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Chapitre 5

Oui oui, c'est bien le chapitre 5. Je suis désolée pour tout ce retard. Si ça peut compenser, il est plus long que les précédents (environ 9000 mots) et j'ai pris beaucoup d'avance sur le chapitre 6.

En fait, si La colo était une série télé, les chapitres 5 et 6 seraient un épisode en deux parties. Plusieurs choses commencées dans le 5 se résolvent dans le 6, et au final, je trouve que tout ce qui est vraiment intéressant arrive dans le 6 XD. Désolée encore ! J'espère que ce chapitre a malgré tout de l'intérêt par lui-même. J'ai passé trop de temps dessus, je ne me rends plus compte @_@.

J'ai mes examens qui arrivent mais j'espère malgré tout que le chapitre 6 arrivera vite.

Bisous à tous, et bonne lecture.

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Résumé des épisodes précédents : Bon, j'espère que vous vous rappelez quand même que c'est Snape, Black et Lupin en moniteurs d'une colonie de vacances ? Il y a plein de gamins partout, notamment le Gang des Trois Crétins Rois qui ne font que des conneries, et une petite troupe de filles qui décident de jouer les justicières contre eux. Pendant ce temps-là, Sirius a séduit Remus pour l'empêcher de s'enticher de Severus, ce qui n'est pas bien, et puis, tout à la fin du dernier chapitre, Severus se faisait surprendre à observer Sirius dans son sommeil et c'était trop un super cliffhanger, sauf que comme vous attendez le chapitre depuis 6 mois, le suspense doit être légèrement retombé ¬_¬. Pour vous rafraîchir la mémoire :

Severus s'était promis de ne pas sortir près du feu de camp, cette nuit-là. Sirius lui avait couru sur le système toute la journée, il ne voyait pas comment le regarder dormir aurait pu l'apaiser cette fois-ci. Cependant, il ne trouvait pas le sommeil, et lorsqu'il ne trouvait pas le sommeil, rester au lit le rendait fou, surtout avec la respiration paisible de Remus dans le lit d'à-côté.
Il sortit donc, une fois de plus, son oreiller sous le bras. Il vit Sirius près du feu de camp, torse nu pour changer. De temps à autres, son corps était agité de légers soubresauts ; jamais au repos même dans ses rêves. Severus s'assit sur une pierre et attendit que sa tête se vide petit à petit.
Il était là depuis peut-être un quart d'heure quand une voix s'éleva.
« Tu comptes me mater tous les soirs, comme ça ? »
Severus se leva d'un bond, le cœur battant, tandis que Sirius se redressait pour lui jeter un regard indéchiffrable dans la lumière des flammes.


Toudouuum.



Pasiphae Monagan, 5 ans : surnommée "Zif" parce qu'elle n'arrive pas à prononcer son prénom, elle se balade sans arrêt avec son doudou dans les bras.

Philip Bode, 8 ans : cousin de Louis et Bettina Jorkins. Le seul membre du Gang des Trois dont nous n'avons pas encore exploré le point de vue.

Jonathan Wilde, 10 ans : petit garçon très sérieux. Si vous n'avez aucun souvenir de lui, c'est parfaitement normal.

Barney Skively, 11 ans : Gros. Boulet.





Jour 5

Les Insomnies



Par cette belle nuit d’été, l’air était tiède et parfumé d’odeurs de pins. Mais malgré la lumière orangée du feu de camp magique qui vous enveloppait de sa chaleur tel un douillet cocon, Severus pouvait sentir un frissonnement sournois remonter le long de son épine dorsale, tandis que dans son esprit s’imposait l’affligeant constat : Sirius savait. Il venait de se faire prendre sur le fait, un injustifiable fait s’il en était. Bravo, Severus. Tu sais ce que ton psy en dirait.

À présent, il ne pouvait guère plus que se préparer à l’attaque qui devait inévitablement suivre – non que Sirius ait jamais eu besoin de prétextes pour s’en prendre à lui, mais il ne disait généralement pas non quand on lui en offrait un… Cette fois, pourtant, il semblait vouloir rester silencieux. Son sourire insolent aux lèvres, il dévisageait Severus comme s’il pouvait lire en lui. Severus vouait une haine toute particulière à ce sourire. D’ordinaire. Quand il n’était pas aussi perturbé par le fait que Sirius soit à moitié nu.

« Rassieds-toi, dit finalement Sirius. Maintenant que tu es là, et que tu sais que je sais que tu es là, autant discuter. »


°o°o°o°


« Remus… Remus ! »

Remus leva la tête de son oreiller en clignant des yeux, avant d’y enfouir son visage pour étouffer un grognement fatigué. Trois semaines comme cela et il ne pourrait plus jamais dormir avec un oreiller. Mais au moins, il dormirait tranquille.

Grâce à une ingénieuse idée de Sirius, les enfants n’avaient pas besoin de se lever la nuit s’ils avaient un problème : il leur suffisait d’appeler le moniteur qui était responsable d’eux et celui-ci l’entendait directement dans son oreiller. Remus était le moniteur assigné à la maison bleue, celle des tout-petits, tandis que Sirius et Severus s’occupaient des quatre autres maisons. Mais bien sûr, personne n’avait de problème d’incontinence dans les autres maisons.

Remus sortit de sa maison en bâillant. Sur le chemin, il aperçut Sirius et Severus en train de discuter auprès du feu de camp. Pas vraiment réveillé, il n’y prêta pas attention sur le moment ; puis, frappé par l’absurdité de ce qu’il venait de voir, il revint sur ses pas.

Il avait dû rêver éveillé : tout était calme autour du feu. Remus pouvait seulement discerner la silhouette de Sirius endormi. Secouant la tête, il rejoignit la maison bleue.


Pasiphae s’empêcha de pleurer cette fois-ci. Elle voulait montrer à Remus qu’elle était une grande fille. Chaque soir, Remus arrivait presque aussitôt et lui expliquait qu’il n’y avait vraiment pas de quoi en faire une histoire. Ils discutaient un peu à voix basse, et il trouvait quelque chose à dire qui la faisait pouffer dans sa main, ce qui le faisait rire à son tour. Dans un concert de “chhhut” et de gloussements, il l’invitait à sauter dans son lit tout propre, et tout le chagrin et la honte de Pasiphae s’étaient évanouis. Pour finir, Remus la bordait et l’embrassait sur le front, comme l’aurait fait le père qu’elle n’avait jamais eu.


°o°o°o°


Ces nuits interrompues fatiguaient Remus, mais heureusement, il avait une affection particulière pour Pasiphae. La petite lui faisait confiance, de cette confiance aveugle dont sont capables les enfants, et de son côté, il était bêtement heureux d’être celui qui pouvait la consoler dans un moment comme celui-ci. Il lui répéta qu’elle n’avait pas à être embarrassée et elle sourit de ce sourire sans fard, sans arrière-pensée, simplement sincère. Et après avoir tout nettoyé, il la borda et l’embrassa sur le front, comme il l’aurait fait pour la fille qu’il n’avait jamais eue.

En rentrant se coucher, saisi d’un doute, Remus essaya d’entendre la respiration de Severus dans son lit. Il s’approcha, s’approcha encore et, comme il n’entendait toujours rien, entrouvrit le rideau du lit à baldaquin. Severus était bien, là, endormi, sa poitrine se soulevant et s’abaissant doucement. Son visage n’était pas le même une fois ses traits détendus, un peu de sa dureté disparaissait et rendait l’homme plus accessible en apparence. Oui, en apparence…


°o°o°o°


Le matin ne réveilla pas Sirius aussi tôt qu’à l’ordinaire. Les petits commençaient à dormir plus tard ; s’ils continuaient ainsi ils pourraient bientôt se passer de sieste, ce qui serait aussi bien. Il contempla un moment le bleu pur du ciel au-dessus de lui, étonnamment serein et reposé. Aujourd’hui, il se sentait comme en accord avec lui-même et prêt à tout affronter. Il avait soudain la conviction que quel que soit le bazar de sa vie, quelles que soient les erreurs qu’il avait faites, tout allait rentrer dans l’ordre, au bout du compte. Cela le mettait dans un état d’excitation mêlée de gaieté et, décidé à faire profiter tout le monde de ce joyeux état d’esprit, il s’en alla farfouiller dans la réserve et en ressortit avec un feu d’artifice. Il le régla à l’aide de sa baguette magique, le plaça dans le feu de camp et s’éloigna de quelques pas. Quelques secondes plus tard, des couleurs jaillirent dans les airs et éclatèrent dans un bruit assourdissant.


°o°o°o°


« DEBOUT TOUT LE MONDE ! »

Severus bondit sur place, envoyant valser ses draps. Une explosion, il avait entendu une explosion ! Et une voix tonitruante au milieu. Était-ce une attaque ? L’avait-on retrouvé malgré toutes les précautions prises ?

Il enfila une robe de chambre et sortit de la maison en brandissant sa baguette devant lui. Mais il n’y avait que Sirius, qui lui fit coucou tandis que les enfants qui sortaient de toutes parts en pointant le ciel du doigt d’un air émerveillé. Levant les yeux, Severus découvrit les mots “Debout tout le monde !” qui clignotaient en lumières multicolores dans l’azur matinal.

