement qu’il désapprouvait l’attirance de son ami pour l’antipathique professeur de potions. (Naturellement, Snape était à blâmer pour ces deux déconvenues, et non Remus, qui n’était que le jouet innocent de ce salopard chaudronophile.) Mais ce n’était pas le plus grave.

Pour comprendre le plus grave, il faut avoir à l’esprit que tout, chez Sirius Black, portait à croire qu’il était le genre d’homme à n’éprouver aucune pudeur. Après tout, il n’avait aucune gêne à s’exposer partiellement nu à toute heure de la journée, pas plus qu’il n’en avait à raconter ses nuits de débauche à qui voulait l’entendre ou à dévoiler les inclinations de Remus au principal concerné. Pourtant, si l’on regardait de suffisamment près, et que l’on savait quoi chercher, il était possible de se rendre compte que Sirius Black était surtout le genre d’homme à savoir pertinemment que les gens se désintéressent vite de ce qui semble ne comporter aucun mystère.

Il était redevenu, au cours des cinq ou six années qui avaient suivi son évasion de la pire prison du monde, un homme séduisant, souriant, en pleine santé physique, à l’humour parfois douteux, certes, mais guère pire que celui qu’il avait déjà vingt ans auparavant. Et pour l’avoir hébergé durant deux ans, Remus Lupin était en mesure d’assurer qu’il rentrait rarement de ses « soirées capote », comme il les appelait élégamment, avant le petit matin, réveillant régulièrement son ami avec les grincements inquiétants de la tuyauterie délabrée de la douche. En somme, Sirius Black avait tout du sorcier célibataire à la trentaine avancée, affligé d’un problème affectif certain mais plutôt courant dans la société moderne, et d’un léger, presque charmant complexe de Peter Pan. Et il n’aurait voulu laisser personne penser le contraire.

Cependant, depuis une conversation au coin du feu qu’il avait tenue la veille, il devinait que Severus Snape commençait à se faire certaines idées à son sujet, des idées qui touchaient à ses secrets, à ses mensonges et à ses vérités, à ses précieux fragments d’intime – et cela le rendait, intérieurement, fou de rage.


°o°o°o°


Si Severus avait tout oublié de son cauchemar, dans son esprit, quelque chose de bien plus déstabilisant encore que ce que vivait Sirius avait commencé à poindre. Comme une flamme fuyante, il ne parvenait à en saisir les contours, mais c’était là, dans son crâne et au creux de ses tripes, et il pensa immédiatement à la marque grise qui estampillait encore son bras. Ne s’était-elle pas obscurcie ? N’était-elle pas plus chaude ? Impossible à dire, surtout par cette chaleur. Mais c’était à cela que ressemblait son trouble : à l’appel désespéré de son instinct de survie anticipant une catastrophe imminente.

Lorsqu’il salua Remus au saut du lit ce matin-là, la sensation reflua à l’arrière de sa tête et la paix sembla revenir, le plongeant pratiquement dans un état de bien-être qui le rassura grandement. Malheureusement, ce soulagement fut de courte durée. Dès qu’il posa des yeux dédaigneux sur Sirius, et que Sirius posa des yeux brûlants de haine sur lui, ses entrailles se tordirent à nouveau si violemment qu’il en eut presque la nausée.


°o°o°o°


Une réunion était prévue avec la directrice de Poudlard, à laquelle les trois moniteurs devaient répondre présents. Il avait fallu se lever tôt en laissant les enfants dormir, envoyer les elfes surveiller le campement, et se réunir dans la seule pièce qui disposait d’une connexion directe avec le reste du monde : l’infirmerie. Elle ressemblait à s’y méprendre à un placard à balais muni d’une trousse de premiers secours et les trois hommes étaient contraints de se tenir assez près les uns des autres, ce qui conférait à la pièce une atmosphère un brin tendue.

À sept heures zéro quatre, la Porte s’ouvrit sans une seconde de retard et Minerva McGonagall ne put retenir un léger sourire à la vue de ses trois anciens élèves ainsi réunis. Kingsley Shacklebolt, très élégant et discrètement souriant, se tenait à ses côtés.

« Tous en vie ! remarqua tranquillement Minerva, l’œil brillant. Je suis impressionnée.

– Attendez de connaître les pertes du côté des enfants », plaisanta Remus.

À leur insu, Sirius et Severus esquissèrent le même sourire en coin. Remus savait toujours doser l’humour comme il le fallait pour être agréablement drôle avec une pointe du mordant qui avait fait de lui un Maraudeur. Pas comme Sirius, qui finissait toujours par en faire trop et passer pour un cinglé, voire un imbécile ; pas non plus comme Severus, dont le talent pour le sarcasme mettait souvent mal à l’aise. Sans en avoir l’air, Remus était leur responsable des relations publiques.

