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Chapitre 6 - Partie 1

Avant-propos :

° Eh oui, je sais, c'est pas trop tôt pour un nouveau chapitre. Des fois les fanfiqueurs ont une vie, des fois les fanfiqueurs ont pas envie. Au moins, le chapitre est super long (11 600 mots, c'est… beaucoup TROP long, moi qui voulais m'en tenir à des chapitres courts dans cette fic !) donc vous n'êtes pas arnaqués sur la quantité. À vous de me dire pour la qualité…

° Vous vous en fichez probablement mais il n'y a qu'un seul nouveau point de vue d'enfant dans ce chapitre (celui de Bettina) parce que le dernier qui restait (celui de Cassiopeia) s'est fait chirurgicalement retirer et greffer au chapitre suivant.

° Le prochain chapitre sera à peu près aussi important que celui-ci, mais… comportera d'autres intérêts. Héhé.

° Chapitre écrit en semi-collaboration avec kimadourden (qui devait participer au chapitre d'avant sauf que tout ce à quoi elle a participé a fini dans celui-ci).





Résumé des épisodes précédents : Vu à quand remonte la dernière update, il faudrait carrément relire la fic du début, haha. À défaut, on tente de faire ça façon résumé de séries, d'accord ? Voici quelques extraits pour vous rafraîchir la mémoire.

-°-
« Une colonie de vacances, répéta Severus, appuyant chaque syllabe, et injectant un peu d'incrédulité en chacune.
– Une colonie de vacances », confirma Minerva.
-°-
« Ce sont des orphelins de guerre, rappela Sirius. Vous ne pensez pas qu'ils aient déjà suffisamment souffert comme ça ? Cette colo devait être un moyen pour eux de reprendre goût à la vie, pas de rencontrer d'anciens Mangemorts possiblement responsables de la mort de leurs parents ! »
-°-
« Tu peux croire ça? fit Sirius en s'affalant, jambes sur un accoudoir, dans l'un des fauteuils moelleux du minuscule appartement de Remus. Même Minerva McGonagall nous traite comme un vieux couple !
– C'est ridicule… acquiesça mollement Remus.
– Tu veux qu'on s'envoie en l'air ? »
-°-
« Bon sang de… Qu'est-ce que c'est que tout ça, Moony ? »
– Mes vieux disques… Toute ma collection est là. Tu crois que je peux en emporter ?
– Évidemment, grande nouille. Mais sois raisonnable. Pas plus de deux cents. »
-°-
« Qu'est-ce qu'ils se disent, Severus et Remus ? » demanda Minerva à Sirius.
– Des mots d'amour.
– QUOI ?! laissèrent échapper Rose et Violet, avant de se couvrir la bouche mutuellement.
– Chut, c'est un secret ! prévint Sirius.
– Ça se peut pas ! protesta Richard. C'est des garçons.
– Comment, ça ne se peut pas. Va raconter ça à Severus, il risque de mal le prendre ! C'est l'amoureux de Remus.
– Moi j'ai lu un conte où il y a deux princes qui se marient », fit Judy timidement.
-°-
« Crois-moi, jeune Lestrange, dit Severus, tu ne veux pas te mettre quelqu'un comme moi à dos.
– C'est… C'est à cause de vous que mon père est mort, lâcha Achenar.
– Ton père est mort par sa propre faute. »
-°-
« Sirius, rends-moi ça !
– Wow. »
C'était un portrait de Severus. Severus Snape dans toute sa splendeur, sombre et torturé ; presque beau sous le trait précis de Remus. Sirius laissa échapper un rire froid et lui rendit le carnet.
« Tu as vraiment du papier à gâcher. »
-°-
« Allez, quoi, Severus, mets-y un peu du tien ! s'exclama Sirius, qui ne prenait pas la situation très au sérieux. Si on doit être compagnons d'insomnie, il va falloir être plus bavard que ça.
– … Compagnons d'insomnie ? » fit alors Severus sans comprendre.
-°-
Une main se posa sur le bras de Lilian, et elle réalisa que Lee l'appelait.
« Lily ? Lily ! »
Elle voulut toucher sa joue pour le rassurer, mais quelque chose d'étrange se produisit à ce contact, et Lee fut projeté en arrière comme sous l'effet d'un coup violent.
-°-
« Remus ? »
Il se retourna vers Lee, qui avait sa petite-sœur sur le dos.
« Lilian s'est fait mal en tombant. »
-°-
« Lilian avait des blessures étranges tout à l'heure, des blessures qu'elle n'aurait pas pu se faire en tombant comme il me l'a dit.
– Quel genre de blessures ? s'enquit Severus.
– Je crois que ce sont des brûlures causées par la magie. »
-°-
En ouvrant la porte, Severus s'arrêta sur le seuil, interloqué de ne voir personne. Puis il entendit les voix. Sirius et Remus venaient de parler à voix basse… dans le lit de Remus.
Severus reçut cette révélation comme une brique dans la figure. Les draps bougèrent, Remus émit un gémissement que Severus se serait aventuré à qualifier de sensuel, et c'était déjà plus qu'il ne pouvait en tolérer.
-°-
Tandis que Sirius se laissait envahir par la tendresse au seul spectacle de Remus endormi, il se demanda ce qu'il cherchait de plus. Et si c'était aussi simple que cela, l'amour ?
-°-


Bettina Jorkins, 7 ans. Petite-sœur de Louis, aka Lou du Gang des Trois Rois. Rondelette, un peu bizarre, et copine avec la jolie Minerva.