Il rangea sa baguette en soupirant. Croisant le regard de Sirius, il lui retourna un air de mépris. Il ne devait pas le laisser imaginer que la nuit dernière avait changé quoi que ce soit entre eux.


« Rassieds-toi, dit finalement Sirius. Maintenant que tu es là, et que tu sais que je sais que tu es là, autant discuter. »

Severus hésita, puis obéit, toujours méfiant. La prudence lui dictait de comprendre ce que pensait son ennemi avant de lui tourner le dos. Il lui laissa une nouvelle fois l’initiative de reprendre la parole.

« Marrant, fit Sirius en attisant les flammes du feu de sa baguette. Ça fait plusieurs nuits que je crois rêver que tu viens m’observer dans mon sommeil… »

Sirius releva les yeux, l’air hilare.

« Des cauchemars récurrents, j’en ai tout le temps, alors je ne me posais pas plus de questions que ça, haha. Et puis ce matin – enfin, hier matin maintenant – je t’ai trouvé là, endormi, comme échappé de mon rêve… C’était vraiment bizarre pendant une seconde, après quoi tout a pris un sens ! »

Les yeux baissés, Severus restait silencieux.



Chassant le souvenir de ses pensées, Severus se rendit compte que Sirius le rejoignait à grandes enjambées. Il fit mine de reculer dans la maison, mais ne fut malheureusement pas assez rapide à fuir.

« Qu’est-ce que t’en dis ? lui lança l’autre imbécile.

– Chaque fois que je crois que j’ai atteint le fond avec toi, tu trouves le moyen de creuser encore l’abîme de ton imbécilité.

– Ahan, oui. Mais, les feux d’artifice, c’est quand même dément, non ?

– Oh oui, ironisa Severus en prenant une voix infantile. Tu es tellement cool Sirius, je ne sais pas qui je préfère entre toi et ma licorne en peluche.

– Haha, je sais, je sais. »

Severus grogna vaguement.

« Quand tu auras fini d’essayer d’impressionner des individus dont l’âge moyen est le quart du tien, il faudrait peut-être les envoyer se préparer ?

– Tout à fait, approuva Sirius en lui tapotant le bras. Fais donc ça, moi je vais voir ce que fiche Remus. »


°o°o°o°


Guilleret, Sirius laissa les enfants à Severus et sa mauvaise humeur.

La maison était silencieuse ; Remus ne s’était apparemment pas levé. Passant la tête à travers les rideaux du lit à baldaquin, Sirius constata avec étonnement que son ami dormait toujours, couché sur le flanc. Il considéra de le réveiller, mais se ravisa, devinant que Remus avait besoin de sommeil. Il s’étendit alors sur le bord du lit, son visage tout près de celui de Remus.

Le pauvre loup-garou avait toujours le teint aussi pâle et maladif, même si le soleil lui avait légèrement rougi le bout du nez. Ses cheveux fins étaient tout ébouriffés et donnaient un air enfantin à son visage marqué par les ans. Remus avait un charme discret et agréable que Sirius savait voir mieux que quiconque – dans sa bouche sérieuse qui cachait toujours un sourire, la ligne bien nette de sa mâchoire carrée, l’éclat particulier de ses yeux bruns dont l’iris était marqué d’une tache jaune…

Tandis que Sirius se laissait envahir par la tendresse au seul spectacle de Remus endormi, il se demanda ce qu’il cherchait de plus. Remus et lui s’accordaient sur tous les plans, ils étaient aussi bons amis qu’ils étaient bons amants, et ce qu’ils avaient traversé ensemble les liait plus sûrement l’un à l’autre qu’aucun contrat de mariage. Une idée saugrenue lui vint alors à l’esprit. Et si c’était aussi simple que cela, l’amour ?

Il l’aurait eu sous les yeux, tout ce temps… Plus il y pensait et moins cela semblait stupide. Il se sentait différent aujourd’hui, comme s’il s’était trouvé un regard neuf pendant la nuit. Peut-être que parfois, se dit Sirius, on rencontre l’amour avant d’être prêt à le voir. Et il aurait pu perdre Remus cent fois, mais il était toujours là, seul élément stable de sa vie malmenée. C’était un signe, pas vrai ? Vraiment, que pourrait-il y avoir d’autre ?

Les paupières ensommeillées de Remus se levèrent doucement, révélant ses yeux chocolat et leur petite pépite d’or cachée. En voyant Sirius au bout de son nez, Remus cligna des yeux et fronça les sourcils.

« Sirius… ?

– Bonjour Moony. »

Remus se retourna sur le dos, froissant les draps, et s’étira dans un gémissement quasi voluptueux. Sirius se dit que la gorge piquante de Remus au réveil était tout à fait quelque chose qu’il pourrait aimer embrasser le matin.

« Qu’est-ce que tu fais là ? demanda Remus en se redressant un peu contre son oreiller.

– Je te regardais dormir.

– D’accord… Tu n’as pas mieux à faire ?

– Pas vraiment », sourit Sirius.

Remus semblait assez perplexe. Il y eut quelques secondes de silence, et Sirius se dit que le moment serait sans doute bien choisi pour donner un baiser à Remus.


°o°o°o°


« Il est où Sirius ? demanda Minerva.

– On peut aller manger ?

– Dis, Severus, on fait la douche avec toi aujourd’hui ? fit Wendy.

– Moi je veux pas prendre la douche, bouda Ulysses.

– Hein dis, il est où Sirius ?

– Severus, t’as encore des bonbons de l’autre jour ?

– Y’aura d’autres feux dentifrices ? J’ai pas bien vu tout à l’heure.

– Moi j’ai faim !

– Moi aussi j’ai faim.

– Moi ça va.

– On s’en fiche de toi !

– C’est toi qu’on s’en fiche !

– Il est où Sirius ? »

Severus finit par craquer.

« TOUT LE MONDE SE TAIT, MAINTENANT ! »

Un silence absolu tomba sur le campement.

« William, Cassiopeia et Achenar, je vous confie la responsabilité d’emmener vos camarades jusqu’à la salle à manger en trois groupes de cinq. Barney… Barney !

– Euh, hein ?

– Va aux cuisines, préviens les elfes que tout le monde est déjà debout pour le petit-déjeuner. Moi, je vais aller voir ce que fabriquent les deux zouaves. »

Il regarda tout le monde partir effectuer sa tâche avec la satisfaction de l’officier ayant ramené l’ordre parmi des troupes indisciplinées. Un sourire suffisant aux lèvres, il retourna à la maison aux volets mauves.

En ouvrant la porte, il s’arrêta sur le seuil, interloqué de ne voir personne. Puis il entendit les voix. Sirius et Remus venaient de parler à voix basse… dans le lit de Remus.

Severus reçut cette révélation comme une brique dans la figure. Les draps bougèrent, Remus émit un gémissement que Severus se serait aventuré à qualifier de sensuel, et c’était déjà plus qu’il ne pouvait en tolérer.

Il ressortit au soleil, vaguement nauséeux. Accuser les deux bougres d’être amants était une chose, découvrir qu’il avait raison, surtout de cette façon, en était une autre. Comment osaient-ils ? Ici ? Maintenant ? Sans même verrouiller la porte ?

La stupeur laissant place à la colère, il se rassembla pour agir de la façon dont il agissait toujours lorsqu’il surprenait des élèves à fauter dans la tour d’astronomie. Il s’éclaircit la voix et pointa sa baguette sur sa gorge en murmurant « Sonorus ».


°o°o°o°


« Tu n’as pas mieux à faire ?

– Pas vraiment. »

Bordel de bon sang de zut, songea Remus. Pourquoi fallait-il toujours que Sirius se comporte ainsi ? Il savait d’un seul regard créer entre eux une intimité telle que Remus n’en connaissait avec personne d’autre. C’était d’ailleurs probablement à cause de Sirius que Remus avait tant de mal à créer de lien fort avec d’autres personnes… Et il commençait à en avoir assez.

Remus ferma les yeux et se glissa hors du lit.

« Attends… » le pria Sirius en faisant mine de le retenir.

Mais à cet instant, une voix rugit de l’extérieur :

« JE M’EN VOUDRAIS DE VOUS DÉRANGER, MAIS QUAND VOUS SEREZ PRÊTS, J’AIMERAIS BIEN AVOIR DE L’AIDE AVEC LES GOSSES ! »

Remus ouvrit de grands yeux.

« Quelle heure est-il ?

– Huit heures et demie.

– Mince, tout le monde est déjà levé ? »

Remus regarda par la fenêtre en s’habillant, mais il ne vit que Severus qui lui jeta un regard méprisant.

« J’étais venu te chercher, expliqua Sirius, mais je n’ai pas eu le cœur à te réveiller…

– Tu aurais dû, dit Remus, grognon. On ne peut pas laisser dix-neuf enfants sous la surveillance d’une seule personne, c’est dangereux. »

Sirius baissa les yeux.