« Heureux de te revoir, Kingsley, dit-il avec un hochement de tête dans sa direction.

– Moi de même, répondit l’homme de sa voix grave et apaisante. J’étais ennuyé que nous n’ayons pas eu l’occasion de nous reparler avant le départ… Je tenais à ce que vous sachiez que je ne vous avais pas laissés tomber à la dernière minute sans une bonne raison. »

Sirius fronça les sourcils.

« Laissés tomber ? Est-ce que tu ne t’es pas fait éjecter pour faire de la place à lui, là ?

– “Lui, Là” n’aurait volé à personne de telles vacances de rêve, Black, grogna Severus.

– Bien sûr que non, Sirius, dit Minerva. Il y aurait eu de la place pour vous quatre si le besoin s’en était fait sentir. Mais Kingsley a été appelé à la dernière minute pour un projet un peu plus conséquent… »

La directrice laissa la parole à l’intéressé.

« Je ne pouvais en parler à personne avant que ce soit officiel, mais cela a été annoncé hier, alors… J’ai été nommé au poste de Ministre de la Magie. »

Dans le profond silence qui accompagna cette déclaration, tout le monde put entendre nettement le bourdonnement de la mouche noire emprisonnée dans l’infirmerie de Poudlard, qui vint tournoyer autour du chapeau de Minerva, avant de se heurter au champ de protection de la Porte dans un grésillement d’agonie. Sirius fut le premier à ouvrir la bouche.

« Tu DÉCONNES ?! »

L’éclair de dents blanches qui illumina, l’espace d’un instant, le visage Kingsley, révélait qu’il connaissait suffisamment bien Sirius pour discerner le compliment admiratif dissimulé dans cette exclamation bien peu formelle.

« C’est un peu la réaction que j’ai eue – quoiqu’en d’autres termes – quand on m’en a parlé au début, répondit Kingsley avec un air décontenancé qu’on lui voyait rarement. Mais c’est tout ce qu’il y a de plus sérieux. Je prends la succession de Scrimgeour dès demain.

– Bon courage pour égaler le brio de vos prédécesseurs, ironisa Severus.

– Toutes mes félicitations, Kingsley ! dit Remus avec sincérité. Je n’arrive pas à croire que je m’adresse à notre nouveau Ministre de la Magie…

– MERDE alors, la CLASSE ! » s’enthousiasma Sirius, se levant de sa chaise pour serrer Kingsley dans ses bras, avant de se rappeler qu’il ne le pouvait pas.

Soupir du côté de Severus.

« Avec ton éloquence, Black, j’espère que tu lui écriras ses discours. »

Sirius eut un infime sursaut du bras qui indiqua qu’il retenait une forte envie de frapper. Il se contenta néanmoins de lancer à Severus un regard particulièrement meurtrier.

« Mes pauvres enfants, soupira Minerva sans qu’il fût possible de déterminer si elle parlait de ceux de la colo ou des hommes en face d’elle. Messieurs, Kingsley va maintenant devoir retourner à ses impératifs autrement plus urgents que de vous faire la conversation.

– J’aurai naturellement toujours de la place pour les amis dans mon emploi du temps… de Ministre », assura néanmoins Kingsley avec un clin d’œil.

Ils saluèrent leur nouveau Ministre et Minerva passa aux sujets sérieux.

« Il y a eu une lettre pour le jeune Greenwood, elle contient un objet moldu que nous avons dûment testé : tout est en ordre. Je vous le confie, ainsi qu’une lettre adressée à Philip Bode. »

Minerva créa une bulle irisée de la taille d’une petite pastèque pour faire passer les deux courriers à Remus à travers les barrières magiques de la Porte.

« Philip ? s’étonna Sirius. Est-ce que sa mère n’est pas hospitalisée dans un état grave ?

– En effet, mais il semblerait qu’elle ait été assez lucide pour dicter un mot pour son fils, ce qui est encourageant. Nous avons pu par ailleurs entrer en contact avec le jeune Oliver Wood, il devrait être en mesure de prendre en charge sa nièce Wendy à son retour. »

Severus et Remus échangèrent un regard, presque par inadvertance, à la mention de leur ancien élève. Le Serpentard se demanda si son collègue était déjà au courant de ce lien de parenté.

« Avez-vous tout ce qu’il vous faut au camp ? s’enquit Minerva. Est-ce que tout se passe bien ? »

Il y eut un silence, puis Severus dit lentement :

« Serait-il possible de vous parler seul à seul, Madame à la Directrice ? »

Sirius leva brusquement la tête vers lui.

« Qu’est-ce que ça veut dire ?

– Je laisse à Lupin le soin de traduire en chien.