Judy Kegg, 9 ans. Grande timide, elle est dans la même maison qu'Eleanor et Cassiopeia. Avec Eleanor et les jumelles Rose et Violet, elles ont formé une alliance pour combattre dans l'ombre ceux qu'elles appellent les Trois Crétins.

Achenar Lestrange, 12 ans. Peu sympathique, il partage sa chambre avec William, Barney et Jonathan. Il en pince très manifestement pour Cassiopeia mais celle-ci le méprise ouvertement.





Jour 6
Kozmic Blues


Sans un mot, Sirius s’approcha de Remus et lui prit violemment les lèvres. Le baiser était passionné, brûlant, et incitait les deux hommes à laisser vagabonder leurs mains sur leurs corps à demi nus. Sirius caressa les fesses de Remus tandis que celui-ci, plus direct, plongeait la main dans son pantalon. Laissant échapper une plainte sourde, Sirius plaqua Remus contre un mur et leurs deux corps s’engagèrent bientôt dans une étreinte fiévreuse à la chorégraphie chaotique. Ils frémirent, gémissant et haletant, et alors qu’ils allaient être emportés par l’extase, Severus se réveilla le souffle coupé, entortillé dans les draps.

Tandis que l’eau glacée de la douche apaisait peu à peu Severus, il se répétait avec calme que les rêves ne sont que de petits nuages chimiques influencés par les événements de la journée. Surprendre Sirius et Remus en pleine action la veille (même s’il n’avait rien vu à proprement parler) avait marqué son esprit. Et les rêves érotiques arrivaient à tout le monde ! Simplement, pas à lui, d’ordinaire.

Cela aurait pu être pire. Au moins, il n’était pas acteur du rêve.


°o°o°o°


Severus noua la serviette autour de sa taille au sortir de la douche, ce qui l’empêcha de remarquer tout de suite la présence de Sirius. Celui-ci, près de la porte, s’amusa de le voir sursauter.

« Qu’est-ce que tu… ? commença Severus.

– Donc tu te laves les cheveux, des fois, dit Sirius. Je me demandais, parce que ça n’a rien d’évident lorsqu’on te regarde. »

Sirius avait un grand sourire. Severus, moins.

« Tu permets que je me rhabille, Black, ou tu tiens vraiment à discuter de mes cheveux, là, maintenant ?

– Je ne vois pas pourquoi l’un empêcherait l’autre. »

Severus avait une mèche de cheveux collée sur le nez qui, associée à son air exaspéré, était du plus haut comique.

« Tu dois soigner cet excès de pudeur, Severus, continua Sirius pour le pur plaisir de le mettre mal à l’aise.

– Quant à toi, tu dois soigner cette obsession de me voir nu.

– Ne sois pas ridicule. Tu es un homme, je suis un homme ; je doute que tu aies quoi que ce soit sous ta serviette qui soit une grande nouveauté pour moi.

– Oh, je ne doute pas qu’une charmeuse dans ton genre ait dû en voir un certain nombre, mais que veux-tu ? J’aime me distinguer. »

Sirius roula les yeux.

« Ne perds pas ton temps à me charrier sur ma sexualité. Je n’ai pas honte.

– Oh, je sais. Lupin et toi êtes un peu trop à l’aise avec votre sexualité, si tu veux mon avis. »

Sirius ouvrit la bouche pour répliquer, mais il s’interrompit et plissa les yeux, soupçonneux.

« Est-ce que tu joues juste à l’homophobe ou est-ce que tu sous-entends quelque chose ?

– Je sous-entends : trouvez-vous un hôtel, la prochaine fois. Il y a des gosses dans tous les coins, bon sang. »

Sirius eut un rire forcé. C’était du bluff. Il ne pouvait pas être au courant de l’épisode de la bibliothèque deux jours auparavant. Si ?

« Qu’est-ce que tu racontes ?

– Tu veux un dessin ? J’espère que non, je suis très mauvais en nu.

– Tu ne peux pas… Comment aurais-tu… ? »

Ne laissant pas passer son avantage, Severus émit un rire moqueur.

« Je ne sais pas pourquoi vous vous cachez alors que tout le monde est déjà convaincu que vous êtes ensemble.

– Nous ne sommes pas ensemble, répondit machinalement Sirius. Pas… vraiment.

– Ah oui ? Dans ce cas, j’aurais peur de savoir ce que ça donne quand vous êtes vraiment ensemble. »

Sirius serra les poings. Il ne voulait pas que Severus se mêle de ses affaires avec Remus. Il était extrêmement fâché de découvrir qu’il en savait autant. Il chercha quelques secondes une répartie fulgurante mais, trop décontenancé pour penser correctement, il brandit plutôt sa baguette et fit tomber la serviette de Severus, avant de sortir en claquant la porte.


°o°o°o°


« Sirius ? fit Remus en s’asseyant à la table du petit-déjeuner.

– Moony ?

– Est-ce que je peux savoir pourquoi je viens de croiser Severus à la sortie des douches, à peine habillé et vociférant que tu n’étais qu’un voyeur et un pervers et que je ne valais pas mieux ? »

Sirius manqua de vider le paquet de Weetabix dans son bol.