« Tu as raison », reconnut-il avant d’esquisser un sourire désolé.

Remus s’interdit de se laisser attendrir et sortit de la maison en vitesse. Il n’était pas réellement en colère contre Sirius, mais il avait besoin de s’en convaincre à cette seconde précise. Ça l’aiderait à faire la part des choses. À ne pas penser au fait que Sirius et lui avaient couché ensemble la veille, ni au fait que c’était la seconde fois en une semaine, et encore moins au fait que ça n’était jamais arrivé dans toute l’histoire de leur relation compliquée. S’ils voulaient rester amis, ils ne pouvaient décemment pas devenir des amants réguliers, cela n’aurait plus aucun sens, et sans en avoir jamais discuté, ils l’avaient toujours su l’un et l’autre. Ce qu’ils avaient fait la veille était donc très stupide. Mais il devait cesser d’y penser.

Surtout, ne pas réfléchir. Ne pas s’en faire. C’est ce que faisait Sirius, et c’est ce qui le sauvait de ces petits drames inutiles. Remus rangea tous ses doutes dans un coin de son esprit et se focalisa sur les tâches à effectuer. S’il tenait bon toute la journée, il serait sauvé.


°o°o°o°


Arrivé aux cuisines, Barney avait déjà oublié ce qu’il était censé faire là. Pas plus perturbé que cela par son trou de mémoire, il décida de se chercher quelque chose à grignoter, parce qu’il commençait à avoir un peu faim et il ne savait pas trop quand serait servi le petit-déjeuner. Il ouvrit la porte du fond de la cuisine, qu’il supposa être le garde-manger. La pièce était plongée dans l’obscurité, aussi Barney s’avança-t-il en aveugle sur quelques pas. Il eut un sursaut lorsque la lumière s’alluma brusquement.

« Bonjour, Monsieur », dirent trois voix en canon.

Barney se retourna et découvrit trois elfes de maison en rang d’oignons près de la porte.

« Bonjour », répondit Barney.

Il était un peu désorienté, mais un gargouillement de son estomac l’aida à retrouver le nord.

« Vous avez à manger ?

– Bien sûr, monsieur, répondit le plus grand des trois elfes.

– Chouette !

– Monsieur désire-t-il que nous servions le petit-déjeuner ? » s’enquit un autre elfe, au nez particulièrement proéminent.

Barney était de nouveau perdu.

« Quel monsieur ? »

Les elfes échangèrent un regard.

« Veuillez nous excuser, dit le troisième elfe, aux bras bizarrement longs pour sa petite stature, nous n’avons pas eu le plaisir de saisir votre nom ?

– Je m’appelle… commença Barney, avant de faire une pause pour réfléchir. Ah oui, Barney !

– Que voulez-vous pour votre petit-déjeuner, Monsieur Barney ?

– Je peux avoir tout ce que je veux ?

– Il suffit de demander !

– Je peux avoir, euh, de la meringue ?

– Bien sûr, monsieur Barney.

– Youpi ! Et des haricots ? Et du gâteau au chocolat ?

– Euh, oui…

– Et de la purée de carottes ! »


°o°o°o°


« Eh, Sev', c’est quoi ce petit-déj’ ? » grogna Sirius.

Il souleva d’un air suspicieux la cuillère du plat de purée orange, avant de la laisser retomber dans un “splotch” et de se rabattre sur les haricots, seul aliment sur la table qui soit normal pour un petit-déjeuner – du moins du point de vue d’un Britannique.

« C’est qui Sev' ? fit Minerva, qui s’était assise à côté de Sirius.

– Severus, pardi.

– Oh ! Severus, on a le droit de t’appeler Sev' ? C’est quand même drôlement mieux que Severus. »

À l’autre bout de la table, Severus leva un regard d’une terrifiante noirceur. Minerva laissa échapper un petit couinement de souris.

Sirius ricana intérieurement. Manifestement, Severus comptait la jouer distante. Un peu tard, après la nuit passée…


« Allez, quoi, Severus, mets-y un peu du tien ! s’exclama Sirius, qui ne prenait pas la situation très au sérieux. Si on doit être compagnons d’insomnie, il va falloir être plus bavard que ça.

– … Compagnons d’insomnie ? fit alors Severus sans comprendre.

– Il parle ! s’émerveilla Sirius. Je ne rêve donc pas !

– Qu’est-ce qui te fait penser que je suis insomniaque ?

– Tu ne l’es pas ? Tu veux dire que tu luttais péniblement contre le sommeil toutes les nuits pour venir admirer le spectacle de mon corps dénudé et sans défense ? Je sais que j’ai plutôt bien récupéré depuis Azkaban, mais tout de même… » fit Sirius en faisant mine de s’épousseter un biceps.

Severus ne laissa transparaître aucune émotion sur son visage, mais Sirius se doutait bien qu’il ne s’attendait pas à cela. Aux moqueries, à la colère, il était préparé. Mais de la compréhension ? C’était une pure aberration.



« T’en fais pas ma grande, dit Sirius, il s’est levé du mauvais pied.

– C’est vrai ? Ça lui arrive souvent ?

– Tout le temps ! Il a deux mauvais pieds. »

Minerva gloussa. Décidément de bonne humeur, Sirius haussa un sourcil prétentieux et ajouta en plaisantant :

« Mais tu sais quoi ? Tu peux m’appeler Sir', si tu veux. »

Maligne comme toutes les chipies, Minerva ne marcha pas une seconde.

« Ouais, c’est ça, comme si genre que j’allais t’appeler Sire ! Tu rêves, toi ! »

Sirius riait et n’importe qui aurait pu penser que c’était par accident que pendant ce temps, sa main effleurait celle de Remus sur le bord de la table. Au moment où il tendait les doigts pour saisir ceux de son ami, Remus se leva de table.

« Je vais prendre ma douche, marmonna-t-il.

– Tu veux que je t’accompagne ? sourit Sirius.

– Je ne crois pas, non. »

Allons bon, songea Sirius. Severus lui faisait la tête, Remus lui faisait la tête. Heureusement qu’il se sentait trop bien pour s’en préoccuper.


°o°o°o°


Entre les événements de la nuit et sa désagréable découverte de la matinée, Severus resta barbouillé jusqu’à l’heure de son cours.

« Bien dormi, Severus ? » avait gentiment demandé Remus au petit-déjeuner.

Severus avait craint un instant que ce ne fût une façon de lui faire comprendre qu’il savait tout sur la discussion qu’il avait eue avec Sirius près du feu de camp.


Severus ne s’était pas attendu à ce que Sirius, simplement, comprenne.

« J’ai en effet quelques difficultés à trouver le sommeil, admit-il en pesant ses mots. Toi, en revanche… ?

– Oh, je dors, confirma Sirius. Du moins, je m’endors. Mais notre problème à tous les deux se situe au même endroit. »

Sirius se tapota le front du bout du doigt. Severus joua l’idiot :

« Le recul des cheveux ?

– Les méninges !

– Hum. Je ne doute pas qu’un cerveau comme le tien souffre vite de surmenage, mais…

– Je rêve ! Sans arrêt. Je ne peux pas fermer les yeux sans me mettre à rêver. Et je ne parle pas de rêves gentils et relaxants…

– Oui, oui, je sais », fit Severus d’une voix basse.

Au regard interrogateur de Sirius, Severus expliqua :

« Tu t’agites dans ton sommeil, beaucoup…

– Ah… Eh bien, non seulement ces rêves m’empêchent de me reposer, mais ils me réveillent à longueur de temps. Et tu es vraiment nul de ne pas t’en être aperçu, Monsieur le voyeur. »



Et puis Severus s’était rappelé qu’il s’agissait de Remus Lupin, le Gryffondor le moins calculateur que la terre ait jamais portée. Il reprenait juste le manège de sa considération forcée, espérant certainement parvenir à déterminer si Severus l’avait vu s’envoyer Sirius ou non. Bien sûr, Severus, passé maître dans l’art de la dissimulation, ne laissa rien transparaître.

Il eut plus de mal que jamais à rendre son cours un tant soit peu divertissant, ce matin-là. Il n’était pas d’humeur à s’amuser, et il n’avait pas envie de voir quiconque s’amuser. Les potions n’avaient rien d’un jeu. C’était un art, parfaitement. Chose que ces sales gosses – pas ceux-là spécifiquement, les gosses en général – ne comprendraient jamais.

Severus avait en tout six élèves, et arrivé au cinquième cours, il pensait s’être fait une bonne idée de la plupart d’entre eux. Il savait dire beaucoup des gens rien qu’à la façon dont ils préparaient une potion.

« Achenar, tu pourrais t’appliquer encore moins ? Je crois que malgré tous tes efforts tu as coupé une ou deux racines correctement.

– M'en fous.