– Si tu as quelque chose à dire, tu peux le faire devant nous !

– Sirius, Remus, intervint Minerva. Si vous n’avez rien à ajouter, je vais maintenant m’entretenir avec Severus en privé. »

Severus se contenta d’esquisser un bout de sourire moqueur tandis que Remus entraînait un Sirius ulcéré hors de la pièce ; le maître ès potions ne sut jamais combien il passa près d’une rhinoplastie.


°o°o°o°


En sortant de l’infirmerie, Sirius était anormalement nerveux. Remus eut cette fine intuition en le voyant lancer de toutes ses forces son pied contre la porte de la bibliothèque, l’ouvrant dans un craquement de bois, avant de s’y engouffrer et de commencer à agripper les livres qui passaient sous ses mains pour les jeter violemment au sol en grognant des paroles haineuses.

Remus posa une main sur son bras, dont son ami se dégagea avec humeur pour mieux continuer son massacre.

« Sirius ! Qu’est-ce qui te prend ? »

Comme l’autre faisait mine de pas l’entendre, Remus se résolut à une solution qu’il n’employait pratiquement jamais : il se servit de sa force physique. Saisissant brusquement Sirius par l’épaule, il le retourna d’un geste et le plaqua violemment contre les rayonnages de la bibliothèque, immobilisant le fou furieux d’une main sur la poitrine.

« Calme-toi, bon sang ! »

Presque immédiatement, Sirius se tranquillisa. Respirant bruyamment, il planta son regard gris tempête dans celui de Remus et lâcha :

« Cette pauvre merde va tout dire à Minerva ! »

Remus fronça les sourcils sans comprendre. Sirius s’expliqua d’une voix grave.

« Snape sait que nous avons couché ensemble. Ici. Au campement »

Choqué, Remus lâcha Sirius comme s’il s’était brûlé.

« Il sait… quoi ?

– Il sait ! Je ne sais pas comment, mais il sait.

– Tu es sûr que tu n’es pas parano ? Peut-être que…

– Oui, je suis sûr ! s’énerva Sirius. Il me l’a dit hier matin ! C’est pour ça que j’ai fait tomber sa serviette dans les douches… »

Un éclat de rire étranglé secoua Remus, dont la voix s’éleva dans les aigus :

« Vraiment ? Parce que clairement, c’était la meilleure des réponses possibles ! Félicitations, tu ne passais pas encore assez pour un pervers à ses yeux !

– Qu’est-ce que tu voulais que je fasse ?

– Nier, pour commencer !

– Nier ? Et pourquoi ? Je n’ai pas honte de coucher avec toi, Moony !

Oooh, c’est adorable, Sirius, mais ce n’est vraiment pas la question ! »

Remus sentait l’angoisse lui retourner l’estomac.

« Bon sang ! Tu te rends compte de ce que ça pourrait avoir comme répercussions sur nos postes à Poudlard ?

– Évidemment ! Pourquoi tu crois que j’enrage, parce que je crains qu’il me casse mon coup avec Minerva ?

– Pour UNE fois que quelque chose de bien nous tombe dessus, il faut que ta libido incontrôlable nous ôte toute crédibilité !

– MA libido incontrôlable ?! s’écria Sirius. On était quand même deux à le faire, non ?

– Après que TU m’aies fait ton petit numéro de séduction ! Bon sang, Sirius, tu te moques peut-être d’être prof à Poudlard ou ailleurs, c’est un job comme un autre pour toi, mais pour moi, c’est inespéré !

– Je le sais très bien !

– Alors comment as-tu pu me faire un coup pareil ? Pourquoi est-ce que tu ne réfléchis jamais aux conséquences de tes actes ? Ça fait longtemps que j’ai renoncé à l’idée de t’empêcher de faire des choses stupides, mais pourquoi est-ce qu’il faut toujours que tu m’entraînes avec toi au fond du trou ?! »

Remus ne pensait pas vraiment ce qu’il disait, ne voulait pas vraiment blâmer Sirius de la sorte, mais la panique et la honte qu’il ressentait lui donnaient le besoin de se décharger de la responsabilité de la catastrophe, et après le numéro grotesque auquel son ami s’était livré la veille, cela semblait aller de soi. Toutefois, l’air blessé de Sirius amena une autre sorte de panique, qui se doublait d’une autre sorte de honte. Retrouvant le contrôle de ses émotions, il s’approcha de lui et passa une main lénifiante sur son bras… que Sirius repoussa d’une poigne ferme.

« Va te faire foutre, Remus. »

Remus ne dit pas un mot, ne fit pas un geste tandis que Sirius l’écartait de son chemin pour quitter la pièce.