« Tu… ne veux vraiment pas savoir.

– Je m’en doutais…

– À peine habillé, mh ? Snape. Vraiment ?

– Je suis sous le choc également, avoua Remus. Sa robe était ouverte presque jusqu’au nombril ! Je n’ai jamais vu autant de Severus Snape de ma vie… »

Sirius s’esclaffa.

« Je t’avouerai en avoir vu un peu plus il y a quelques minutes, quand j’ai fait tomber sa serviette de bain alors qu’il ne portait rien d’autre.

– Je te demande pardon ?

– Il m’avait énervé.

– Bien sûr. »

Remus dévisagea Sirius.

« Quoi ? fit celui-ci.

– Tu ne fais pas de blagues sur Severus tout nu, remarqua Remus.

– Non, et alors ?

– Ça veut tout dire », gloussa Remus en portant une tasse de thé à ses lèvres.


°o°o°o°


Dans le miroir au-dessus des lavabos, le reflet d’Achenar prit une pose avantageuse. Le jeune homme n’était certes pas expert en beauté masculine, mais il s’estimait pourtant raisonnablement agréable à regarder. Le physique bourru de son père avait été quelque peu adouci par la finesse de sa mère, pour lui donner des traits nettement masculins, mais néanmoins harmonieux. Les rondeurs juvéniles de son visage étaient déjà contredites par une mâchoire carrée et un front marqué, mais sans succomber au grotesque que subissent souvent les jeunes adolescents. Si l’on ajoutait ces données au fait qu’il était par ailleurs athlétique et volait fort bien pour son âge, ce qui faisait de lui un joueur de quidditch accompli, il n’y avait aucune raison pour que Cassiopeia ne soit pas déjà raide dingue de lui… À part la raison qui sortit des douches derrière lui.

William Greenwood était un de ces garçons jolis et inoffensifs à qui Achenar aimait foutre une raclée pour leur soutirer de l’argent à la sortie de l’école. Achenar commençait à soupçonner que par quelque aberration, Cassiopeia lui préférait ce mollusque aux airs de tapette, ce qui était d’autant plus difficile à comprendre qu’il était plus jeune qu’elle de presque un an. Les filles n’étaient-elles pas censées aimer les hommes matures et virils, comme lui-même, de six mois son aîné ? En tout cas, il n’était pas prêt à déclarer forfait face à ce ridicule rival.

« Bonjour Achenar », fit William dans son dos.

Achenar se retourna en composant son visage le plus antipathique.

« Qui t’a autorisé à m’adresser la parole, merdeux ? »

William baissa les yeux.

« Je sais que tu ne m’aimes pas trop, mais j’aimerais vraiment qu’on soit amis.

– J'ai pas d’amis, surtout pas des petites pédales dans ton genre.

– Je suis pas une petite pédale, bougonna William. Je fais la même taille que toi, presque.

– T’es vraiment trop con, ricana Achenar. Tu ferais mieux de dégager avant que je colle mon poing dans tes dents. »

William hésita puis, dépité, sortit de la salle de bain. Son reflet s’attarda néanmoins encore un moment dans le miroir au-dessus des lavabos, posant doucement une main sur l’épaule du reflet d’Achenar en guise d’au revoir.


°o°o°o°


« Tu n’en as pas assez de me jeter des regards en coin ? Si tu prêtais plutôt attention à ce que tu fais ? J’ai dit de “hacher” ces feuilles, Achenar, “hacher”, et si tu ne sais pas ce que cela signifie, c’est parce que quelqu’un s’est apparemment occupé de faire subir ce sort à ta cervelle ! »

Severus dut faire un énorme effort pour ne pas prononcer ces paroles. Plus les jours passaient et plus il trouvait Achenar profondément agaçant. Après avoir pris Severus de haut dans un premier temps, il ne cessait à présent de lui tourner autour sans jamais oser l’approcher, comme un chien qui voudrait réclamer un sucre, mais sait pertinemment qu’il ne récoltera qu’un coup de pied au derrière. Qu’il se prenne son coup de pied, et qu’on en finisse !

À la fin du cours, alors que Jonathan restait pour l’aider à ranger, Achenar rôda un moment autour de l’endroit, au point que Severus ne put plus le supporter.

« Dis donc, le fils Lestrange ! Si tu veux rester, aide-moi à porter ces chaudrons, sinon va-t-en ! »

Achenar affecta un air surpris, regarda derrière lui comme si Severus avait pu s’adresser à un autre fils Lestrange, puis se dandina d’un pied sur l’autre de façon sûrement moins masculine qu’il ne l’aurait souhaité. Pour finir, il commença à s’en aller, mais au bout de trois pas, il fit demi-tour et vint se saisir d’un chaudron.

« Verse son contenu dans ce tonneau et range-le dans la remise, dit Severus. Jonathan, merci de ton aide. Tu peux aller profiter de ton temps libre, maintenant. »

C’était le maximum que Severus était prêt à faire pour aider Achenar à se prendre son coup de pied au derrière, et il le faisait uniquement parce que le règlement de la colo lui interdisait d’étrangler les enfants sous sa garde. Ils vidèrent en silence les chaudrons dans le tonneau Danaïde prévu à cet effet, les rangèrent en silence, et Severus commençait à croire que cet abruti de gamin allait repartir sans avoir réclamé son sucre, quand Achenar dit abruptement :

« J’voudrais parler d'mon père. A… Avec vous, j’veux dire. Enfin, j’voudrais que vous… »

Severus était partagé entre le dégoût et la pitié devant ce grand gaillard peu habitué à s’exprimer oralement, qui ne savait plus quoi faire de ses bras. La pitié l’emporta pour cette fois.