– Tout le monde avait saisi cela, merci, mais quand ta potion commencera à dégager une fumée nocive parce que tes radicelles se seront dissoutes trop vites, pense à retenir ton souffle, mmh ? »

Voilà, Achenar Lestrange, par exemple. Malgré les apparences, il ne manquait que d’un peu d’assurance et de bonne volonté pour bien faire, mais redoutait que le moindre effort ne brise l’image du garçon bourru auquel il essayait de ressembler. De plus, chaque coup d’œil vers Cassiopeia lui faisait perdre tous ses moyens, et cela, voyez, c’était exactement la raison pour laquelle Severus pensait qu’il fallait abolir les classes mixtes à Poudlard.

« Euh, Severus ? Est-ce qu’on doit vraiment mettre ce gros insecte dégoûtant dans la potion ? Je crois que le mien remue encore, c’est vraiment trop beurk !

– Qu’est-ce que tu crois, jeune fille, que j’invente des ingrédients inutiles juste pour le plaisir de t’entendre geindre ? »

En vérité, c’était exactement ce qu’il avait fait, mais là n’était pas la question. Cassiopeia Aubrey était une jeune fille aussi superficielle que l’attention qu’elle prêtait en cours. Elle ne se débrouillait pas si mal, mais elle semblait incapable de toucher un ingrédient sans prendre un petit air dégoûté complètement superflu, de couper deux rondelles de champignon sans vérifier qu’elle ne s’était pas abîmé un ongle, ou encore, d’écouter les instructions plus de dix secondes sans se tourner vers William pour lui faire les yeux doux.

« Ma potion ne devrait pas faire ça, si ? Severus ? Pourquoi ça fait ça ? J’ai pourtant suivi les instructions ! Enfin je crois… »

Ce dernier n’avait pourtant rien de si admirable. William Greenwood était un élève de type Neville Longbottom : désireux de bien faire, mais complètement empoté. Heureusement pour lui, il n’atteignait pas les sommets de Neville quand il s’agissait de rater une potion, mais il rappelait déjà suffisamment à Severus son élève détesté pour n’avoir aucune patience à son égard. L’idée de le retrouver dans sa classe à la rentrée prochaine le déprimait d’avance… mais pas autant que celle d’avoir Barney.

« Barney, je peux te demander pourquoi tu fais un… bonhomme avec tes marrons ?

– Hein ? Pourquoi, il faut faire quoi ? »

Barney Skively n’avait aucun équivalent répertorié. Severus n’avait jamais observé, en près de vingt ans de carrière, aussi peu de capacités de concentration chez un élève. Il supposait qu’à l’annonce de la mort de ses parents, le pauvre garçon avait dû s’attrister pendant une minute, avant de voir passer une mouche et d’oublier complètement la situation dans laquelle il se trouvait.

« Severus a dit de les décortiquer et les couper en quartiers, Barney… Écoute, un peu. »

La seule personne qui semblait aussi consternée que lui par Barney, c’était Eleanor Smethley. Severus regardait d’un assez mauvais œil son allure garçonne, mais il appréciait son enthousiasme et ne doutait pas qu’elle finirait par donner une élève décente lorsqu’elle serait en âge d’entrer à Poudlard.

« Tu as fini ?

– Oui, monsieur. »

Et puis, il y avait le dernier élève. Celui-ci était un cas un peu particulier. En effet, il était un enfant au campement dont on oubliait aisément la présence, parce qu’il était extrêmement discret, qu’il ne causait jamais de problème, et qu’il n’ouvrait jamais la bouche sans qu’on lui adresse d’abord la parole. C’était un de ces enfants sans histoires, au physique trop banal, que l’on ne remarquait jamais jusqu’au moment où on lui marchait dessus par inadvertance. Cet enfant était pourtant de loin le meilleur élève de la petite classe de potions – posé, attentif, extrêmement méticuleux et d’une dextérité étonnante pour son jeune âge. Et c’était cet enfant, plus que tout autre, que Severus avait remarqué.


°o°o°o°


Jonathan Wilde avait longtemps été le plus vilain petit garçon que la terre ait jamais porté. « Qu’est-ce que nous allons faire de toi ? » disaient toujours ses pauvres parents, à qui il en faisait voir des vertes et des pas mûres.

Cette époque était révolue. À présent, Jonathan faisait toujours tout avec le plus grand soin. Il se levait tous les matins à huit heures sonnantes, faisait parfaitement son lit, pliait sa chemise de nuit qu’il laissait bien au milieu de l’oreiller. Il n’oubliait jamais de se laver les dents ou derrière les oreilles, ne portait jamais deux jours de suite les mêmes vêtements, et ne pouvait se montrer en public sans s’être peigné. Il mangeait proprement, ne mettait pas les coudes sur la table, attachait toujours sa serviette autour de son cou. Les autres enfants le trouvaient ennuyeux et ne lui parlaient pas beaucoup, mais il s’en fichait bien. Au moins, de là où ils étaient, ses parents pouvaient être fiers de lui.

« Est-ce que tu aimes préparer des potions, Jonathan ? » lui demanda Severus à la fin du cours, comme il rassemblait les ingrédients non utilisés.

Jonathan appréciait toujours qu’on l’appelle par son prénom complet. Tout le monde voulait toujours l’appeler Jonny ou Jon ou même Jon-jon. Ce n’était pas son nom. Il s’appelait Jonathan.

« Oui, monsieur, répondit Jonathan.

– Tu n’es pas obligé d’être aussi poli ici, tu sais.

– Ma mère disait qu’on n’est jamais trop poli. Et aussi que si on commence à faire des exceptions, on oublie pourquoi les règles existent. »

Severus ne rit pas comme le faisaient les adultes embarrassés par la mention de sa mère défunte. Il ne se baissa pas non plus à sa hauteur pour le regarder en face. Il hocha simplement la tête et reprit :

« Est-ce que tu trouves ça amusant de faire des potions ?

– Non, pas amusant.

– Pourquoi est-ce que tu aimes ça, alors ? »

Jonathan réfléchit un instant, et répondit sans l’ombre d’un sourire :

« Parce qu’on fabrique de la magie.

– Tu peux faire de la magie d’autres façons.

– Mais pas en fabriquer ! Je veux dire que… En potions, on peut prendre des objets pas magiques du tout, et en faire quelque chose de magique à la fin.

– Et tu ne trouves pas ça trop compliqué, trop difficile ? Tu n’as que dix ans, si je ne me trompe pas…

– C’est compliqué et difficile, mais si on fait tout comme il faut, ça marche. Et ça, j’aime bien. »

Severus sourit très légèrement.

« Va jouer avec tes amis. »

Jonathan était obéissant, mais comme il n’avait pas d’amis, il hésita sur l’attitude à adopter. Severus dut le remarquer, car il ajouta :

« Ou si tu préfères, tu peux m’aider à ranger.

– Je veux bien », sourit Jonathan.

Severus lui tendit un petit chaudron et ils rangèrent ensemble toute la classe en plein air.


°o°o°o°


« Qu’est-ce que tu cherches dans ces livres ? » demanda Remus, qui se tenait dans un coin de la bibliothèque.

À cause de la musique, Sirius ne l’avait pas entendu arriver.

« Rien, une bêtise. Un conte dont m’a parlé Judy le premier jour.

– Un conte ? Est-ce que tu es conscient du nombre de livres de contes qu’on a ici ?

– Je le suis de plus en plus, soupira Sirius.

– Et tu lui as proposé de t’aider à le chercher ?

– À qui ?

– À Judy. »

Sirius se figea. Il se racla la gorge :

« À vrai dire, ça ne m’a pas traversé l’esprit, confessa-t-il.

– Haha. Ça ne m’étonne même pas de toi, s’amusa Remus.

– Ah ouais ! Toi aussi tu me crois stupide, maintenant ?

– Ne sois pas stup… hum. C’est juste ta personnalité.

– Ma personnalité, hein ? » bougonna Sirius.

Remus vint s’asseoir près de lui.

« Je veux juste dire que tu ne comptes que sur toi, maintenant. Pas comme au lycée, quand tes amis étaient comme des extensions de toi-même. Je le comprends, bien sûr, vu tout ce qu’il t’est arrivé…

– Vu que Peter a tué mon meilleur ami et m’a fait accuser à sa place, c’est ça ? »

Remus haussa les épaules avec embarras.

« Et vu que je t’ai cru coupable. »

Sirius s’étonna de constater que Remus était toujours tracassé par cette histoire.

« Ça fait longtemps que je t’ai pardonné, Moony. Tu ne pouvais pas savoir.

– Je sais. » Il hésita, puis continua : « Sauf que peut-être que j’aurais dû savoir. C’était toi. C’était particulier. Si ça avait été moi à ta place, tu m’aurais défendu.

– Ça, mon vieux Moony, on ne le saura jamais.

– Je déteste être aussi… passif, tu sais. Je laisse les choses arriver. Ça a toujours été mon pire défaut. Les seules choses importantes que j’ai faites de ma vie, c’est en vous suivant, toi ou James… »

Sirius ne put retenir davantage un pouffement hilare.

« Ne te moque pas, s’offusqua Remus.

– Je ne me moque pas, c’est juste… J’étais en train de me dire que tu n’étais pas toujours si passif que ça, selon mon expérience.

– … Ah, bravo. Bravo, c’est très fin.