°o°o°o°


Sirius était désormais en colère contre le monde, Severus Snape ET Remus Lupin. Ces deux égoïstes étaient finalement bel et bien faits l’un pour l’autre. Son meilleur ennemi et son pire ami, tous les deux à le pousser à la confidence pour le réduire en miettes. Traversant le campement d’un pas vif, Sirius entrouvrit une brèche dans le dôme de protections magiques les séparant de la forêt et s’enfonça dans l’épaisseur verdoyante sans un regard en arrière.


°o°o°o°


Dans l’infirmerie, Severus se massait la nuque d’une main, profondément las.

« Ne nous voilons pas la face, voulez-vous. Rien n’a jamais empêché ma marque d’être liée à celle des autres lorsque j’étais à Poudlard, je ne vois donc pas pourquoi il en serait autrement ici. Et s’ils peuvent localiser ma marque…

– Voldemort n’est plus, Severus, ne l’oubliez pas. Quel que soit le pouvoir de vos marques, il s’est forcément affaibli de façon considérable.

– Soit. Mais si je me trompe, cela signifie que je n’aurai aucun moyen de le sentir à l’avance s’ils sont sur ma piste.

– En effet. Vous allez donc devoir nous faire confiance. »

Severus eut un rire sans joie.

« Ne faites pas semblant de ne pas savoir à qui vous parlez.

– Severus, je sais quelle vie vous menez depuis vingt ans, mais elle n’avait qu’un but : la défaite de Voldemort. C’est enfin arrivé, et vous devez maintenant laisser cette vie-là derrière vous, commencer autre chose, nouer des nouveaux liens, apprendre à compter sur d’autres que vous-même.

– C’est pour cela que vous m’avez envoyé ici, n’est-ce pas ? ricana Severus. Ce n’est pas vraiment pour me mettre à l’abri, c’est pour que je me fasse des copains ? Dumbledore vous a refilé l’étrange maladie qui le poussait à tenter de me réconcilier avec ces deux crétins ?

– Je n’essaie pas de vous réconcilier avec qui que ce soit. Je pense seulement que vous avez besoin de réaliser que vous pouvez encore vous rendre utile d’une autre manière, maintenant que la guerre est finie. Je pense que vous occuper d’enfants est une bonne chose, pour vous comme pour eux.

– Seul quelqu’un détestant viscéralement les enfants dirait une chose pareille…

– Si vous faisiez du si mauvais travail avec eux, Sirius n’aurait pas manqué de m’en informer, j’en suis convaincue, rétorqua Minerva avec un sourire amusé. Vous savez, personne ne vous accordera sa confiance comme un jeune enfant. Ces orphelins ont besoin qu’on les protège et qu’on prenne soin d’eux, ils ont besoin de vous – et vous avez beaucoup à apprendre à leur contact. »

Severus la regarda sans ciller, puis finit par lâcher :

« Vous me feriez presque regretter Dumbledore, vous savez.

– Nous le regrettons tous. Prenez soin de vous, Severus. »

En sortant de l’infirmerie, Severus trouva un Remus morose appuyé contre l’encadrement de la porte qui donnait sur l’extérieur, les yeux tournés vers la forêt. La lumière matinale donnait à son visage une douceur infinie, en dépit des lignes soucieuses qui plissaient son front, et faisait naître dans ses cheveux des reflets chauds qui accrochaient jusqu’aux mèches grises de ses tempes. Severus s’avança.

« Remus ? »

L’homme tourna la tête dans sa direction, sans hâte ; sans chercher à lui cacher son inquiétude, non plus.

« Un problème ? insista-t-il.

– Sirius est en colère. »

Severus leva les yeux au ciel et s’adossa avec lassitude de l’autre côté du chambranle.

« Est-ce que toutes nos journées vont devoir dépendre des humeurs de ce lunatique ?

– C’est de ma faute. Je lui ai dit des choses injustes. Il est parti dans la forêt… Je ne pense pas qu’il va repointer le bout de son nez tout de suite, nous allons devoir nous occuper des enfants sans lui.

– Oh, fantastique. Bravo à tous les deux, vraiment, dès qu’il y a une connerie à faire, on peut compter sur vous. »

Tiquant à cette remarque, Remus lui jeta un regard étrange.

« Comment s’est passé cet entretien avec Minerva… ?

– C’est privé, Lupin, répondit sèchement Severus.

– Je préfère “Remus”.

– C’est privé quand même. »

Il y eut un moment de silence.

« Est-ce que tu lui as raconté quelque chose qui nous concerne, Sirius et moi ?

– Qu’est-ce que tu entends par là ? »

Le loup-garou marqua une hésitation, puis haussa les épaules.