« Qu’est-ce que tu veux savoir ?

– Je… Hein ? fit Achenar, décontenancé.

– Je n’ai pas écrit de poèmes à son sujet, donc si tu veux que j’en parle, il va falloir être un peu plus précis.

– J'ai pas vraiment réfléchi à…

– Alors réfléchis, et reviens me voir quand tu auras trouvé. »

Achenar hocha sobrement la tête et Severus prit aussitôt la fuite. L’échange avait duré trente pénibles secondes et il espérait qu’il n’allait pas le regretter. La seule chose qu’il détestait davantage que les enfants en bas âge, c’était les ados à la recherche de leur identité.


°o°o°o°


Le cours de Sirius commençait à devenir véritablement enthousiasmant. Les enfants avaient la faculté d’apprendre tellement vite ! Même Lee, qui avait du retard jusqu’à ce que sa petite sœur Lilian soit placée dans le cours de Remus, était maintenant capable de déplacer une feuille morte juste en la regardant. C’était peu, mais c’était plus de magie que n’en avaient jamais réalisée ces enfants de moins de onze ans et ses jeunes élèves n’étaient pas peu fiers de leurs prouesses.

Seul le jeune Philip Bode avait quelques difficultés à faire ce qu’on lui demandait. À chaque fois que Sirius venait voir où il en était, la même chose se produisait, et il en venait à se demander si le garçon y mettait vraiment du sien.

« Tu es sûr que tu ne le fais pas exprès ?

– Ben non. »

Sirius éteignit de sa baguette la feuille qui avait pris feu encore une fois.

« Ne t’entraîne pas en dehors du cours sans ma surveillance, d’accord ? La dernière chose qu’on veut voir arriver, c’est un incendie de forêt.

– Oui, Sirius. »

Une seconde, Sirius aurait juré que Philip avait souri bizarrement. Il se raisonna néanmoins. Snape avait réveillé ses tendances paranoïaques avec ses allusions, bravo. De toute façon, tout était toujours la faute de Snape.


°o°o°o°


« C’est ainsi que l’impératrice des fées fut sauvagement assassinée par sa belle-sœur Constance, et que celle-ci prit sa place. Mais le frère de l’impératrice…

– Attends, Remus, t’as oublié un bout ! s’écria Pasiphae sévèrement.

– Oui, t’as pas dit quand la Belle Sœur elle fait enfermer le frère de la pératrice dans une cage, dit Ulysses.

– Et même que après, après, eh ben, après elle le met dans un arbre pour que les humains ils le trouvent ! » renchérit Wendy.

Remus était au comble de l’enchantement. Contre toute espérance, sa classe avait appris quelques petites choses. Aujourd’hui, même Lilian, qui 'avait rejoint son cours que la veille, à semblait avoir pris goût aux histoires, et Remus était un peu attristé à l’idée que le lendemain serait son dernier cours avec les petits.

« D’abord c’est IMpératrice, dit Pasiphae à Ulysses.

– Même pas vrai, “un” c’est pour les garçons !

– T’es trop bête toi ! s’exclama Pasiphae en administrant un coup de Doudou à Ulysses.

– Remus ! Zif elle recommence ! commença à pleurer Ulysses.

– Allons, du calme. De toute façon, je vois qu’on a largement dépassé l’heure de la fin du cours. Vous êtes libres ! »

Pasiphae et Ulysses arrêtèrent instantanément de se chamailler, se levèrent en criant « OUAAAIIIS ! » et partirent jouer en compagnie de Wendy. Lilian, qui passait toujours le plus clair de son temps avec son grand frère Lee, restait encore à l’écart de leur petit groupe.

« Ça va, tu ne t’ennuies pas pendant la classe ? » lui demanda Remus.

Elle fit non de la tête. Remus sourit. Puis il regarda pensivement les bandages qu’elle avait autour de ses mains, dont les paumes avaient été mystérieusement brûlées la veille.

« Dis-moi ma grande, je dois te poser une question au sujet de tes brûlures… »

Lilian serra légèrement sa vache en peluche contre elle. Remus eut le cœur serré et, remarquant un pissenlit fané pris dans ses longs cheveux bruns, il le dégagea délicatement le temps de trouver ses mots. Mais aussitôt, Lilian s’empara de la fleur et se mit à la fixer avec concentration. Intrigué, Remus la regarda faire sans un mot. Essayait-elle d’imiter ce que son grand frère faisait pendant ses cours ? L’espace d’un instant, il lui sembla presque voir frémir les pétales de la fleur, mais un cri détourna son attention.

« LILY ! »

Remus vit Lee arriver en courant.

« Lily, viens, dit-il d’un ton brusque, attrapant le bras de sa sœur.

– Est-ce que tout va bien ? » fit Remus.

Lee fit un sourire de gentil petit garçon.

« Oui oui, j’ai juste vu une grenouille là-bas, et Lilian adore les grenouilles. »

Ils s’éloignèrent rapidement, et Remus ne put s’empêcher de ressentir de l’inquiétude. Et si Lee maltraitait réellement sa sœur ? Il n’aurait pas été le premier à se laisser tromper par un visage angélique.