– Quoi ? Tu n’es pas passif, Moony. Tu as vécu douze ans sans James ni moi et même si tu ne m’as presque rien raconté, je suis certain que tu as fait des choses.

– N’en sois pas si sûr. Ma vie est pathétique.

– Mais non. Un jour, je le sais, tu me raconteras tout.

– Oui. Un jour. Et toi, là. Si tu as besoin d’aide, pour n’importe quoi… tu sais que tu n’as qu’à me demander. »

Sirius hocha la tête.

« Tu n’as jamais cessé d’être une extension de moi-même, Moony », dit-il doucement.

Alors pourquoi était-il allé demander de l’aide à Snape plutôt qu’à son meilleur ami ?


« Est-ce que ton plan c’est de me pomper l’air jusqu’à ce que j’en tombe inconscient ? s’agaça Severus.

– Moque-toi si tu veux, mais le fait est que chaque nuit, nous sommes les deux seules personnes de ce campement à ne pas trouver le repos. Ça m’amène à penser que l’on pourrait être d’une aide précieuse l’un pour l’autre.

– Comme c’est fascinant. Ça ne m’amène pas du tout à penser ça, moi.

– Réfléchis ! Nous pouvons nous fatiguer mutuellement !

– Nous fatiguer mutuellement ? répéta Severus suspicieusement. Je ne veux même pas savoir à quoi tu penses…

– Comme si je voulais faire ça avec toi, marmonna Sirius. C’est l’esprit qui doit se fatiguer, pas le corps.

– Comment ça ? En jouant aux échecs ?

– Non, ça, essayons d’éviter. Je te battrais à chaque fois et tu finirais par t’énerver.

– Hn.

– On peut juste, tu sais… discuter.

– Discuter ? grimaça Severus.

– Je ne sais pas, moi ! Tu as une meilleure idée ?

– Je trouve juste étonnant qu’une fois la nuit tombée tu aies soudain envie de me parler.

– Et je trouve étrange qu’une fois la nuit tombée tu te relèves pour me regarder dormir, mais je pense que nous sommes capables de fermer les yeux sur ces détails et de conclure une trêve nocturne si cela peut nous bénéficier à tous les deux.

– Le mot-clef étant “si”. »

Sirius inspira et expira profondément.

« Tu vois, dix minutes à parler avec toi et je commence déjà à avoir sommeil. »



°o°o°o°




« Tu ressors tes vieilleries françaises ? » fit Remus pour changer de sujet.

Sirius prit un air choqué. Remus n’arrivait pas à remettre le doigt sur le nom de la chanteuse dont Sirius avait mis le disque, mais il savait pertinemment qu’il s’agissait de l’une de ses préférées.

« “Vieilleries” !? Barbara, ça ne vieillira jamais !

– Barbara, c’est ça, se rappela Remus.

– La meilleure de son temps !

– Oui, de son temps, c’est ce que je dis…

– Je peux savoir ce que ça veut dire, ça ?

– La musique, ça vieillit plus ou moins bien… Disons que ce n’est quand même pas les Beatles. »

Sirius secoua la tête avec sifflement désapprobateur.

« Les Beatles ! fit-t-il avec dédain. Barbara était là avant eux et a continué après eux. Elle est morte l’année dernière, tu sais ? Ça fait huit mois, par là.

– Ah bon ?

– Elle ne chantait plus, mais elle restait là, présente, engagée… Elle a même soutenu la lutte contre le SIDA. Ils peuvent en dire autant, les Beatles ?

– Non », reconnut Remus en souriant.

Il aimait bien quand le côté passionné de Sirius ressortait dans un domaine.

« Cette chanson que tu entends là est une de mes préférées… Elle est belle et drôle, tout ce que j’aime !

– De quoi parle-t-elle ?

– D’insomnies.

– Voilà un sujet que tu connais bien.

– Je suppose, dit Sirius. Mais je dors mieux maintenant, tu sais.

– Ça ne m’étonne pas, maintenant que tu as déménagé de mon appartement moisi avec ses fuites au plafond, plaisanta Remus.

– Rien à voir ! Aucun appartement n’arrive à la cheville du tien, Moony.

– C’est le plus mauvais mensonge que tu aies jamais rconté, lui reprocha Remus.

– Non, je le pense. C’était peut-être un appartement moisi avec des fuites au plafond, mais… c’était ton appartement. »

Sirius l’avait regardé droit dans les yeux en disant cela. Remus eut la gorge un peu serrée durant un moment.

« Honte à toi, dit-il. Cela faisait des années que je rêvais du moment où je quitterais cette chambre de bonne minable, et tu réussis à me rendre nostalgique. »

Maintenant qu’il s’était installé à Poudlard, il sous-louait l’appartement pour deux noises à des elfes de maison récemment libérés.

« Oh, ce n’était pas si mal, protesta Sirius. La chasse aux rats était plutôt marrante.

– Je sais, tu y prenais un plaisir malsain.

– Non, très sain au contraire. C’était la meilleure des thérapies !

– Mmh, j’aimerais savoir ce que ton psy en pense.

– Je n’ai pas de psy.

– C’est peut-être là que se trouve ton problème, le taquina Remus.

– Moi ? Je n’ai aucun problème.

– Bien sûr. Selon tes critères, quand est-ce que l’on commence à avoir un problème ?

– Quand on commence à ressembler à Snape ! répliqua Sirius sans une hésitation. Quel névrosé, celui-là. Tu crois qu’il voit un psy ?

– Qu’est-ce que j’en sais ? dit Remus.

– Je sais pas, c’est toi qui veux en faire ton meilleur ami.

– Meilleur ami, tout de suite ! Tu sais bien que j’ai déjà un meilleur ami. Le seul que je puisse barber avec ma musique et qui me barbera en retour.

– Tu n’en sais rien, peut-être que Snape et toi avez des goûts en commun. Tu penses qu’il aime quoi, comme musique ? »

Il y eut un blanc. Puis tous deux dirent en chœur :

« Musique classique ? »

Ils pouffèrent.

« C’est idiot, mais je l’imagine écouter des opéras de Mozart, dit Remus, alors que si ça se trouve, il a horreur du classique !

– Ouais. Si ça se trouve, il aime les comédies musicales.

– Si ça se trouve, il aime Iron Maiden.

– Si ça se trouve, il aime ABBA. »

Il y eut un nouveau blanc. L’image perturbante d’un Severus Snape reproduisant une chorégraphie d’ABBA en pantalon pattes d’eph tout en chantant « Gimme gimme gimme a man » traversa l’esprit de Remus. Il y avait des choses qu’il valait mieux ne jamais imaginer, dans la vie.

« Je suis ton meilleur ami ? demanda subitement Sirius.

– Tu le sais bien, depuis le temps ! répondit Remus, étonné par la question.

– Oui… Mais depuis tout ce temps… Tu n’as jamais songé à me donner une promotion ? »

Sirius le regardait droit dans les yeux, avec une expression qui disait l’espoir, et une sorte de timidité inhabituelle. Interdit, Remus ne sut pas quoi répondre.

« Remus ? » entendit-il alors derrière lui.

Il se retourna sur Lee, qui avait sa petite sœur sur le dos.

« Lilian s’est fait mal en tombant.

– Je viens tout de suite », dit Remus.

Il revint à Sirius, mais celui-ci s’était déjà replongé dans un livre de contes en chantonnant en français. Remus ne pouvait comprendre son histoire de promotion que d’une façon, mais il était pourtant clair depuis longtemps que Sirius ne voulait pas ce genre de relations avec lui. Il n’avait pas le temps de le sonder, et n’était pas sûr d’avoir envie de le faire. Ne pas réfléchir.

« Venez les enfants, l’infirmerie est par-là. »


°o°o°o°


Le Gang des Trois Rois commençait déjà à se faire sa petite réputation de fauteurs de trouble au sein du campement. Richard s’attribuait tout le mérite, et Philip s’en moquait bien. Il n’agissait pas pour le prestige.

« Lou, t’as eu des idées ? »

Pour présider aux réunions, Richard s’était fabriqué une couronne en papier que Philip trouvait particulièrement ridicule.

« Hum, fit Louis. On pourrait peut-être prendre de la terre et la mettre dans les douches, et comme ça il y aura plein de boue partout dans la salle de bain.

– C’est nul, décréta Richard. Philip ?

– J’ai vu des couleuvres dans des buissons tout à l’heure, sur le chemin qu’on prend pour aller dans la forêt. Si on en récupère quelques-unes pendant la sortie de demain, on pourrait les mettre dans les lits des petits, histoire qu’ils fassent des cauchemars cette nuit. »

Philip avait un grand sourire sur le visage, mais il était bien le seul. Richard secoua la tête :

« On va pas s’en prendre aux petits, Phil !

– Pourquoi ? Ils sont faibles, autant en profiter.

– C’est des bébés ! Personne va nous admirer pour avoir traumatisé des enfants sans défense. »

C’est dans ces moments-là que Philip sentait un gouffre entre lui et les autres. Il avait fini par comprendre que tout le monde n’a pas les mêmes ambitions dans la vie, et tandis que celle de Richard était de se faire adorer du reste du monde et celle de Louis de se faire une place parmi les plus forts, la sienne venait d’un recoin plus sombre de son être, et était plus difficile à expliquer.