« Sirius s’imagine que tu as informé Minerva de… la relation intime que lui et moi avons eu l’erreur de partager au campement l’autre jour. »

Sous le regard fauve de Remus, Severus eut de la peine à déglutir. Des images du rêve où il avait vu les deux anciens Maraudeurs s’emmêler très sensuellement tentaient de s’imposer à lui, mais il les confina soigneusement dans un coffre fermé à double tour dans la cave la plus noire de son esprit. Se sentant à nouveau malade, il répondit néanmoins d’une voix neutre :

« Il n’y a que lui pour avoir une idée aussi grotesque. En ce qui me concerne, je fais de mon mieux pour pallier mon traumatisme en évitant d’y penser. »

Remus eut un petit rire de gorge qui chassa son air sombre. Severus en ressentit une satisfaction inexplicable.

« C’était complètement exceptionnel, tu sais, Severus. Il arrive que nos solitudes se consolent l’une avec l’autre… mais je sais depuis longtemps que je n’ai aucun avenir avec Sirius. »

Severus ne comprenait pas comment le loup-garou pouvait lui sortir des choses pareilles en le regardant droit dans les yeux. À quoi jouait-il, au juste ? Prenait-il un malin plaisir à le mettre aussi mal à l’aise ? Il décida de mettre un terme à cette discussion immédiatement et se tint très droit pour observer la hauteur du soleil d’un œil faussement expert.

« Il est largement l’heure de réveiller les gosses. Tu t’occupes des filles et des nabots, je prends le reste. »


°o°o°o°


Une fois tout le monde debout, lavé et habillé, Remus prit Philip, William et Wendy à part, afin de leur transmettre les deux courriers et la bonne nouvelle que lui avait confiés la directrice.

« Évitez d’en parler à tous vos camarades, leur conseilla-t-il. Tout le monde ne recevra malheureusement pas des nouvelles de membres de sa famille, durant cette colo… »

Sans doute plus par distraction que par impertinence, William ne l’écoutait pas et ouvrait le paquet carré et plat qui accompagnait sa lettre.

« Remus ! s’exclama-t-il avec une joie manifeste. J’ai eu un disque fait par mes cousins !

– Oh, tes cousins font de la musique ? dit Remus avec un intérêt modéré.

– Oui ! Ils sont dans un groupe suuuper connu ! »

Trop tracassé par l’absence de Sirius pour déployer des trésors d’attention, Remus hocha poliment la tête, bien prêt à croire que tout groupe de musique dans lequel jouaient ses propres cousins pouvait sembler “suuuper connu” aux yeux d’un enfant de onze ans. Pourtant, le nom que lui donna William sonna comme un roulement de tambours à son oreille de mélomane.

« Pardon ?

– Radiohead ! »

Remus s’interdit de s’emballer trop vite. Le garçon devait mentir. C’était ce que faisaient les petits garçons, ils mentaient. Oh Merlin. William Greenwood…

« Tes cousins sont Colin et Jonny Greenwood, le bassiste et le guitariste de Radiohead ? »

Le gamin hocha joyeusement la tête. L’air impressionné de Remus rendit les autres enfants un peu jaloux.

« Est-ce que je peux voir le disque ? »

Manipulant très délicatement le 45 tours, Remus lut les quelques mots griffonnés sur la pochette.

« Ce sont… de nouveaux morceaux ? Des chansons qui ne sont encore sorties nulle part ? »

Sans s’en rendre compte, le collectionneur invétéré s’était mis à serrer le disque contre son cœur et sa voix était montée très légèrement dans les aigus. William lui lança un drôle d’air et demanda à récupérer son cadeau.

« Bien sûr, tiens ! Prends-en bien soin… Et si tu veux le passer dans la bibliothèque, surtout ne te gêne pas ! »

Une fois seul dans le bureau, Remus ressentit cet intense besoin de partager son excitation avec Sirius… Mais pour la première fois en trois ans, Sirius n’était pas là. Insidieusement, la béatitude laissa place à une amère mélancolie.


°o°o°o°


En jeune garçon pragmatique, Lee Headlock éprouvait certaines difficultés à comprendre l’irrationalisme dont Minerva Cuffe faisait preuve dès qu’il s’agissait de Sirius. Les deux enfants avaient commencé à nouer quelques liens d’amitié depuis que Lee avait été séparé de sa petite sœur le temps des cours matinaux : Minerva l’avait pris d’autorité sous son aile, tenant à lui faire rattraper son retard… et à se faire bien voir de son moniteur préféré. Mais quelles que soient les motivations de la fillette, Lee lui était reconnaissant de son aide précieuse et avait été agréablement surpris par la vivacité d’esprit de celle qui passait pourtant le plus clair de son temps à minauder auprès d’un type de cinq fois son âge. Comment une fille intelligente pouvait-elle se montrer si stupide par moments ?