« Hahaha ! Eh, Lily, attends-moi quand même ! »

Un peu plus loin, Severus les regardait passer d’un air à la fois furieux et peiné.


°o°o°o°


Ils devaient être en cinquième année lorsque Remus suspecta Severus Snape d’éprouver des sentiments à l’égard de son amie Lily Evans. C’était une idée un peu ridicule, d’autant que Remus ne s’y connaissait pas beaucoup en amour, mais elle conférait au personnage étrange de Severus Snape une dimension supplémentaire, laissait entrevoir un peu de douceur sous cette armure glaciale. Après bien des hésitations, il décida un jour de demander discrètement des renseignements à Sirius.

« Dis Padfoot, à force, tu dois être un genre d’expert en amour, non ?

– Comment ça, “à force” ? fit Sirius, sur la défensive. Tu me prends pour qui, un dragueur compulsif ? Je te signale que je suis complètement incapable de dire un seul truc intelligent face à une fille qui me plaît, j'ai vraiment rien d’un expert…

– Non, bien sûr ! C'est pas ce que je voulais dire. Mais… tu as l’habitude de plaire, non ? »

Sirius lui dirait plus tard avoir ressenti une certaine fierté et aussi un peu de gêne en constatant que son ami avait cette image de lui. Il dut néanmoins choisir de faire marcher la fierté à ce moment-là, car il se passa une main dans les cheveux et parodia un regard séducteur.

« Naturellement, mon cher Monsieur Moony, je suis le rêve ambulant de toute personne dotée du sens de la vue, fit-il d’une voix grave. Que puis-je pour toi ? »

Remus gloussa.

« Je me demandais… À quoi est-ce que tu vois que quelqu’un s’intéresse à toi ?

– Ooooh, sourit Sirius. Qui s’intéresse à toi, Moony ? Vas-y, dis-moi tout !

– Hein ? fit Remus, stupéfait. Ah non ! Personne ! C’est juste quelqu’un que je connais qui… »

Sirius éclata de rire. Remus insista, se sentant un peu idiot :

« Non, mais, ce n’est vraiment pas moi !

– Comme tu voudras. Donc ce “quelqu’un”… il s’intéresse à une certaine personne et cherche à déterminer si son intérêt est réciproque ?

– Hum… on peut dire ça comme ça… »

Sirius réfléchit.

« Franchement, j'en sais pas long, vu que je loupe presque à tous les coups quand on s’intéresse à moi. Je pense que les signes varient pas mal d’une personne à l’autre et d’une situation à l’autre. J’ai quand même remarqué que les filles timides ont tendance à avoir le regard fuyant, à éviter au maximum les contacts physiques, à ne pas savoir quoi dire… Tandis que les plus entreprenantes au contraire…

– Mmh, l’interrompit Remus, pensif. Forcément, tu ne t’y connais qu’en filles. »

Sirius sembla déconcerté.

« Tu veux savoir ce que font les garçons ? s’étonna-t-il.

– Euh… » Remus réalisa ce que sa remarque pouvait impliquer et rougit violemment. « Non, enfin… C’est cette personne qui…

– Ne te justifie pas, Moony ! Toutes les tendances sont à la mode, ces temps-ci. Je trouve juste ça bizarre parce que – comment te l’annoncer sans te choquer… ? Tu ES un garçon.

– Hum, certes. Mais je ne suis pas vraiment… “l’exemple type”, si ? »

Sirius dut le reconnaître.

« Je pense que les garçons timides sont comme les filles timides : mal à l’aise. C’est juste différent parce que les hormones sont méchantes avec nous et… enfin bon. Autant la fille timide se rabaisse stupidement à la première occasion, autant le garçon timide essaie plutôt de compenser son manque d’assurance en se mettant stupidement en avant. Ce qui est marrant, c’est que les garçons sûrs d’eux font exactement la même chose, alors qu’en fin de compte, les filles, elles s’en fiche de ce qu’on pense de nous-mêmes, elles veulent savoir ce qu’on pense d’elles.

– Comment tu sais ça ? s’amusa Remus.

– Tu n’apprends donc rien à fréquenter James ? Les réactions d’Evans quand cet imbécile tente de lui faire des avances sont pourtant plutôt explicites, rit Sirius. C’est marrant, on dirait que la nature a inscrit dans les gènes du garçon le besoin irrépressible d’impressionner les filles, mais sans lui donner aucun moyen d’y parvenir. Notre puberté commence plus tard, ce qui fait qu’à côté d’elles on a l’air parfaitement ridicule, et comme on les comprend pas, on est tout simplement incapables de la moindre subtilité avec elles…

– Je ne ressens pas le besoin d’impressionner les filles », remarqua Remus en toute innocence.

Sirius le regarda d’un drôle d’air, puis sourit :

« T’as pas besoin d’essayer, tu es déjà Préfet. Tu as du pouvoir, tu es mature et responsable… Si seulement tu parlais à une fille un jour, tu verrais qu’elles sont déjà toutes à toi ! »

Remus ne prit bien sûr pas cette remarque très au sérieux. Il remercia Sirius de son aide précieuse, et demanda une dernière précision :

« Et si les deux personnes sont déjà amies, est-ce que ça change quelque chose ? »



°o°o°o°


Lee et Lilian jouaient à cueillir des fleurs pour faire des couronnes, sous la surveillance discrète de Severus, qui n’avait rien de mieux à faire de sa vie. Rien à voir avec le fait qu’il l’avait promis à Remus ; il avait lui-même observé les brûlures de la fillette et elles avaient bien été causées par la magie. Ce qui était assurément quelque chose de préoccupant pour un moniteur consciencieux.