Un jour, Philip avait fait saigner le nez d’un autre garçon en lui cognant la tête contre un mur. À cette époque, il aimait déjà passer son temps à démantibuler des insectes ou briser des petits objets avec des pierres, mais rien ne pouvait se comparer à la sensation de pouvoir extraordinaire qu’il y avait à casser un être vivant, a fortiori l’un de ses semblables. Il s’était produit chez l’autre enfant comme une rupture invisible et il n’avait plus jamais osé regarder Philip en face. C’était cette sensation jouissive de pouvoir par la terreur que Philip recherchait.

« On pourrait peut-être mettre les serpents chez les filles, alors ? fit Louis d’une petite voix.

– Mais oui ! se réjouit Richard. On en lâche un dans chaque maison, elles vont hurler comme des… ben, comme des filles. Les filles ont toutes peur des serpents ! »

Philip ne détestait pas cette idée.

« Avec un peu de chance, elles se mettront même à pleurer… » murmura-t-il en gloussant légèrement.

Un bruit étrange sortit de l’un des buissons derrière lui.


°o°o°o°


Au cours de la sortie de l’après-midi, Severus avait repéré un essaim de billywigs, ces insectes bleus dont la piqûre provoque un état de lévitation. Ils s’en étaient vite éloignés, mais Severus revint en fin de journée afin d’en attraper quelques-uns – le dard de ces insectes était un ingrédient à potions plutôt coûteux.

Comme il revenait de la forêt, une demi-douzaine de billywigs enfermés dans une bulle magique, quelques enfants désœuvrés s’approchèrent pour voir les insectes.

« Qu’est-ce que c’est ?

– C’est dangereux ?

– On peut toucher ? »

Severus n’avait aucune patience aujourd’hui.

« Pourquoi pensez-vous qu’on a fait demi-tour en les voyant tout à l’heure, parce qu’ils font de bons animaux de compagnie ?! Éloignez-vous !

– Le sarcasme n’est pas le meilleur moyen de s’adresser aux jeunes enfants, tu sais ? » fit le ton professoral de Remus.

Severus ne prit pas la peine de répondre.

« Euh, attends, je voulais te demander quelque chose ! »

Severus bondit de côté en sentant la main de Remus se poser sur son bras, et il faillit perdre le contrôle des insectes.

« Qu’est-ce que tu fiches, Lupin, tu ne vois pas que je suis occupé ?

– Désolé… C’est au sujet de Lee… »

Severus ne put remettre tout de suite un visage sur le nom.

« Le garçon avec la petite sœur muette, dit Remus pour lui rafraîchir la mémoire.

– Oh, celui qui ressemble à une fille.

– Hm, si l’on veut. Tu ne l’as jamais vu faire du mal à sa sœur ?

– Du mal ? Il m’a plutôt semblé surprotecteur, au contraire.

– Je sais, oui… Mais elle avait des blessures étranges tout à l’heure, des blessures qu’elle n’aurait pas pu se faire en tombant comme il me l’a dit. Et si c’était un autre enfant, je suis certain qu’il l’aurait dénoncé ! »

Maintenant dans leur maison, Severus sortit un bocal de son placard pour y enfermer les insectes.

« Quel genre de blessures ? s’enquit-il.

– Des brûlures assez marquées dans la paume des mains.

– Elle a peut-être joué dans la cuisine.

– J’ai interrogé les elfes et personne n’est entré… En plus, et c’est le plus étrange, je crois que ce sont des brûlures causées par la magie. »

Severus ne chercha pas à cacher que les élucubrations de Remus lui faisaient l’effet d’un ramassis de sottises.

« Quel âge à Lee, neuf ans, par là ?

– Huit ans… fit Remus en se grattant la nuque.

– Il ne sait pas faire de magie !

– Je sais… C’était peut-être accidentel ? Je sais qu’il a des soucis avec les cours de Sirius sur le contrôle de la magie et… Pourquoi est-ce que tu souris ? »

Severus n’avait pu s’en empêcher. Sirius était un mauvais professeur, ha ! Il le savait !

« Je ne souris pas, fit-il avec mauvaise foi.

– Je suis inquiet, Severus.

– Navré, je ne peux pas t’aider.

– Merci quand même », fit Remus en tournant les talons, mécontent.

Severus fut pris de court par son ton sec et appela Remus avant qu’il n’atteigne la porte.

« Je garderai l’œil ouvert », promit-il.

Les traits de Remus s’adoucirent.

« Merci, Severus. »

Severus était à deux doigts de lui sourire avant de reprendre ses esprits. Pourquoi avait-il dit cela ? Depuis quand se souciait-il de l’opinion de Remus Lupin ?


Sirius n’avait plus d’argument à fournir. Severus devait admettre que son idée n’était pas si bête…

« Tu m’as convaincu, déclara Severus.

– Vraiment ? » fit Sirius, un peu surpris.

Mais Sirius était la dernière personne auprès de qui il l’aurait admis.

« Bien sûr que non, ricana-t-il. Je m’en vais. »

Il se leva en ramassant son oreiller.

« Attends… dit alors Sirius.

– Fais de beaux rêves, Black… Hin, hin.

– Chut ! Qu’est-ce que c’était que ça ?

– Ça quoi ?

– Tu n’as pas vu un truc bouger par là-bas ?

– Derrière moi ? Tu veux dire, à l’opposé de là où se trouvent mes yeux ?

– Je crois que c’était Remus. Couche-toi ! »

Severus se terra derrière un des rondins de bois qui servaient de sièges autour du feu. Au bout d’une minute, il releva la tête et vit que Sirius lui tendait une main pour l’aider à se relever. Il l’accepta de mauvaise grâce, et le regretta bien vite, lorsque Sirius refusa de lâcher prise. Il le maintint très près de lui, le dominant de quelques centimètres, et lui demanda en le regardant dans les yeux :

« Pourquoi tu t’es caché de Remus ?

– Comment ça, pourquoi ? C’est toi qui m’as dit de le faire !

– Je ne t’ai jamais vu faire ce que je te disais auparavant.

– Oui, eh bien, c’était un réflexe de défense. Quand quelqu’un me crie “couche-toi”, j’obéis, c’est tout. »

Sirius eut un petit rire.

« Ça en dit long sur ta vie sexuelle. »



Énervé par ce seul souvenir, Severus fit tomber par terre tous les vêtements de son placard avec un « rah ! » un peu pathétique. Rangeant dignement une mèche de cheveux, il décida alors de faire ce qui semblait s’imposer dans une telle situation : du repassage.


°o°o°o°


Remus se dirigeait vers sa maison lorsqu’il vit un pied à hauteur de son visage. En levant les yeux, il put constater que le pied était rattaché à une jambe, et que le tout appartenait au seul adulte de sa connaissance qui irait se percher dans un arbre.

« Euh. Sirius ?

– Oh, coucou Remus ! fit Sirius avec un petit signe de la main.

– Je pourrais savoir ce que tu fais dans cet arbre ?

– J’espionne Snape, pourquoi ? »

Bien sûr. Évidemment. Ça allait de soi.

« Bon sang, tu ne pourrais pas au moins essayer de me mentir ?

– Et te faire manquer l’occasion d’essayer de m’empêcher de faire des bêtises ? Jamais.

– Nous ne sommes plus à l’école ! protesta Remus. Je ne suis plus préfet, et je me lave les mains de tes histoires !

– Vraiment ?

– Totalement. Je m’en vais. La conscience tranquille.

– …

– …

– Pour marcher il faut bouger les pieds l’un après l’autre dans un mouvement de balancier, expliqua Sirius en mimant le mécanisme avec deux doigts. On ne t’a pas appris ça quand tu étais petit ?

– Hum. Je me demande juste où aller. Je te cherchais vaguement, mais maintenant…

– Remus ?

– Quoi ?

– Monte et viens espionner Snape avec moi.

– Ça va pas non ?

– Comme tu veux.

– …

– …

– D’accord. »

Remus se hissa sans trop de difficultés à la première branche basse, après quoi Sirius lui tendit la main pour l’aider à le rejoindre. Celui-ci avait un air mi-étonné, mi-réjoui, et Remus s’en voulut légèrement de trouver cela aussi gratifiant. Quel âge avait-il pour ressentir encore le besoin de se faire bien voir ? Il s’installa précairement dans le dos de Sirius, qui, s’aperçut-il au bout d’un moment, lui tenait toujours la main.

« Alors, qu’est-ce qu’il fait ? s’enquit-il à voix basse.

– Regarde par toi-même.

– Je ne le vois pas.

– Lève la tête de derrière mon épaule, ça peut aider ?

– Mais s’il me voit ?

– Il ne voit rien, il est trop concentré sur son entrejambe.

– Quoi ?

– Ah, tout de suite tu lèves la tête, hein ? Son entrejambe de pantalon, il fait du repassage, idiot.