« Et s’il est mort pendant la nuit ?! disait-elle d’un air angoissé.

– Comment il serait mort pendant la nuit ?

– Je sais pas moi, de froid !

– Non mais t’as vu la chaleur qu’il fait ?

– N’y’a pas de soleil la nuit je te ferais dire !

Et il dort à côté du feu de camp !

– Oui eh ben, peut-être que des bêtes l’ont mangé !

– Y’a rien qui peut rentrer dans le campement !

– Mais alors pourquoi il a disparu ?

– Remus et Severus ont dit qu’il avait dû s’absenter, peut-être qu’il est parti retrouver sa fiancée ! »

Minerva eut l’air bien plus horrifiée par cette perspective que celle de la mort pure et simple de Sirius. Le premier choc passé, elle envoya un bon coup de pied dans le tibia de Lee et tourna les talons, retournant à sa copine Bettina qui était très occupée à remplir ses poches de cailloux pour une obscure raison.

Lee frotta ses yeux qui picotaient : il y avait un bon moment déjà qu’il apprenait à ne pas pleurer, nécessité absolue qu’il s’était découverte à force de se faire traiter de fille par tous ceux qui n’aimaient pas ses longs cils et ses traits ambigus. Rejeté par ses pairs, battu par l’autre sexe, Lee se demanda pourquoi tout le monde lui en voulait et s’en alla retrouver sa petite sœur Lilian, la seule à l’aimer inconditionnellement.


°o°o°o°


Il était encore tôt et Severus avait déjà l’impression d’étouffer dès qu’il mettait un pied hors de la maison commune, la seule à avoir conservé un semblant de fraîcheur.

« Nous devrions opter pour des activités en intérieur aujourd’hui », glissa-t-il à Remus au petit-déjeuner.

Celui-ci sembla décontenancé.

« Mais il fait un soleil radieux… Les activités en intérieur, nous les gardons pour les jours de pluie.

– Je ne crois pas vraiment qu’ils connaissent la pluie dans ce pays, quel qu’il soit, répondit Severus avec une certaine crispation. Je suis à peu près certain qu’on aurait pu faire griller cette tranche de bacon rien qu’en la laissant au soleil avant de partir pour la réunion.

– Il est vrai qu’il fait un peu lourd, admit Remus. Mais je pense qu’un orage approche, nous aurons certainement un peu d’eau d’ici demain.

– Je ne vois pas ce que vous avez contre l’idée de sortir quand il pleut, insista Severus. C’est le seul moyen de trouver les bons champignons. Je ne vois pas pourquoi on rôtirait aujourd’hui et…

– Tu pourrais aussi te découvrir un peu, Severus », fit remarquer Remus.

Severus le regarda comme s’il venait de lui pousser une marguerite sur le dessus du crâne. Un sourire d’amusement irrépressible étira la bouche de Remus, qui tenta aussitôt de le dissimuler derrière ses doigts en faisant mine de s’appuyer d’un coude sur la table. Cet homme pouvait avoir des attitudes insupportablement attendrissantes, songea brièvement Severus, qui n’eut heureusement pas le temps de s’attarder sur cette pensée.

« Tu portes deux épaisseurs de vêtements noirs à manches longues, reprit Remus. Je ne te dis pas d’imiter les tendances exhibitionnistes de Sirius, mais tu pourrais au moins faire comme moi et opter pour une chemise légère. »

Severus considéra les bras discrètement musclés et dorés à point qui sortaient des manches courtes de Remus, se dit qu’il envisagerait peut-être d’infliger au monde la vue de ses propres bras s’ils ressemblaient à cela mais que ce n’était pas le cas, et finit par rétorquer platement :

« Ne sois pas ridicule. »

Il fallait accepter de souffrir quand on était laid.


°o°o°o°


De deux pieds, il était rapidement passé à quatre pattes, et avait couru droit devant lui durant au moins une heure. Dans sa course folle, il avait sans doute croisé nombre d’arbres extraordinaires, de plantes rares et de créatures fantastiques, mais il ne s’était focalisé que sur sa respiration haletante, sur les battements violents de son cœur dans sa poitrine, sur la brûlure qui gagnait progressivement ses muscles, sur tout ce qui le rappelait à sa plus simple condition d’être vivant.