« Qu’est-ce tu fais ? » s’enquit Wendy avec son manque d’articulation caractéristique.

D’où venait-elle, celle-là ? Severus décida de ne pas lui accorder un seul regard, espérant que cela suffirait à la faire déguerpir.

« Hein, dis ? » insista-t-elle.

Severus n’aimait pas les enfants, c’était un fait établi. Mais il était en plus complètement désemparé devant un enfant qui n’avait pas peur de lui. Peut-être parce qu’elle était trop petite pour remarquer sa ressemblance avec les monstres qui hantaient ses cauchemars, elle eut l’audace de lui attraper la manche de ses petits doigts potelés.

« T’aimes ça, l’herbe, toi ? »

Les yeux de Severus s’attardèrent sur son bras ainsi harcelé, puis remontèrent vers le visage de Wendy avec une expression de pure consternation. Wendy dut prendre cela pour une grimace, car elle se mit à glousser comme le font les petits enfants, en découvrant ses dents minuscules et en mettant ses doigts n’importe comment devant sa bouche.

« T’es rigolo !

– On me le dit souvent, ironisa-t-il.

– Pffffffait chaud, dit-elle en agitant ses mains de façon très inefficace.

– En effet. »

Elle prit soudain l’air très sérieux.

« Qu’est-ce tu fais ?

– Je prends un bain de soleil. »

Wendy resta interdite quelques secondes. Elle ne devait pas connaître cette expression, mais on la sentait surtout perturbée par l’association du mot “soleil” et du fait manifeste que Severus était assis à l’ombre.

« Pourquoi ? fit-elle pour comprendre.

– Pour être beau, soupira Severus.

– Pourquoi ?

– Devine. »

Elle ouvrit des yeux catastrophés.

« Je sais pas !

– C’est normal, si tu savais, tu ne pourrais pas deviner. »

Wendy se mit à réfléchir, ou du moins c’est ce que supposa Severus, même s’il n’était pas certain qu’à quatre ans et demi on puisse réellement parler de réflexion. Enfin un peu de silence, se dit-il en retournant à l’observation morne de Lee et Lilian.

« Je sais ! C’est pour qu’il t’aime plusse ! dit alors Wendy en s’appuyant sur sa cuisse de façon assez inconfortable.

– Hein ? Qui ?

– Remus », dit-elle en pointant du doigt quelque chose de l’autre côté de Severus.

C’était Remus qui arrivait avec aux lèvres son sourire fatigué. Severus eut un bref instant de panique.

« Arrête de raconter des bêtises, Wendy.

– Mais c'est pas des bêtises, c’est ton namoureux Remus ! s’écria-t-elle, outrée.

– Ça va pas, non !

– Même que vous faites des bisous et tout et tout !

– Tais-toi maintenant !

– Pourquoi ? »

Severus l’attrapa par la taille, la posa sur ses genoux et la bâillonna d’une main, ce qui la fit beaucoup rire.

« Severus, le salua Remus avec sa douceur habituelle.

– Remus, répondit Severus, légèrement nerveux.

– Je vois que tu t’es attiré les bonnes grâces de Wendy.

– Mmh, il est dur de s’en défaire.

– Tu dis ça au sens figuré ou parce que son visage est soudé à ta main ? »

Severus dissimula mal son embarras.

« On dit que la vérité sort de la bouche des enfants, mais je vois surtout en sortir d’énormes sottises.

– Oui… C’est qu’ils répètent ce qu’ils entendent sans penser aux conséquences, mais parfois ils comprennent mal et déforment tout.

– Exactement », fit Severus.

Il y eut un blanc.

« Et donc, qu’est-ce que tu fais, à part empêcher Wendy de dire des sottises ?

– Je surveillais les Headlock, là-bas.

– Vraiment ? Merci, Severus, c’est très gentil de ta part.

– Ha ! Gentil ? Mais non, non non…

– Non, tu as sûrement un intérêt personnel dans cette démarche, suis-je bête ! se moqua Remus.

– Parfaitement. Ça me donne une excuse pour rester assis là sans rien faire.

– C’est vrai que tu as toujours été l’incarnation même de la paresse, rit Remus.

– Que veux-tu que je te dise, je me fais vieux. »

Remus le dévisagea sans cesser de sourire.

« Tu es jeune, Severus.

– Oh oui, un vrai jeune homme de quarante ans…

– Trente-huit, rectifia Remus. Il te reste presque trois fois ça à vivre selon les dernières statistiques du Ministère de la Magie. »

Merlin m’en préserve, songea Severus, j’ai déjà l’impression d’avoir vécu trois fois ça. Mais il n’aimait pas être le sujet de la conversation et s’empressa d’en changer.

« Je n’impliquais pas que tu étais vieux, si c’est ce qui t’inquiète, Lupin.

– Ce n’est pas ce qui m’inquiète. »

Il choisit néanmoins de laisser Severus tranquille et se tourna vers le frère et la sœur qui jouaient au loin.