– C’est toi l’idiot. »

Sirius gloussa. Il serra légèrement la main de Remus.

« Ça m’a manqué de faire des conneries avec toi.

– C’est ça.

– Pas toi ?

– J’ai l’impression d’être un vieillard qui essaie de se persuader qu’il a douze ans. C’est pathétique.

– Tu n’es pas vieux.

– Je suis trop vieux pour ces idioties, en tout cas.

– Eh, j’ai seulement trois mois de moins que toi, alors fais gaffe.

– Est-ce que je peux savoir pourquoi est-ce que tu regardes Severus plier ses vêtements ?

– Pourquoi toi tu regardes ?

– Parce que toi tu regardes ! Je pensais qu’il devait y avoir quelque chose d’intéressant à voir.

– Tu ne trouves pas ça trop drôle la façon dont il lance un sort de repassage sur toutes ses fringues alors qu’elles ne sont même pas froissées ?

– On a tous nos petites manies. C’est la vie privée de chacun.

– Oh, allez, Remus. Je connais ta vie privée et même toi tu n’es pas aussi risible.

– Tu ne connais pas ma vie privée !

– On a vécu ensemble pendant des mois dans un deux-pièces !

– Oui, bon… Reste que ce n’est pas très glorieux d’espionner quelqu’un qui fait son repassage. Je m’en vais retrouver la terre ferme.

– Non, reste encore un peu Moony… » supplia Sirius en retenant sa main.

Ne pas réfléchir. Remus tira sur sa main jusqu’à ce que les doigts de Sirius la laisse filer. Il redescendit de l’arbre en se demandant où était passée l’agilité de sa jeunesse, et commença à s’éloigner.

« Moony ? » appela Sirius dans son dos, à peine assez fort pour arriver aux oreilles perçantes du loup-garou.

Remus poursuivit son chemin sans se retourner, se convainquant qu’il n’avait rien entendu. La journée allait toucher à sa fin ; il avait tenu bon.


°o°o°o°


La journée s’était finie sans événement notable.

Lorsque Sirius se réveilla d’un cauchemar comme il en avait toujours, un cauchemar d’ombres et de froid et de désespoir sans fin, ce fut pour découvrir la silhouette de Severus Snape se tenant debout devant lui.

« Oh. Salut.

– Je ne t’aime pas, Sirius Black, et je n’ai aucun respect pour toi.

– Moi non plus, si tu en doutais encore.

– Bien. »

Severus s’assit.

« Parlons, alors.

– Hmf, fit Sirius en se redressant. C’est parti… Quelle est ta couleur préférée ? »

Severus n’eut pas l’air de trouver cela amusant.

« D’accord, j’ai une meilleure question. Remus et moi, on se demande ce que tu écoutes comme musique.

– Pourquoi ?

– Parce que c’est intéressant. Tu vois, Remus est plutôt branché groupes de rock novateurs, moi j’aime surtout les voix féminines et la chanson française. Je pense que ça dit quelque chose de notre personnalité.

– Vous aimez vraiment la musique, vous deux.

– Ouais. Enfin, surtout Remus, mais c’est un des rares sujets de conversation qui nous soient faciles.

– Je vois. »

Severus se tut un moment.

« Je n’écoute pas de musique.

– Hein ? Jamais ?

– Je n’en vois pas l’utilité.

– Mais…! Hum. Ça ne va pas du tout.

– Quoi ?

– Tu m’étonnes que tu sois toujours aussi grincheux !

– Black, si le but de cette conversation était une fois de plus de m’insulter…

– La musique adoucit les mœurs, tu sais ? Ah, je n’arrive pas à y croire. Même la musique sorcière ?

– Ça n’a rien de si terrible.

– C’est abominable, tu veux dire ! Je ne peux pas te laisser comme ça. »

Il se mit sur ses pieds et tendit une main à Severus pour l’aider à se relever.

« Qu’est-ce que tu fais ?

– Je t’emmène, viens.

– Où ?

– Dans mon lit, dit Sirius en roulant les yeux.

Ha, ha, fit Severus, un peu embarrassé malgré tout.

– À la bibliothèque, pour ton premier cours d’éducation musicale.

– Je n’en ai pas envie. »

Sirius se pencha et attrapa le bras de Severus pour le forcer à se lever.

« Arrête de faire ton Snape. Ce sera cool, tu vas voir. »


°o°o°o°


Sirius n’alluma aucune lumière.

Il y avait quelque chose que Severus n’avait jamais comprise dans le principe de s’asseoir là et ne rien faire d’autre que d’écouter cette succession de bruits que l’on appelait musique. Cependant, d’une certaine façon, cela semblait un tout petit peu moins absurde dans le noir.

La voix de la femme chantait en français, langue dont Severus n’avait aucune notion – Sirius avait dit que c’était pour qu’il ne se focalise pas sur les paroles. Alors il écouta le reste du mieux qu’il put, sans avoir tellement à se forcer, finalement. Une sensation bizarre avait commencé à envahir sa poitrine. Il ne réalisa qu’au bout de plusieurs minutes qu’il s’agissait du fantôme de l’émotion qui l’étreignait lorsque sa mère lui chantait une berceuse pour l’endormir le soir. Il se sentait désagréablement démuni à présent et n’aimait pas trop l’idée que Sirius soit juste là, pouvant profiter à tout moment de sa faiblesse. Il se sentait aussi légèrement humilié d’avoir été replongé en enfance par son ennemi de lycée. Mais Sirius n’en sut rien, ou s’il en sut quelque chose, il n’en profita pas.

Ils écoutèrent le disque en entier, puis regagnèrent le confort du lit pour l’un, la chaleur du feu pour l’autre. Ils s’endormirent presque aussitôt.


Severus se dégagea enfin de la poigne de Sirius.

« C’est tout ce que tu avais à me dire ? Je rentre me coucher. »

Il ramassa son oreiller en regrettant que ce ne soit pas un objet contondant à abattre sur le crâne de cet imbécile.

« C’est marrant… dit alors Sirius.

– Quoi encore ?! »

Severus eut peine à ne pas fléchir sous le regard scrutateur de l’autre homme.

« Est-ce que c’est la fatigue, est-ce que c’est la lumière… Reste qu’à cette seconde, j’arriverais presque à voir ce que Remus te trouve. »

Ne sachant comment réagir, Severus tourna les talons et regagna la maison aux volets mauves.




Comments

( 11 gamins — Review? )
littlegothsin
May. 28th, 2008 03:08 pm (UTC)
Oh, oh, oh ! Comment j'ai couru vérifier sur lj que ffnet ne me racontait pas de blague ^___^
*va lire, reviendra plus tard, hopefully with a real comment*
littlegothsin
May. 28th, 2008 07:00 pm (UTC)
TROIS P'TIT CHATS, TROIS P'TITS CHATS, TROIS P'TITS CHATSCHATSCHATS
Bon en fait ça va pas être terriblement contructif :

"En vérité, c'était exactement ce qu'il avait fait"
Huhu. Vive la pédagogie.

Ah, comment y a flash qui déconne chez moi *va dl la chanson* *lance la chanson* *reprend*

"Si ça se trouve, il aime les comédies musicales.
– Si ça se trouve, il aime Iron Maiden.
– Si ça se trouve, il aime ABBA."
(j'aime bien le motif discret de Severus en patte d'ef dans tes fics) (si si, deux fois, c'est un motif)

Wow, Phillip , c'est un psychopathe en devenir. (et j'énonce l'évidence si je veux)

Voilà voilà. Au risque de faire ma fangirl décérébrée, je veux la suiiiite (oui, avec plusieurs 'i' et tout, j'ai peur de rien)
arca_en_ciel
May. 28th, 2008 11:20 pm (UTC)
Re: TROIS P'TIT CHATS, TROIS P'TITS CHATS, TROIS P'TITS CHATSCHATSCHATS
C'est dur de trouver à s'amuser quand on est prof, ah la la, que ferait-on sans les petites pouffes.

(J'ai un trip récurrent sur les 70s, c'est certain. C'est pas avec moi qu'on oubliera le contexte fashion de l'époque des Maraudeurs xD.)

Ouais ! Ou un cinéaste de films d'horreurs, ou un constructeur de trains fantômes. Le tout c'est de trouver sa voie xD.

Et je veux donner la suiiite parce que j'ai écrit des bouts qui sont bien et qui devaient figurer dans ce chapitre, sauf qu'à un certain point j'ai vu que si je continuais comme ça le chapitre allait être vraiment beaucoup trop long et comme je craignais de manquer de matière pour le 6, ça tombait plutôt bien que je répartisse entre les deux. Bref.
Je suis juste un peu stressée parce que j'avais beaucoup planifié cette fic et ça commence à sortir de mes plans par tous les coins, si ça continue j'aurai plus rien sur quoi me reposer XD.
kimadourden
May. 28th, 2008 09:19 pm (UTC)
"Tu es tellement cool Sirius, je ne sais pas qui je préfère entre toi et ma licorne en peluche."
OMG XDD pourquoi je pense à Unicorns Planet ?


"Le recul des cheveux ?"
YOU'RE A GENIUS !