Et puis le gros chien noir finit par s’arrêter, épuisé, au pied d’un tronc monumental qui semblait s’élever à l’infini. Il renifla l’air pour s’assurer qu’aucun danger immédiat ne le menaçait et se laissa enfin tomber au sol, parcouru de frissons. Il lécha ses pattes douces qui s’étaient abîmées dans la course ; le goût de sang et de terre lui sembla étrangement envoûtant. Il songea qu’il lui resterait toujours cette possibilité, s’il devait tout perdre (et par tout, il entendait Remus) : la vie sauvage, au grand air, sans plus aucun des tracas humains, jusqu’à ce qu’il oublie qu’il en avait jamais été un… la seule liberté possible. Et peut-être qu’alors il n’aurait plus jamais de cauchemars et il se sentirait enfin à sa place en ce monde – seuls les hommes cherchent leur place, les animaux savent toujours exactement où elle se trouve – et peut-être qu’alors, il ne passerait plus jamais ses nuits à errer sans but pour ne pas rêver, ne rentrerait plus à l’aube vers un Remus étranger, pour se laver par de longues douches de toute la merde dans laquelle il vivait. Il ne savait pas combien de temps il tiendrait encore s’il ne trouvait rien à quoi se raccrocher, rien pour le faire avancer. Le vide le grignotait de l’intérieur depuis trop longtemps : un jour il ne serait plus qu’un grand creux et se ferait avaler par le sol sans que personne ne le remarque.

Trop de nuits au repos maigre s’abattirent sur lui d’un seul coup, et il sombra dans le sommeil avant d’avoir pu se rendre compte qu’il avait fermé les yeux.


°o°o°o°


Remus récupéra les élèves de Sirius dans sa classe, qui s’en trouva considérablement agrandie. Pour ce cours un peu spécial, il laissa les tout-petits participer aux récits dont il les avait déjà abreuvés et qu’ils avaient fini par mémoriser en partie. Wendy la bavarde, Ulysses le grognon et Pasiphae la timide s’acquittèrent tous avec une certaine fierté de la tâche d’éduquer leurs aînés… Tous, sauf Lilian Headlock, évidemment, toujours aussi muette qu’au premier jour, et de nouveau recroquevillée entre les bras de son frère comme si elle jouait à être la châtaigne et lui la bogue. Remus ne put s’empêcher de surveiller du coin d’œil cette petite fratrie fusionnelle, tracassé par les blessures découvertes sur les paumes de la fillette et inquiet à l’idée que son grand frère puisse en être à l’origine. Vaguement rongé par le remord, aussi, de n’en avoir pas parlé à Minerva ce matin : il avait délibérément choisi d’omettre cette information parce qu’il souhaitait régler le problème lui-même. La situation était sous contrôle, se répétait-il. Il n’allait rien arriver à Lilian. Mais il n’arrivait pas à se sentir sûr de lui sans Sirius à ses côtés, prêt à lui offrir à tout moment un sourire de réconfort.

Severus le rejoignit sitôt leurs cours respectifs terminés, chose qu’il ne faisait habituellement jamais – peut-être parce que, d’ordinaire, Sirius le rejoignait le premier ?

« Lupin, cela va faire quatre heures que ton stupide clébard s’est fait la malle. Il serait peut-être temps de le rappeler. Sans lui, ironiquement, on ne peut pas faire de sortie en forêt.

– Je ne sais pas où il est, Severus.

– Allons, je sais comment vous êtes, tous les deux, vous vous partagez un cerveau. Vous devez bien avoir un moyen de communiquer à distance.

– Ah, j’imagine que tu fais référence à la célèbre télépathie homosexuelle ? » répondit Remus avec un soupçon d’agacement.

À sa plus grande consternation, il vit que Severus était tenté de le prendre au sérieux.

« Severus, non, nous n’avons rien de la sorte ! Pourquoi refuses-tu comprendre que je suis loin d’être aussi proche de Sirius que tu l’imagines ?

– Nous ne devons pas avoir la même définition de “proche”.

– Sans doute, Severus, fit Remus en se passant une main lasse sur le front. Je suis étonné que tu aies même une définition de ce mot, puisqu’il ne semble pas faire partie de ton vocabulaire.

– Je ne vois pas ce que tu veux dire, fit Severus, tout prêt à défendre la richesse de son lexique.

– Je veux dire que t’approcher est une mission impossible ! »

Severus ne s’attendait manifestement pas à cette répartie et son expression mi-perplexe, mi-méfiante inspira à Remus un élan d’audace. Avec beaucoup de douceur, il posa la main sur le poignet du maître de potions, comme pour le défier de lui prouver qu’il avait tort à son sujet, et chercha son regard pour murmurer :

« Ne me pardonneras-tu jamais pour le passé ? Je comprends que tu m’en veuilles, mais si tu daignais me laisser une chance…

– Lupin, l’interrompit Severus.

Remus », corrigea le loup-garou.

Severus le regarda dans les yeux. Juste quelques secondes, avant de baisser la tête vers son bras emprisonné, qu’il récupéra en tournant le poignet.

« Severus…

– Je t’ai pardonné. Mais je ne te fais pas confiance pour autant. Désolé. »


°o°o°o°


À son réveil, Sirius découvrit un long crâne noir penché vers lui, dont les orbites vides semblaient l’observer avec curiosité.