« J’espère vraiment que je me trompe au sujet de Lee. Lily ne supporterait pas de perdre la seule famille qui lui reste.

– Lilian, corrigea Severus.

– Mmh ?

– Rien… »

Au cours de la conversation, Severus avait libéré Wendy, qui après avoir écouté attentivement les adultes, choisit cet instant pour lui demander :

« T’auras des zenfants avec Remus quand vous serez mariés ? »

L’expression de Remus la rendit complètement hilare.


°o°o°o°


Ils avaient agrandi les salles du bâtiment commun pour favoriser la ventilation, et beaucoup d’enfants s’étaient mis à rentrer et sortir et rentrer et sortir, s’émerveillant de ce que le bâtiment était plus grand à l’intérieur sans l’être à l’extérieur. Affalé dans la bibliothèque, Sirius écoutait Janis Joplin, entouré par les enfants épuisés par leur jeu, qui venaient ici pour fuir la chaleur et occuper le reste du temps calme du début de l’après-midi. Un quart d’heure plus tôt, Minerva avait entrepris de lui brosser les cheveux, et Sirius avait subi les poignées de cheveux arrachés presque sans broncher.

« T’as les cheveux loooooongs, avait fait remarquer Minerva. Et très emmêlés. Il y a des endroits où ça fait des boudins.

– Ça fait bien quinze ans que je ne les ai pas coupés, alors tu sais, je pense qu’ils ne poussent même plus maintenant.

– Pourquoi tu les coupes pas ?

– Pendant longtemps, j’étais dans un endroit sans baguette. Après, j’ai juste eu la flemme…

– Je peux te les couper, si tu veux ! proposa généreusement Minerva en sortant des ciseaux à bout rond de la poche de sa robe.

– Euh, non, merci, ça ira, dit-il en se redressant. Je les aime bien comme ça.

– Attends ! Je te fais une tresse, alors. »

Et c’est ainsi que Remus le trouva, en train de jouer les têtes à coiffer, Janis Joplin chantant “Summertime”, les enfants sortant des livres de partout sans en ranger aucun, et il l’entendit pousser un soupir qui remontait de très loin.

« Sirius… On est censés se préparer pour la sortie en forêt, là.

– Oh non, j'ai pas fini ! s’exclama Minerva.

– Oh non, marmonna Sirius sur le même ton, il fait trop chaud aujourd’hui, on va étouffer !

– C’est vrai, on pourrait étouffer ? demanda Louis d’un air paniqué.

– Non, Louis, répondit patiemment Remus.

– On pourrait pas déménager au lac aujourd’hui plutôt que samedi ? demanda Sirius en s’éventant avec une bande dessinée. Je piquerais bien une tête, là.

– Oooooh on va se baigner ?! » commencèrent plusieurs enfants.

Remus ferma les yeux et se frotta la zone entre les sourcils, geste d’exaspération que Sirius connaissait bien. Il se leva et alla le voir.

« Est-ce que ça va ?

– Oui.

– Bah non, je vois bien, ça va pas.

– Il y a dix-neuf enfants dans cette colo, Sirius, on n’en a vraiment pas besoin d’un vingtième. »

Un peu vexé, Sirius se tourna vers le reste de la pièce et fit claquer ses mains.

« Attention, tout le monde pose son livre à trois ! Un, deux, trois ! Judy, tu as perdu. En gage tu vas me faire une pile avec tous les livres sortis des étagères. Les autres, quand je dis “top” c’est au premier qui trouve Severus dehors ! TOP ! »

En moins d’une minute, la bibliothèque était pratiquement désertée.

« Tu vois, fit Sirius avec contentement. J’aide. Je suis sérieux quand il faut. »

Remus ne semblait pas impressionné.

« Tu as des tresses dans les cheveux », soupira-t-il.

Remus était pourtant de bonne humeur, tout à l’heure, s’étonna Sirius.

« Qu’est-ce que tu as, Moony ? On dirait que tu me fais à moitié la tête.

– Va savoir ce que j’ai, dit Remus. Je crois que j’en ai marre de tes blagues stupides. On n’est plus au lycée !

– Euh… Tu m’expliques ?

– Tu ne vois pas de quoi je parle ?

– Désolé, non. »

Remus fit mine de se détourner, mais Sirius le retint par le bras.

« Moony, qu’est-ce que j’ai fait ?

– Bon sang, Sirius ! Tu as été raconter aux enfants que Severus et moi… » Remus jeta un œil par-dessus l’épaule de Sirius vers Judy et Eleanor qui étaient encore là, et reprit plus bas : « Tu leur as dit qu’on était ensemble ! »

La bouche de Sirius forma un “O”.

« J’avais complètement oublié, c’était le premier jour ! Je ne pensais même pas qu’ils s’en souviendraient !

– Est-ce que tu réalises combien c’est humiliant pour moi ? Wendy a raconté des tas de bêtises à Severus, maintenant il va s’imaginer que je m’intéresse à lui !

– Mais non, enfin, même Snape n’est pas assez idiot pour vraiment penser une chose pareille. »

Remus mima un instant la pose “qu’est-ce que j’ai fait au bon Dieu” et sortit de la bibliothèque sans un mot.