Et ça continue avec la conversation de Remus et Sirius sur les goûts musicaux de Snape. Abba. Iron Maiden. LES COMEDIES MUSICALES !
Cela dit, je suis curieuse à présent : quel genre de musique pourrait bien écouter Snape ? Je l'imagine très très bien écouter des Nocturnes de Chopin en regardant son feu de cheminée.

"Arrête de faire ton Snape"
Ho ho ho xD /commenfaire constructif off

Voilà, terminé de lire, je veux la suite, blablabla [insérer ici couinements divers et variés]

Pour les remarques plus constructives (lawle), j'aime beaucoup la manière dont est construite le chapitre, avec des bouts de la conversation qu'on crève de lire depuis le chapitre précédent xD et aussi tous les indices que tu sèmes sur les gosses. Ca donne une dimension plus profondes aux gamins, plus que de simples OC qui entourent les persos dont on creuse les relations. Je suis curieuse de voir ce que va donner la garçonne, Jonathan et Lee et sa petite soeur =3

Voili voilo =3
arca_en_ciel
May. 28th, 2008 11:26 pm (UTC)
Huhu, les licornes en peluche c'est une de mes private jokes récurrentes. Il y en a dans Chiche aussi =D.

XD C'est Severus le génie ! (Le truc vraiment con c'est que j'avais "receding hairline" en tête et j'ai cru que j'allais jamais trouver comment le dire en français X3.)

En tout cas, dans toutes les fics que j'ai pu lire, si Snape écoutait de la musique c'était toujours du classique… C'est marrant l'idée que tout le monde s'en fait, c'est un peu comme Remus et le chocolat, mais moins justifiable.

Tant mieux si la construction du chapitre est pas trop foireuse, j'étais pas très sûre de mon coup xD mais le fait est qu'avec la scène entière placée au début, comme je l'avais fait dans un premier temps, ça fonctionnait vraiment pas.

Merci pour la review ♥
kimadourden
May. 29th, 2008 06:19 am (UTC)
De mon point de vu de novice de l'écriture-trop-une-quiche, ça marche trop bien :p c'est comme ça vachement moins linéaire et on a envie de lire la suite. Tout bénèf, donc !

Bon, j'te harcèlerais pour la suite quand nous serons libérées de nos obligations scolaire, mwo ho ho ho ho.
cybeleadam
Jun. 5th, 2008 03:05 pm (UTC)
Enfin, j'ai pu lire ce chapitre !
Sur le chemin, il aperçut Sirius et Severus en train de discuter auprès du feu de camp. Pas vraiment réveillé, il n'y prêta pas attention sur le moment ; puis, frappé par l'absurdité de ce qu'il venait de voir, il revint sur ses pas.
Ça, c'est un exemple de scène qu'on visualise parfaitement, comme si tu nous en montrais les images au lieu de la décrire. Je ne sais pas pour toi, mais j'ai énormément de mal à trouver les mots quand je veux faire ça, donc là, j'admire.

Remus et lui s'accordaient sur tous les plans, ils étaient aussi bons amis qu'ils étaient bons amants, et ce qu'ils avaient traversé ensemble les liait plus sûrement l'un à l'autre qu'aucun contrat de mariage. Une idée saugrenue lui vint alors à l'esprit. Et si c'était aussi simple que cela, l'amour ?
Ah, enfin, il s'en rend compte ! Il a mis le temps ! (oui, bon, les années Azkaban ne comptent pas, donc ça fait moins long, tout de suite.)

– On s'en fiche de toi !
– C'est toi qu'on s'en fiche !

Toujours très crédibles, tes personnages enfants ! ^^

Severus reçut cette révélation comme une brique dans la figure.
Ça se dit vraiment ou tu l'as inventé ? (Un Cognard aurait été pas mal, aussi, mais il est vrai que ça conviendrait surtout pour un joueur de Quidditch.)

les haricots, seul aliment sur la table qui soit normal pour un petit-déjeuner – du moins du point de vue d'un Britannique
Tu fais bien de préciser, parce que sinon, le gâteau au chocolat semble beaucoup moins bizarre. ^^

Ouais, c'est ça, comme si genre que j'allais t'appeler Sire ! Tu rêves, toi !
lol Ça me rappelle un épisode de Kaamelott où Arthur veut passer inaperçu mais Perceval l'appelle Sire, alors il prétend qu'il s'appelle Cyril et que c'est un diminutif (j'avais pensé à ton Cyril de "A moitié vide", évidemment).

Est-ce que ton plan c'est de me pomper l'air jusqu'à ce que j'en tombe inconscient ?
lol Mais tu vas les chercher où, ces répliques-là ? (C'est pas la seule dans le genre, mais on va éviter les "lol" à répétition parce que ça doit être un peu lassant, quand même.)

C'était peut-être un appartement moisi avec des fuites au plafond, mais… c'était ton appartement.
Oh, c'est... mignon ! (? lol) Enfin, niveau romantisme, parler de moisi, c'est pas génial, mais bon, Sirius a bien su profiter de l'occasion, quoi ! ^^

L'image perturbante d'un Severus Snape reproduisant une chorégraphie d'ABBA en pantalon pattes d'eph tout en chantant « Gimme gimme gimme a man » traversa l'esprit de Remus. Il y avait des choses qu'il valait mieux ne jamais imaginer, dans la vie.
Ah mais si, il faut imaginer ! Rire ne fait jamais de mal. ^^

L'espace d'une seconde, Remus se demanda dans quel genre d'amitié on pouvait se comporter ainsi.
Eh bien, dans une amitié qui n'en est plus une ! ^^ (C'est très mignon, en tout cas.)

Je ne cite rien de plus mais j'ai trouvé très intéressante la conversation de Sirius et Severus sous forme de flash backs dans les autres scènes (on voit que tu maîtrises bien les personnages, même s'ils sont beaucoup plus vieux ici que dans Chiche !), j'aime toujours autant ton idée de musique ajoutée pour l'ambiance et puis il y a tous ces enfants qu'on ne peut pas confondre grâce à ton travail sur leurs traits de caractère... Bref, c'est tout à faite passionnant et j'ai vraiment hâte de "voir la deuxième partie de l'épisode". ^^
gegette88
Jun. 8th, 2008 03:34 pm (UTC)
Je vais juste te dire que j'ai aimé le chapitre et qu'on retrouve avec plaisir (et sans problème) tes persos.
le_porkepik
Jul. 31st, 2008 07:52 pm (UTC)
tro cool j'aten la suite.


(désolée j'ai pas pu m'empêcher -_-)
ainiku
Nov. 29th, 2008 10:00 pm (UTC)
Comme Porkepik, je me risques à ce commentaire : bravo pour ce nouveau chapitre ! Hâte de la suite ^^''

Sinon, si j'ai bien compris, tu as perdu un brouillon clef dans l'écriture de l'histoire. Donc je ne peux que te souhaiter bonne chance, soit pour le retrouver, soit pour le réécrire.
(Anonymous)
May. 4th, 2010 02:29 pm (UTC)
Avis
Je trouve ta fic géniale et je dois te dire que je suis passablement frustrée de cette coupure qui m'oblige à attendre la suite avec impatience !!
Surtout continue sur cette lignée, j'adore ton style !
Merde pour tes exam'

Ah et aussi si tu pouvais m'avertir de l'arrivée de la suite à cette adresse : pour-pub@hotmail.fr (dsl mais je ne donne pas ma perso sur internet).

Merci encore pour cette merveilleuse histoire si passionnante.
( 11 gamins — Review? )

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[Extrait]

« Qu'est-ce que tu fais ? » s'enquit Wendy avec son manque d'articulation caractéristique.

D'où venait-elle, celle-là ? Severus décida de ne pas lui accorder un seul regard, espérant que cela suffirait à la faire déguerpir.

« Hein, dis ? » insita-t-elle.

Severus n'aimait pas les enfants, c'était un fait établi. Mais il était en plus complètement désemparé devant un enfant qui n'avait pas peur de lui. Peut-être parce qu'elle était trop petite pour remarquer sa ressemblance avec les monstres hantaient ses cauchemars, elle eut l'audace de lui attraper la manche de ses petits doigts potelés.

« T'aimes ça, l'herbe, toi ? »

Les yeux de Severus s'attardèrent sur son bras ainsi harcelé, puis remontèrent vers le visage de Wendy avec une expression de pure consternation. Wendy dut prendre cela pour une grimace car elle se mit à glousser comme le font les petits enfants, en découvrant ses dents minuscules et en mettant ses doigts n'importe comment devant sa bouche.

« T'es rigolo !

– On me le dit souvent, ironisa-t-il.

– Pffffffait chaud, dit-elle en agitant ses mains de façon très inefficace.

– En effet. »

Elle prit soudain l'air très sérieux.

« Qu'est-ce que tu fais ?

– Je prends un bain de soleil. »

Wendy resta interdite quelques secondes. Elle ne devait pas connaître cette expression, mais on la sentait surtout perturbée par l'association du mot “soleil” et du fait manifeste que Severus était assis à l'ombre.
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