°o°o°o°


Le pow-wow se tenait à l’emplacement habituel, dans les herbes longues et les hautes fougères aux limites du campement. Mastiquant un biscuit en synchronisation parfaite, les jumelles Rose et Violet écoutaient Eleanor récapituler l’état actuel des faits sous le regard brillant de Judy.

Deux jours auparavant, en espionnant le Gang des Trois Nazes, la bande de justicières avait appris leur plan de lâcher des serpents dans les cabanes des filles pour les terrifier. Sans tarder, une surveillance avait été établie autour du trio de garçons stupides, tandis que Rose et Violet avaient été chargées de confectionner au plus vite des poupées vaudou à l’effigie de chacun d’eux. Flattées, les deux fillettes prirent cette importante mission très à cœur. Elles avaient vu plusieurs fois leur grand-père en réaliser et, bien qu’elles n’eurent pas son savoir-faire ni tous les ingrédients nécessaires, elles étaient parvenues à trouver lors des dernières balades en forêt de quoi mettre au point des poupées correctes.

Afin de les distinguer, elles comportaient toutes un signe distinctif. La poupée de Richard, le chef autoproclamé, avait une grande bouche en graine d’érable ; celle de Philip, le bras droit à l’aura inquiétante, avait de grands yeux en coquilles d’escargot ; et celle de Louis, le larbin, de grandes oreilles en écorce de marron. La seule chose qui leur manquait encore, c’était des cheveux, du sang ou des rognures d’ongles provenant de chacun des trois garçons, afin de pouvoir lier magiquement la poupée à eux.

En attendant de mettre la main sur ces trésors, les poupées servaient aujourd’hui à animer le pow-wow d’un spectacle de guignol improvisé par Eleanor, s’inspirant librement de la scène qu’elle avait espionnée au petit-déjeuner. Richard avait appris que William avait reçu un vrai disque d’un vrai groupe dans lequel jouaient ses cousins, ce que le chef du Gang avait très mal pris. Apparemment, il considérait que cela mettait en danger sa position de leader, qu’il devait pour beaucoup au prestige d’avoir un père membre des Bizarr’ Sisters.

« Je sais pas ce que vous en pensez, mesdemoiselles, déclara Eleanor, mais je pense qu’il y a chenille sous roche. Je propose de continuer notre travail de surveillance, mais aussi de nous renseigner à la bibliothèque sur cette histoire louche de groupe de rock.

– Je veux bien m’occuper des recherches ! proposa spontanément Judy.

– Parfait, tu es notre meilleure lectrice. Rose et Violet, du nouveau de votre côté ?

– Non ! » répondirent-elles en cœur, ce qui les fit glousser. Elles reprirent l’une après l’autre : « Philip a reparlé du plan des serpents…

– …mais seulement pour dire que Richard ne lui avait pas donné le “feu vert”.

– Sans doute un nom de code », dit Eleanor, et elles s’accordèrent sur ce point. « Si l’une de nous les entend parler de ce feu vert, on saura qu’ils vont lâcher les serpents. »


°o°o°o°


» Seconde partie »

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[Extrait]

« Qu'est-ce que tu fais ? » s'enquit Wendy avec son manque d'articulation caractéristique.

D'où venait-elle, celle-là ? Severus décida de ne pas lui accorder un seul regard, espérant que cela suffirait à la faire déguerpir.

« Hein, dis ? » insita-t-elle.

Severus n'aimait pas les enfants, c'était un fait établi. Mais il était en plus complètement désemparé devant un enfant qui n'avait pas peur de lui. Peut-être parce qu'elle était trop petite pour remarquer sa ressemblance avec les monstres hantaient ses cauchemars, elle eut l'audace de lui attraper la manche de ses petits doigts potelés.

« T'aimes ça, l'herbe, toi ? »

Les yeux de Severus s'attardèrent sur son bras ainsi harcelé, puis remontèrent vers le visage de Wendy avec une expression de pure consternation. Wendy dut prendre cela pour une grimace car elle se mit à glousser comme le font les petits enfants, en découvrant ses dents minuscules et en mettant ses doigts n'importe comment devant sa bouche.

« T'es rigolo !

– On me le dit souvent, ironisa-t-il.

– Pffffffait chaud, dit-elle en agitant ses mains de façon très inefficace.

– En effet. »

Elle prit soudain l'air très sérieux.

« Qu'est-ce que tu fais ?

– Je prends un bain de soleil. »

Wendy resta interdite quelques secondes. Elle ne devait pas connaître cette expression, mais on la sentait surtout perturbée par l'association du mot “soleil” et du fait manifeste que Severus était assis à l'ombre.
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