°o°o°o°


Judy faisait toujours ce qu’on lui disait de faire, elle avait remarqué que c’était le meilleur moyen de ne pas s’attirer d’ennuis. Eleanor, elle, c’était tout le contraire. Elle n’obéissait que quand elle jugeait que l’ordre était juste, elle n’avait pas peur des adultes. Là, par exemple, au lieu de sortir avec les autres comme Sirius l’avait demandé, elle était restée ramasser les livres avec Judy, arguant qu’elle n’allait pas la laisser tout faire toute seule, quand même. Eleanor savait déjà ce qu’elle voulait être et comment le devenir. Eleanor était merveilleuse. Et pour une raison qui échappait complètement à Judy, elle semblait la trouver merveilleuse aussi.

« Tu as de trop beaux cheveux, lui disait-elle.

– Ils sont orange, répondait Judy avec une moue.

– Trop beau », répétait-il en souriant.

Il faut dire que le orange était sa couleur préférée.

Judy se surprenait souvent à penser à Eleanor, qui préférait qu’on l’appelle Leo, comme à un garçon, mais un garçon qui ne ressemblait à aucun autre. Parce que les garçons de dix ans étaient bêtes et faisaient des blagues dégoûtantes parfois, alors que Leo était beau et gentil et unique, et il était la seule personne avec qui Judy ne sentait pas si empotée ni ennuyeuse depuis que ses parents étaient morts. Leo ressemblait au personnage de ce conte étrange qu’elle avait lu, dans lequel la princesse avait subi la malédiction d’être un prince dans la journée, et une princesse à la nuit tombée, mais à la fin la princesse choisissait de rester un prince pour toujours et épousait un prince quand même.

« Oh ! » laissa-t-elle échapper en voyant le livre que Leo avait placé en haut d’une pile.

C’était justement le livre de contes dont elle avait déjà parlé à Sirius et où les princes épousaient parfois des princes et les princesses des princesses. C’était un joli livre, tout illustré, plein de couleurs, et Judy était drôlement contente d’avoir mis la main dessus, parce qu’il intéressait beaucoup Sirius.

« Je vais donner ce livre à Sirius, je reviens », dit-elle à Leo.

Elle se mit debout au moment où Remus quittait la pièce, et ne remarqua pas le désarroi de Sirius.

« Moony…!

– Sirius ? » dit-elle d’une petite voix.

Sirius baissa les yeux vers elle, regarda dans la direction où Remus était parti, soupira, et revint à elle.

« Qu’est-ce qu’il y a, Judy ?

– Le livre de contes, tu sais ? Je l’ai trouvé. »

Sirius haussa les sourcils, surpris.

« Oh… Merci beaucoup ! Tu es une chef. »

Il lui caressa les cheveux, ce qui lui décrocha un immense sourire. Elle aimait bien Sirius, parce qu’il était drôle et un peu bête, mais d’une façon qui le rendait sympathique, et qu’il ne ressemblait pas à un papa comme Remus. Sirius lui laissait imaginer qu’en grandissant, les garçons pouvaient s’arranger un peu.

Leo la rejoignit et lui prit la main, l’air un peu triste.

« Qu’est-ce qu’il y a ?

– Tu ne m’avais pas dit que t’étais copine avec Sirius, dit Leo du bout des lèvres.

– On peut pas être copains, c’est un grand, dit Judy.

– Ça ne dérange pas Minerva…

– Minerva est bizarre, rigola Judy. Elle est amoureuse de Sirius. Moi je l’aime bien mais de toute façon c'est pas pareil qu’avec toi. »

Leo sembla rassuré et l’entraîna dehors en courant. L’amitié devenait compliquée lorsqu’elle était exclusive, comprit confusément Judy ce jour-là.





» Seconde Partie »

Comments

le_porkepik
Jan. 8th, 2009 06:45 pm (UTC)
... me demande comment ça va finir, tout ça...

J'aime bien les relations compliquées entre Achenar et Severus ^^

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[Extrait]

« Qu'est-ce que tu fais ? » s'enquit Wendy avec son manque d'articulation caractéristique.

D'où venait-elle, celle-là ? Severus décida de ne pas lui accorder un seul regard, espérant que cela suffirait à la faire déguerpir.

« Hein, dis ? » insita-t-elle.

Severus n'aimait pas les enfants, c'était un fait établi. Mais il était en plus complètement désemparé devant un enfant qui n'avait pas peur de lui. Peut-être parce qu'elle était trop petite pour remarquer sa ressemblance avec les monstres hantaient ses cauchemars, elle eut l'audace de lui attraper la manche de ses petits doigts potelés.

« T'aimes ça, l'herbe, toi ? »

Les yeux de Severus s'attardèrent sur son bras ainsi harcelé, puis remontèrent vers le visage de Wendy avec une expression de pure consternation. Wendy dut prendre cela pour une grimace car elle se mit à glousser comme le font les petits enfants, en découvrant ses dents minuscules et en mettant ses doigts n'importe comment devant sa bouche.

« T'es rigolo !

– On me le dit souvent, ironisa-t-il.

– Pffffffait chaud, dit-elle en agitant ses mains de façon très inefficace.

– En effet. »

Elle prit soudain l'air très sérieux.

« Qu'est-ce que tu fais ?

– Je prends un bain de soleil. »

Wendy resta interdite quelques secondes. Elle ne devait pas connaître cette expression, mais on la sentait surtout perturbée par l'association du mot “soleil” et du fait manifeste que Severus était assis à l'ombre.
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